Fraser Perring, du côté clair-obscur de la finance

Fraser Perring est-il un chevalier blanc de la finance ? La réalité est plus complexe puisqu'il finance son activité de "redresseur de torts" en profitant des ventes à découvert directement réalisées sur les titres des entreprises attaquées. ©REUTERS

Depuis deux ans, ce short seller a révélé une série de fraudes qui ont précipité l’effondrement boursier de groupes comme Steinhoff, Wirecard, et cette semaine Grenke.

"Lors du pic de la tulipomanie, une seule bulbe de tulipe pouvait être vendue pour dix fois le revenu annuel d’un artisan qualifié ." La page d’accueil de Viceroy Research, qui affiche ce résumé de la première grande bulle spéculative de l’histoire de la finance, pourrait laisser penser que son fondateur est un adversaire du monde de la finance et de ses excès. Sur chaque bas de page de ses rapports dénonçant les fraudes ou manipulations comptables de grandes entreprises, figure même en miniature l’œuvre de Jan Brueghel le Jeune "A Satire of the Folly of Tulip Mania".

CV express

Août 1973 : naissance à Canterbury
Diplômé de droit & psychologie à l’université de Nottingham Trent
2013 : fondation de Zatarra Research
2016 : fondation de Viceroy Research

Son dernier rapport, consacré à la firme allemande de services financiers Grenke, a fait l’effet d’une bombe, et entraîné l’effondrement de moitié de son action en bourse.

Le résumé de ce document de 64 pages, écrit en rouge, est accablant pour ce groupe de services financiers aux PME fondé en 1978, présent dans 32 pays et comptant 1.700 employés. "L’action de Grenke AG est inachetable en raison d’une fraude comptable flagrante, incluant des dizaines de transactions non dévoilées, et un complet manque de contrôle interne." Le rapport va plus loin en accusant Grenke d’activités de blanchiment.

Grenke a rejeté les accusations et annoncé qu’elle envisageait une action en justice. Mais la crédibilité des travaux de Fraser Perring est établie depuis quelques années déjà.

C’est déjà lui qui avait mis à terre le cours du groupe sud-africain Steinhoff, propriétaire de nombreuses marques de meubles et d'appareils électroménagers, en révélant là aussi une série de fraudes. Après quatre ans d’acharnement, il a aussi mis en évidence les malversations très fâcheuses pour les clients d’une autre firme financière allemande, Wirecard, cet été. Comme dans le cas de Grenke, le superviseur des marchés financiers allemands (BaFin) a été totalement dépassé.

Fraser Perring est-il un chevalier blanc de la finance ? La réalité est plus complexe, puisque cet Anglais de 47 ans finance cette noble activité en profitant des ventes à découvert directement réalisées sur les titres des entreprises attaquées

Il a d’ailleurs longtemps été trader à ses heures perdues, sans avoir jamais pu en vivre. S’il se présente très sobrement comme un "analyste" sur sa page LinkedIn, ses motivations se situent à une tout autre échelle, sans que l’on sache si elles sont plus financières qu’idéalistes. 

Deux Australiens à ses côtés

Fraser Perring s’est associé en 2016 à deux Australiens âgés de vingt ans de moins que lui, et qui avaient également une expérience très limitée du monde de la finance. Gabriel Bernarde avait développé un intérêt dans le short selling  en faisant ses études de comptabilité, alors qu’Aidan Lau se destinait à des études d’ingénieur.

Son compte Twitter personnel le représente dans un dessin avec une épée et une armure médiévale, ses lunettes anachroniques, le regard fier. La présentation n’est pas moins grandiloquente : Fraser Perring – Grand Poobah of ‘criminal’ shorts. Autrement dit, le redresseur de torts financiers.

Il retweete volontiers des messages d’autres utilisateurs à sa gloire, comme "Un héros des temps modernes, un des meilleurs vendeurs à découvert actuellement". 

Pressions physiques

Plus de trois ans avant qu’éclate le scandale Wirecard, Fraser Perring aurait été victime de pressions morales et physiques. Il a confié à l’agence Bloomberg avoir été séquestré et interrogé dans sa voiture par deux hommes menaçants en décembre 2016, après avoir déposé sa fille à l’école. Ceux-ci l’auraient interrogé sur son implication dans la rédaction de rapports compromettants sur Wirecard.

Né à Canterbury, ce fils d’éleveur de cochons partage son temps entre Londres et New York. Il reste une personnalité mystérieuse dans la City. Son profil atypique et sa réussite pourraient inspirer des vocations, dans une industrie où l’exubérance a souvent été vue d’un mauvais œil.

Ancien travailleur social dans la protection de l’enfance

Il y a encore sept ans, à la bascule de la quarantaine, Fraser Perring était un travailleur social spécialisé dans le placement d’enfants. Il a été exclu de ses fonctions après avoir fait une erreur d’appréciation sur un enfant qu’il a séparé de sa famille pour le placer dans une famille d’adoption. Le Health and Care Professions Council (HCPC) a également estimé qu’il avait dissimulé certaines de ses erreurs lors de l’enquête.

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