Giles Daoust | Le patron qui habite dans une bibliothèque

Entré au service du groupe de ressources humaines familial il y a six ans, Giles Daoust en est devenu CEO en 2015. Lundi, il a fêté son 37e anniversaire en recevant le prix de l’Entreprise de l’année. L’arrivée de ce féru de cinéma dans la société a coïncidé avec la flambée de sa croissance.

Alors qu’il comptait déjà quelques scénarios de film à son actif à l’époque, Giles Daoust n’aurait jamais imaginé, lorsqu’il entra dans l’entreprise familiale à l’aube de l’année 2010, que son arrivée à bord allait coïncider avec le commencement d’une très forte croissance, marquée par le doublement du chiffre d’affaires et récompensée, lundi dernier, par le prix de L’Entreprise de l’année 2016. Ce jeune patron s’est retrouvé à plusieurs reprises à la croisée des chemins et a fait, à chaque fois, le bon choix. Peut-être précisément parce qu’il a fait ses classes dans le domaine de l’écriture et de la réalisation cinématographique et qu’il y a appris l’art du rebondissement…

"Dès l’âge de seize ans, j’ai commencé à écrire des nouvelles, puis je me suis essayé au roman", explique-t-il. Durant ses études d’ingénieur de gestion à la Solvay Business School, il passe de la littérature au cinéma. "Le septième art m’a permis de réunir les deux approches: mon intérêt pour l’histoire et la narration, d’une part, et la dimension business, de l’autre." Il rédige des scénarios et participe à un concours de "business plan", où il présente un projet de société de production de films. Non content de gagner le concours, il crée effectivement cette société, Title Media, en association avec Alain Berliner, un réalisateur qui a déjà percé à l’époque grâce, notamment, à "La Vie en rose". Il réalise lui-même un premier long-métrage qu’il a scénarisé: "Last night on earth". Le projet n’a rien de banal: c’est l’histoire d’un homme qui vit ses 24 dernières heures avant son suicide. Pour corser les choses et forcer le parallélisme, Giles Daoust filme ce thriller en 24 heures… Le long-métrage est sélectionné au Hollywood Film Festival, où un producteur rachète les droits en vue de tourner un "remake" aux Etats-Unis.

Le profil
  • Trente-sept ans, marié, deux enfants
  • Ingénieur de gestion, Solvay Business School
  • Prix du meilleur business plan, Start-Up Acadamy
  • Fondation de Title Media, société de production cinéma, avec Alain Berliner en 2003
  • Réalisation de son 1er film, "Last Night on Earth", en 2004
  • Entre chez Daoust SA en 2010
  • Devient CEO en janvier 2015
  • Entreprise de l’année 2016

 

La start-up fait peu à peu son trou dans le film de genre, marqué "fantastique". Title Media sort trois à quatre films par an, dont certains scénarisés et, plus rarement, réalisés par Giles.

L’affaire tourne bien, sans mauvais jeu de mots, au point que son co-fondateur finisse par se trouver un peu de temps libre, fin de la décennie 2000. Le sort de l’entreprise fondée par son grand-père et dirigée par son père ne le laisse plus indifférent. Au contraire: il estime dommage de n’y être pas impliqué. Il est vrai qu’il est le fils unique du CEO Jean-Claude Daoust et qu’entre-temps, la petite société d’intérim est devenue un groupe exerçant, à l’échelle de la Belgique entière, les divers métiers liés aux ressources humaines. Il discute le coup avec son père et les deux hommes conviennent qu’il cumulera les deux activités: la production cinématographique et le management de la société familiale. Giles commence par prendre le marketing de Daoust en charge en 2010, avant d’intégrer le comité de direction. Il fait le tour de la boîte durant cinq ans. Une patiente initiation à l’issue de laquelle, en janvier 2015, son père lui cède son poste de CEO.

Un bel exemple de succession assumée et réussie, puisque depuis que Giles est aux commandes, la société a continué à bonifier. Si le chiffre d’affaires n’a cessé d’enfler, le bénéfice s’est lui aussi mis à flamber. Progression de la rentabilité, ouverture de nouveaux job centers, développement de logiciels propres à la société, accent sur la formation interne et la qualité: en deux ans, le dirigeant trentenaire a pris ses marques — et imprimé la sienne — à l’entreprise.

"Le titre d’Entreprise de l’année a donné une énorme dose de motivation supplémentaire à l’ensemble du personnel", commente ce père de deux filles âgées d’un an et demi et trois ans. "Ma seconde est née la veille de ma nomination comme CEO", observe-t-il. Et il a reçu lundi le prix décerné par le bureau de conseil E & Y et "L’Echo" le jour de son 37e anniversaire. Coïncidences, on vous le disait.

Côté loisirs, il partage son temps entre la vision de films et la lecture de BD et de biographies. "Mes livres prennent 80% de la place disponible dans ma demeure, confesse-t-il. En fait, j’habite une bibliothèque." Avec la bénédiction de son épouse, qui partage ses passions.

Un homme discret

S’il a signé le script et la réalisation de plusieurs films ainsi que d’une bande dessinée, Giles Daoust est un homme discret et tient à le rester. "Ce n’est pas mon genre d’aller commenter l’actualité ou de représenter des associations professionnelles", dit-il. Il se distingue sur ce plan de son père Jean-Claude, qui a notamment assuré la présidence de la FEB.

Ommegang et BD

Le dirigeant n’a pas oublié sa passion première. Il continue d’écrire des scénarios et travaille à l’adaptation d’un de ceux-ci en roman. Il vient aussi de signer un premier "scénar" de BD: un tome de la série "Carthago". Depuis 2006, il assure aussi la réalisation des cérémonies liées à l’Ommegang, la fête traditionnelle bruxelloise, à laquelle il a donné un coup de jeune.

La phrase

"Depuis trois générations, on sue sang et eaux pour cette entreprise, on vit avec elle, on n’est pas là que pour l’argent et le chiffre d’affaires, on vit avec des gens en qui on croit et on investit; c’est un cercle vertueux."

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