La fusion TF1-M6, chef d'oeuvre de l'insubmersible Nicolas de Tavernost

Si la fusion avec TF1 réussit, Nicolas de Tavernost, l'inamovible patron de M6, pourrait devenir le CEO d'un nouveau géant français de la télévision. Mais les écueils sont nombreux.

À 70 ans, Nicolas de Tavernost va accompagner le groupe M6, qu'il a contribué à fonder, dans le grand mouvement de concentration des médias audiovisuels qu'il juge indispensable depuis longtemps. L'inamovible PDG de M6 à la barre depuis 21 ans est pressenti pour prendre la tête du nouvel ensemble à naître de la fusion entre ses chaînes et le groupe TF1 qui veut en acquérir 30% des parts. Ce faisant il relèguerait Gilles Pélisson, patron de TF1, dans les coulisses de Bouygues, propriétaire de TF1, au rang de directeur général adjoint en charge des médias et du développement.

"Si le projet de fusion aboutit, il deviendrait alors PDG du concurrent par rapport auquel il a construit son parcours depuis plus de 35 ans", relève ainsi Philippe Bailly, du cabinet NPA Conseil.

Père de quatre enfants et héritier d'un château du XIXᵉ siècle dans l'Ain, Nicolas de Tavernost a inlassablement défendu les intérêts d'une chaîne d'abord à dominante musicale, devenue généraliste, puis groupe de médias. Ce patron au caractère orageux n'a jamais laissé de place à un successeur. Il a aussi forcé son actionnaire, le groupe allemand Bertelsmann, via sa filiale RTL Group, à modifier deux fois les statuts du groupe pour repousser la limite d'âge des dirigeants.

"Ce qui paye, c'est la constance du pilote, totalement à l'écoute de ses actionnaires successifs."
Jean-Clément Texier
Expert des médias

Sous sa direction, la "petite chaîne qui monte" a innové et s'est diversifiée, atteignant des niveaux de marge record à plus de 20%, mais sans réussir à dépasser les 10% de parts d'audience mensuelle, derrière TF1 et France 2. "Il s'est toujours efforcé défendre son cours de bourse, son dividende et ses résultats", indique l'expert médias Jean-Clément Texier. Un peu comme celui qu'il appelle son "cousin", Philippe Delusinne, CEO de RTL Belgium,

Contrer le streaming

Depuis des années, Nicolas de Tavernost met en garde contre la trop forte fragmentation du marché de la télévision, étouffé, selon lui, par des réglementations dépassées. Il estime que ces règles fragilisent les acteurs français face aux Gafa et aux plateformes de streaming.

"Si le marché français ne se consolide pas à brève échéance, il sera bientôt laminé par les plateformes comme Netflix ou Amazon", confiait-il le 16 février dernier, dans une interview au Figaro.

"Si le marché français ne se consolide pas à brève échéance, il sera bientôt laminé par les plateformes comme Netflix ou Amazon."
Nicolas de Tavernost
Président du directoire de M6

Obstacles

Sous ce prisme, le projet de fusion est donc cohérent. Mais il reste bien des obstacles à sa finalisation espérée fin 2022. Acheteur et vendeur vont devoir convaincre les autorités de la concurrence et le CSA en considérant notamment le marché de la pub dans son ensemble – Gafan compris – et non sous le seul prisme audiovisuel. Dans ce cas, le duo n'aurait que 16% de parts de marché, comme le note Barclays dans Les Echos. Autre obstacle: la production. Le nouvel ensemble pourrait imposer ses conditions aux fournisseurs de programmes. Et puis, la législation française interdit de contrôler plus de 7 chaînes. Or TF1 et M6 en possèderaient ensemble une dizaine. Ils devraient en céder trois. Lesquelles? Mystère. Bref, Nicolas de Tavernost n'est pas encore installé dans le fauteuil de PDG du potentiel futur mastodonte du PAF.

Son profil

  • Diplômé de l’IEP de Bordeaux et titulaire d’un DES de droit Public, Nicolas de Tavernost débute sa carrière en 1975 au sein du cabinet du "ministre du téléphone" Norbert Ségard.
  • Il commence sa carrière dans les médias en devenant directeur adjoint de Métropole Télévision (M6) en 1987, après avoir piloté le projet de création de la chaîne au sein de la Lyonnaise des Eaux.
  • Il remplace ensuite Jean Drucker au poste de président du directoire de M6 en 2000.

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