Frédéric Jacobs, le hacker éthique

À 24 ans, le jeune prodige belge de la cryptographie et du développement de logiciels est célébré par le magazine Forbes.

On croirait presque qu’il a un jumeau caché, tant Frédéric Jacobs est actif tous azimuts. Et qu’avec son jumeau, ils totalisent un QI de 450, tant ses compétences en matière de cryptographie et de développement logiciel sont pointues. Et reconnues: le jeune Belge de 24 ans vient d’être repris dans la liste des 30 personnes de moins de 30 ans les plus influentes pour le secteur technologique européen par le magazine Forbes. Un classement des "30 under 30" qui, toutes catégories confondues, ne reprend qu’une autre personnalité belge, l’athlète Nafissatou Thiam. Frédéric Jacobs n’a donc que 24 ans, ce qui ne l’empêche pas d’être connu dans le secteur technologique depuis près de 10 ans, d’abord à l’échelon belge puis international.

Du débridage d’iPhone...

Figure du petit monde belge des hackers, l’adolescent se fait d’abord la main dans le "jailbreaking", comprenez: le déblocage des iPhone de première génération. Il développe ensuite des applications mobiles avant de faire ses premiers pas dans la Silicon Valley, en 2012.

Le profil
  • Frédéric Jacobs est repris dans le prestigieux classement des 30 personnes de moins de 30 ans les plus influentes dans le secteur technologique européen.
  • Hacker, développeur et expert en cryptographie, le jeune homme a notamment collaboré au développement de Storify.
  • Il a été recruté par Apple pour renforcer la sécurité de leurs produits, après avoir mis en place le chiffrement des communications sur WhatsApp.
  • Il partage sa vie entre Lausanne, Bruxelles et San Francisco.

Il collabore avec l’équipe de Xavier Damman, et travaille avec lui sur le développement de Storify pendant un peu plus d’un an. La start-up de l’entrepreneur nivellois ne compte alors que 4 personnes. Une collaboration des plus fructueuses qui en préfigurera d’autres. Mais si les compétences de Frédéric Jacobs en matière de développement sont rapidement respectées, sa véritable passion reste la cryptographie, la sécurisation des données. Frédéric Jacobs a d’ailleurs choisi l’école polytechnique de Lausanne (EPFL), une institution réputée en la matière, pour ses études supérieures.

À l’entourage d’Edward Snowden...

Ce qui ne l’empêche pas de bosser de façon très globale. Car, s’il est plutôt d’un naturel discret et réservé, le jeune homme est aussi ce que l’on pourrait appeler un militant, très en pointe lorsqu’il s’agit de défendre la vie privée et la liberté d’expression. Il est ainsi membre de l’Electronic Frontier Foundation, un important organisme de défense les libertés cybernétiques, et participe au développement et à la maintenance de Tor, ce célèbre navigateur qui garantit un anonymat des communications et permet notamment d’accéder au Deep/Dark web. "C’est un outil fondamental et réellement vital pour des personnes qui subissent des régimes autoritaires, expliquait-il à L’Echo il y a quelques années. Il nous est déjà arrivé d’être en contact avec des opposants en Syrie, par exemple, puis de subir une faille de sécurité sur l’un de nos protocoles, et d’apprendre ensuite la disparition de ces personnes."

Par ses travaux, Frédéric Jacobs a rencontré et collaboré avec quelques grands noms du secteur, et notamment Jacob Appelbaum, figure de proue dans la lutte contre la surveillance et interlocuteur privilégié d’un certain Edward Snowden. Au niveau belge aussi, l’ingénieur n’hésite pas à signaler les failles de sécurité qu’il repère, comme celle concernant les utilisateurs de la SNCB, révélée en 2013.

Jusqu’à la sécurité d’Apple et WhatsApp

Tout en poursuivant ses études, Frédéric Jacobs s’est réellement fait connaître à l’échelle globale lorsqu’il a rejoint Open Whisper Systems, un groupe travaillant sur des systèmes de messagerie électronique ultra-sécurisés et Open Source (le code est accessible librement au public, et peut être réutilisé ou audité par la communauté des utilisateurs). Il deviendra développeur principal sur le projet Signal, une messagerie instantanée réellement blindée face aux tentatives d’intrusion et officiellement plébiscitée par Edward Snowden. Un travail remarqué par les équipes du titan WhatsApp, qui ont choisi Open Whisper pour chiffrer de bout en bout l’ensemble des communications de leurs utilisateurs. Et, comme il est rare qu’une telle réussite passe inaperçue, Frédéric Jacobs a été recruté par Apple pour travailler sur leurs protocoles de sécurité. Un recrutement particulièrement symbolique, puisqu’il a été annoncé en plein bras de fer entre le groupe américain et le FBI, qui exigeait l’installation de portes dérobées dans les smartphones du groupe. Pas de quoi bousculer le garçon qui, imperturbable, balaye en 20 secondes les questions sur la reconnaissance par Forbes, pour s’enquérir de la situation politique en Belgique et des réactions à l’investiture de Donald Trump.YAB

En bref

Journaliste en puissance

Discret et plutôt réservé, Frédéric Jacobs s’étend peu sur son travail mais semble boulimique d’actualité. Il a notamment collaboré avec le portail Bellingcat, une plateforme de soutien au journalisme citoyen et d’investigation.

Printemps arabe

Frédéric Jacobs a travaillé sur le développement de logiciels permettant d’éviter la surveillance dans les régimes répressifs. Par procuration, il a vécu de près les mouvements qui ont agité le monde arabe et les vagues de répression parfois dramatiques. Ardent défenseur des libertés civiques, il lutte contre la surveillance de masse.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité