Frédéric Martel, un croisé à l'assaut du Vatican

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Journaliste, chercheur, écrivain, guerrier de la plume et du verbe, Frédéric Martel vient de publier Sodoma, une vaste enquête sur l’homosexualité au sein du Vatican. Qui fera date.

Il arbore souvent la même veste bleue, la même chemise bleue. Ces derniers jours sur les plateaux de télévision, Frédéric Martel assurait l’avant-promotion de son livre Sodoma. Lequel après quatre ans de travail dans plusieurs pays se veut une enquête sur la sociologie du Vatican à travers la pratique de l’homosexualité. Dans l’émission "Quotidien" de Yann Barthès, le journaliste et écrivain de 51 ans, explique que la "séduction" est chose courante autour du Saint-Siège et que l’on s’y fait banalement "draguer" au sein de la "plus grande communauté homosexuelle du monde". Devant le journaliste Jean-Pierre Elkabbach, il évoque une "majorité silencieuse où chacun protège son petit secret". Et que pour cacher cette réalité paradoxalement, "il convient d’être homophobe" cependant que selon Frédéric Martel "au plus un prélat est homophobe, au plus il a de chances être homosexuel".

Le profil
  • 1967: naissance à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône)
  • 1993: collaborateur de Michel Rocard, ancien Premier ministre
  • 1995: rédacteur en chef de la revue intellectuelle de la CFDT
  • 1997: conseiller au cabinet de la ministre de l’Emploi et de la Solidarité, Martine Aubry
  • 2019: Sortie de "Sodoma: enquête au cœur du Vatican", Robert Laffont

 

"Sodoma" était attendu dans les librairies françaises le 21 février. Dans un communiqué, l’éditeur Robert Laffont indique que plusieurs maisons d’édition internationales devaient publier simultanément ce "secret" révélé "au terme d’une enquête vertigineuse". Bigre. Il est probable que nul n’imaginait le Vatican en club libertin pour garçons et filles, ce qui fait que le secret en question est peut-être un peu survendu.

En tout cas la sortie de Sodoma, la même semaine que "Grâce à Dieu" le film de François Ozon autour de la pédophilie dans l’Église, devrait faire date.

Tour à tour journaliste, chercheur et écrivain

Ce n’est pas le premier ouvrage traitant de l’homosexualité par cet homme né dans les Bouches-du-Rhône en 1967. Sa bibliographie mentionne qu’en 1996, il avait déjà publié deux sujets sur le thème. "Le Rose et le noir: les homosexuels en France depuis 1968" (Seuil, 1996) puis "La Longue Marche des gays" (Gallimard, 2002).

Lui-même est un homosexuel revendiqué qui ne se fait pas que des amis. En 2012, Christophe Girard, adjoint à la mairie de Paris et cité par le Monde, disait de lui qu’il était un personnage "trop névrosé, tordu et égocentrique pour mériter qu’on en parle."

Qu’il est bon d’être aimé de la sorte. Mais chacun s’accorde généralement à reconnaître que c’est un infatigable travailleur ayant transité, après quatre masters (en sciences sociales, philosophie, science politique et droit public), par la CFDT, le cabinet de Martine Aubry alors ministre de l’Emploi et aussi auprès de l’ancien Premier ministre Michel Rocard, jusqu’au poste d’attaché culturel à l’ambassade de France aux Etats-Unis. Frédéric Martel est tour à tour journaliste, chercheur ou écrivain. Avec quelque succès dans ce dernier cas à l’instar de "Mainstream, enquête sur la guerre globale de la culture et des médias", traduit en une vingtaine de langues.

Cet ancien fils de paysans aime bien se présenter comme un "warrior" par la plume et le verbe, à l’aise dans la polémique, surtout celles qu’il déclenche. C’est un homme de gauche, engagé lors des élections présidentielles de 2007 en faveur de Ségolène Royal contre Nicolas Sarkozy.

Le journal catholique La Croix a dit de "Sodoma" qu’il soulevait "un réel problème mais de manière outrancière". L’auteur comme l’éditeur doivent s’en frotter les mains de joie.

 

Est-il raisonnable de se faire autant d’ennemis?
Dans le Journal le Monde, au mois d’avril 2012, David Kessler (alors directeur du magazine Les Inrockuptibles) évoquait un homme "attachant" qu’il avait connu au cabinet au cabinet de Martine Aubry. Mais, disait-il évoquant les diatribes dont Frédéric Martel est coutumier: "ok pour perpétuer la tradition française du polémiste, mais est-il raisonnable de se faire autant d’ennemis?"

Timing
C’est à la mi-février que la France apprenait un peu effarée que l’ambassadeur du Vatican en France était visé par une enquête pour "agression sexuelle". Les faits auraient eu lieu le 17 janvier lors d’une cérémonie des vœux. Un jeune cadre de la mairie aurait subi des "attouchements" de la part de monseigneur Luigi Ventura. Difficile de s’en féliciter à haute voix mais le livre de Frédéric Martel semble, si l’on peut dire et décidément, bénéficier des meilleurs auspices.

 

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