Frans Muller, succession prévisible chez Ahold Delhaize

Sans grande surprise, l’ex-CEO de Delhaize prend les rênes du distributeur néerlando-belge… de plus en plus néerlandais et de moins en moins belge.

C’était un peu inscrit dans les astres. Le n°2 d’Ahold Delhaize, Frans Muller, a été nommé CEO du distributeur belgo-néerlandais. Il remplace Dick Boer qui partira à la retraite le 1er juillet. D’ici là, les deux hommes collaboreront étroitement pour assurer la transition. Dick Boer restera d’ailleurs conseiller du groupe (lire en page 4).

Depuis la fusion entre Ahold et Delhaize en 2015, une opération d’un montant de 9,3 milliards d’euros, Frans Muller menait le processus d’intégration des deux entreprises. Dauphin pressenti de Dick Boer, l’annonce faite jeudi n’est donc pas une surprise. Il se dit même que s’il n’avait pas pu succéder à Dick Boer, Frans Muller serait parti avec un joli chèque.

Le profil
  • Né en 1957 à Nieuwer-Amstel (Pays-Bas); marié, trois enfants
  • Master en sciences économiques de l’Erasmus Universiteit de Rotterdam
  • Différentes fonctions managériales chez KLM Cargo entre 1988 et 1997
  • Passe plus de 15 ans au sein du groupe de distribution Metro entre 1997 et 2013 dont il fut patron de la division cash & carry.
  • Nommé CEO de Delhaize en septembre 2013
  • Devient n°2 du nouveau groupe fusionné Ahold Delhaize en 2016. Il en sera le CEO le 1er juillet 2018.

Si c’est un "ex-Delhaizien" qui accède à la tête du groupe fusionné, il ne faut pas être naïf: l’empreinte de la firme au lion ne cesse de diminuer au sein d’Ahold Delhaize (lire ci-dessous). Cette perte de belgitude s’était déjà faite ressentir lors de l’arrivée de Frans Muller à la tête de celui qui s’appelait encore Delhaize, fin 2013. Parfait inconnu, le Néerlandais succédait à Pierre-Olivier Beckers, lâché par son conseil d’administration. C’était la première fois que le groupe nommait à sa tête un dirigeant qui ne soit pas issu des familles fondatrices. Etranger de surcroît.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que son arrivée fut accueillie avec méfiance. Avant de s’asseoir sur le fauteuil du charismatique Beckers, Frans Muller était la tête de la division cash & carry du géant Metro mais il en fut remercié après y avoir passé quinze ans. Il n’était pas issu de la mouvance Delhaize, n’avait jamais dirigé un groupe de grande distribution et avait peu d’expérience aux Etats-Unis où Delhaize réalisait deux tiers de ses ventes.

Ambitieux, fidèle et humain

Frans Muller (à droite) remplace Dick Boer (à gauche) à la tête de Ahold-Delhaize. ©REUTERS

Face à ces attaques l’ambitieux Muller défendait avec vigueur son CV. "D’abord, je connais les Etats-Unis pour y être allé plusieurs fois dans le cadre de mes précédentes fonctions. Ensuite, dans le cash & carry, 75% des revenus viennent du food et beaucoup de clients sont des petits distributeurs qui s’adressent directement au consommateur. Enfin, en termes d’IT, de logistique ou d’achats, il n’y a pas de grande différence entre un grossiste et un retailer. Je connais donc bien mieux le business qu’on ne le pense", nous confiait-il à l’époque. "Il a eu des difficultés à faire sa place aux début, confirme un ancien cadre du groupe, mais par la suite il a été apprécié par ses collaborateurs. C’est aussi un gros travailleur, bourré d’énergie qui aime débuter ses journées très tôt."

D’un profil plutôt discret, ce licencié en sciences économiques a entamé sa carrière en 1988, et n’a connu que trois employeurs: KLM Cargo, Metro et donc Delhaize devenu Ahold Delhaize. Il est donc plutôt fidèle même si l’homme sait monnayer son talent.

Selon un de ses anciens collaborateurs, Frans Muller n’a pas non plus l’arrogance néerlandaise que l’on prête souvent aux managers bataves: "Au contraire, il est assez humain et proche de ses équipes; fréquemment il venait manger à la cafétaria comme n’importe quel autre collaborateur."

Tout policé qu’il soit, Frans Muller va cependant devoir faire face aux activistes qui veulent avoir leur mot à dire sur la reconduction de la "poison pill" qui protège le groupe contre une éventuelle offre hostile, ainsi qu’à certains analystes qui mettent la pression pour que le groupe consolide ses activités aux Etats-Unis. Mais on l’a vu, le boulot ce n’est pas ce qui lui fait peur…

De moins en moins belge

Dans la foulée de la nomination de Frans Muller, Ahold Delhaize a fait savoir que deux des quatre administrateurs belges au conseil de surveillance, Johnny Thijs et Patrick De Maeseneire, abandonnaient leur mandat. Il ne reste plus que Dominique Leroy, et Jacques de Vaucleroy, dernier représentant des anciennes familles actionnaires.

Un bonus contesté

Les émoluments de Frans Muller ont plus d’une fois braqué les actionnaires de Delhaize. En mai 2015, lors de l’AG annuelle, ils avaient voté contre le rapport de rémunération des dirigeants. Un an plus tard, lors de l’AG extraordinaire entérinant la fusion avec Ahold son bonus de 1,5 million d’euros ne fut accepté que du bout des lèvres. En 2015, lorsque Delhaize était encore dans le Bel 20, Frans Muller figurait dans le top 5 des CEO les mieux payés du pays avec un salaire de 2,66 millions par an.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content