Gen Nakatani, ce Japonais veut tenir la Chine en respect

Le nouveau ministre nippon de la Défense veut en finir avec le pacifisme qui s’impose au Japon depuis 1947. Et donner au pays les moyens de tenir son grand voisin en respect.

Moins de deux semaines après des élections anticipées qui ont adoubé la coalition dirigée par Shinzo Abe, le Premier ministre japonais vient de présenter son nouveau gouvernement. Mercredi, dix-huit ministres et secrétaires d’État ont pris la pose en tenue d’apparat sur les marches du grand escalier de la résidence du chef du gouvernement. Mais un seul nouveau visage est apparu sur la photo officielle: celui de Gen Nakatani, 57 ans, désormais ministre de la Défense du Japon. Son entrée en scène confirme la mise à l’agenda de la réforme des capacités militaires du pays.

Né en 1957, Gen Nakatani a étudié à l’académie militaire nippone avant de devenir instructeur au sein des forces d’autodéfense.

Il devient député pour la première fois en 1990 et prend la tête de l’Agence japonaise de Défense en 2001.

Membre du lobby nationaliste et révisionniste Nippon Kaigi, il est nommé ministre de la Défense le 24 décembre 2014.

Ancien lieutenant-instructeur d’une unité d’élite de rangers dans les "Forces d’autodéfense" nippones, Nakatani entre en politique dans les années ’80. D’abord attaché parlementaire, il est élu député pour la première fois en 1990. Dix ans plus tard, il devient le premier directeur de l’Agence de défense nationale à avoir un pedigree militaire. À ce titre, il est une sorte de ministre de la défense de l’ombre – l’Agence sera remplacée par un ministère de la Défense à partir de 2007. Gen Nakatani était déjà connu pour être un "lobbyiste de la défense" au sein du Parti libéral démocrate (PLD) du Premier ministre, rapporte l’agence de presse "Kyodo News". Il a notamment "joué un rôle central dans les discussions entre les partis au pouvoir quand l’administration cherchait des soutiens pour son projet de réinterprétation de la Constitution", indique l’agence nippone.

C’est justement le grand projet de Shinzo Abe. Le Premier ministre entend redonner au Japon son lustre de grande puissance et pense que cela passe entre autres par une véritable capacité d’action militaire extérieure. Au lendemain de la 2e Guerre mondiale, le Japon s’est vu doter, sous l’influence du général américain Douglas MacArthur, d’une "Constitution de la Paix", qui prévoit notamment qu’il "ne sera jamais maintenu (au Japon) de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre" et que "le droit de belligérance de l’État ne sera pas reconnu". Mais dans un contexte régional de plus en plus tendu, une partie de la classe politique nipponne estime que le pays doit réévaluer la notion d’autodéfense. Face à une Corée du Nord menaçante et à une Chine de plus en plus sûre de son fait, le Japon devrait en particulier devenir un véritable partenaire des États-Unis en matière de défense.

Partenaire des USA

Tout comme le Premier ministre, Gen Nakatani est affilié au lobby Nippon Kaigi ("Conférence du Japon"), ouvertement révisionniste. Un rapport du Congrès américain résume les positions du Nippon Kaigi en ces termes: "Le Japon devrait être applaudi pour avoir libéré tant de pays d’Asie de l’Est du joug colonial des puissances occidentales, les tribunaux pour crimes de guerre de Tokyo étaient illégitimes et les meurtres des troupes impériales japonaises au cours du ‘massacre de Nankin’ de 1937 étaient exagérés voire faux."

Le maître de guerre

Avant d’entrer en politique, Nakatani faisait partie de l’armée japonaise. Il a notamment été instructeur pour une unité d’élite de rangers avant de quitter les "forces d’autodéfense" en 1984.

Abe avait besoin d’un tempérament fort comme Nakatani pour espérer faire passer une loi de réinterprétation de la Constitution qui autoriserait le Japon à porter secours à un allié et à intervenir outre-mer. Le Premier ministre aimerait par exemple que l’armée japonaise puisse mener des opérations de déminage dans le Golfe persique sans attendre de cessez-le-feu – et devenir ainsi un partenaire plus efficace pour ses alliés, à commencer par les États-Unis. Mais ce type de proposition ne fait pas l’unanimité au sein de sa majorité. Si les parties ne parvenaient pas à aplanir leurs différences, cela pourrait entraîner de nouveaux retards dans l’élaboration d’un nouveau paquet de lignes directrices en matière de collaboration militaire entre Washington et Tokyo, qui aurait dû être finalisé cette année, indique le "Nikkei Asian Review".

Si cela ne tenait qu’à lui, Nakatani serait prêt à aller bien plus loin: il a déjà exprimé le vœu que le Japon puisse se doter de la capacité de frapper préventivement des bases ennemies face à une attaque "imminente". Dans un climat miné par des différends territoriaux et des démonstrations nationalistes, la Chine a réagi à la nomination de Nakatani en espérant que le Japon continue de suivre "le chemin de la paix".

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