Félix Tshisekedi, la revanche amère du "lionceau"

Vincent Georis

Félix Tshisekedi, le fils d’Étienne, accomplit le rêve de son père en accédant à la présidence du Congo. Une revanche sur des années de défaites et de luttes. Mais la contestation assombrit cette victoire.

Pour le clan Tshisekedi et son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès (UDPS), c’est l’aboutissement de plus de trente années de luttes dans l’opposition contre Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila et son fils Joseph. Pour Félix Tshisekedi, fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, c’est une consécration et une revanche.

Étienne Tshisekedi, surnommé le "vieux lion", a bâti l’opposition congolaise avec force et patience, dénonçant sans relâche la dictature et les exactions du pouvoir, avant de mourir à Bruxelles début 2017, sans goûter au fruit de la victoire. Battu lors de la présidentielle de 2011, il avait dénoncé les fraudes électorales du clan Kabila jusqu’à son dernier souffle. Aujourd’hui, sa dépouille, toujours présente en Belgique en raison d’un désaccord avec les autorités congolaises pourra rentrer au pays.

Son héritier est arrivé au sommet, ultime étape du rêve paternel. Mais la revanche est teintée d’amertume, tant la contestation est vigoureuse et le parfum de fraude suintant.

Une élection très contestée

Le candidat favori aux élections, l’homme d’affaires Martin Fayulu, l’Église catholique et plusieurs pays (dont la France) ont immédiatement dénoncé le résultat d’une manipulation. Un "putsch" électoral, a dit Martin Fayulu.

Le profil
  • Né le 13 juin 1963 à Kinshasa, Félix Tshisekedi effectue ses études secondaires dans la capitale. En 1985, il s’exile en Belgique.
  • Fin 2008, il devient secrétaire national de l’UDPS chargé de l’extérieur.
  • En 2011, il est élu député national. En 2016, il devient secrétaire général adjoint de l’UDPS. Il prend la tête du parti en mars 2018.
  • Il doit devenir Président de la RDC le 18 janvier 2019.

En attendant, Félix Tshisekedi a été proclamé Président de la République démocratique du Congo "à titre provisoire" par la Commission électorale indépendante (Ceni) et cette décision doit être respectée.

"Fatshi", comme il est surnommé, n’a pas l’aura de son père, même s’il est habité d’une même volonté d’exercer le pouvoir. Étienne Tshisekedi était un guerrier. Son fils est un diplomate, tout en rondeurs, à la voix douce, attentif à son interlocuteur. Peu connu du grand public, il a pris la tête de l’UDPS un an après le décès de son fondateur.

"Il n’a pas le charisme de son père", dit un observateur. S’il demeure Président, une situation que la Cour constitutionnelle peut encore contredire, il devra démontrer à quel point l’habite l’âme du guerrier pour redresser un pays dévasté et dont on puise les richesses sans égard pour l’un des peuples les plus pauvres de la planète.

Félix Tshisekedi, âgé de 55 ans et père de cinq enfants n’est pas non plus un père tranquille. Lorsqu’il prend la route de l’exil en Belgique avec sa mère, alors que le Congo vit sous le joug de Mobutu, il participera dans les rues de Bruxelles aux contestations contre le régime du "maréchal", n’hésitant pas à en venir aux mains avec les sbires de ce dernier.

En Belgique depuis l’âge de 22 ans

À Bruxelles, il aurait étudié le marketing et la communication à l’institut des carrières commerciales (ICC). Mais, selon la Libre Belgique, le diplôme renseigné dans son acte de candidature à la présidence serait un faux. Cet élément, s’il est exact et pris en compte par la Cour, pourrait le faire vaciller.

Tout en continuant à faire sa vie en Belgique, il suivra les traces de son père au sein de l’UDPS. Élu député en 2011, il ne siégera pas.

Quand son père commence à perdre ses forces, Félix voit son pouvoir grandir au sein du parti. En 2015, il dirige des négociations secrètes avec Kabila. Un an plus tard, il négocie les accords de la Saint-Sylvestre sur la tenue des élections.

En novembre denier, il soutient la désignation de Martin Fayulu comme candidat unique de l’opposition, avant de se rétracter. L’UDPS et son entourage lui demandent d’aller jusqu’au bout.

Peu après ce retournement, des rumeurs de rapprochement entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila commencent à circuler. Voyant arriver la défaite de son dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary, le président Kabila aurait convenu avec le candidat de son choix un accord secret pour rester dans l’ombre du pouvoir.

Pure spéculation du camp des déçus? Seule l’histoire le dira, même si on est loin aujourd’hui de la "commission vérité" que Félix Tshisekedi exigeait en 2007 pour faire la lumière sur les années Kabila.

Le "partenaire" Kabila

Après sa victoire, il a estimé qu’il ne fallait plus considérer Joseph Kabila comme "un adversaire" mais "un partenaire de l’alternance démocratique". Il a aussi rendu hommage à Martin Fayulu, qui, pourtant, contestait sa victoire.

Fin stratège

Félix Tshisekedi a grandi dans l’ombre de son père et endossé sa cause. Il a longtemps vécu en Belgique, ce qui alimente les critiques dans son pays. Diplomate, bon orateur et fin stratège, sa tâche est grande. Il devra se faire connaître des Congolais. Et relever un pays exsangue.

 

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