Gina Haspel, des prisons clandestines à la tête de la CIA

©AFP

C’est une femme accusée de faits de tortures que le Président américain a placée à la tête de la CIA. La nomination de Gina Haspel est loin de faire l’unanimité.

Gina Haspel est la première femme nommée à la tête de la CIA. Mais le rôle de cette ancienne responsable des opérations clandestines dans les prisons secrètes où des détenus étaient torturés, pourrait compliquer sa tâche pour diriger l’une des plus grandes agences de renseignement du monde.

Espionne très expérimentée dans les opérations clandestines, elle a rejoint l’agence en 1985 et a servi dans plusieurs endroits du monde, notamment à Londres à la fin des années 2000.

Le profil
  • Née le 1er octobre 1953
  • 1985: rejoint la CIA
  • 2013: prend la tête du Service national clandestin de la CIA, mais est remplacée après quelques semaines après son entrée en fonction
  • 2017: devient la n°2 de l’agence de renseignements américaine
  • 2018: est nommée n°1 de la CIA après le départ de Mike Pompeo, nommé secrétaire d’État

"Gina est une espionne exemplaire et une patriote dévouée qui apporte plus de 30 ans d’expérience dans l’agence. Elle est aussi une dirigeante expérimentée avec une aptitude fantastique à faire les choses et inspirer ceux qui l’entourent", déclarait Mike Pompeo en la nommant numéro 2 de l’agence il y a un an.

Trois anciens directeurs de la CIA et d’autres responsables, dont James Clapper, ancien directeur du renseignement américain, avaient apporté leur soutien à Mme Haspel. En revanche, deux sénateurs démocrates avaient fait part de leurs réserves sur sa nomination dans une lettre au président Donald Trump. "Son parcours fait qu’elle n’est pas adaptée pour ce poste", estimaient les sénateurs Ron Wyden et Martin Heinrich.

Elle avait été nommée en 2013 à la tête du Service national clandestin de la CIA, mais avait été remplacée après seulement quelques semaines, apparemment en raison de doutes sur sa responsabilité dans la mise en place après le 11 septembre 2001 de prisons secrètes à l’étranger où des méthodes comme la simulation de noyade, assimilée à de la torture, étaient employées pour interroger les suspects.

Destruction de vidéos compromettantes

Selon le Washington Post, Gina Haspel aurait aussi été impliquée dans la destruction en 2005 de vidéos compromettantes sur ces techniques "d’interrogatoires poussés" appliquées sur plusieurs détenus en Thaïlande.

Les avocats de ces détenus membres présumés d’Al-Qaïda souhaitaient récupérer ces vidéos pour les présenter devant les tribunaux. Parmi les prisonniers soumis à des méthodes d’interrogation brutales sous la responsabilité de Gina Haspel figuraient deux Saoudiens: Abd al-Rahim al-Nashiri, considéré comme le cerveau de l’attentat contre le pétrolier Limburg en 2002 et de l’attaque contre le navire américain USS Cole en 2000, et Abou Zoubaydah, le premier membre influent présumé du réseau islamiste capturé par les Américains après le 11 septembre.

Un rapport secret sur ce programme de tortures de la CIA a été réalisé en 2014 par la commission du Renseignement du Sénat, mais le président actuel, de cette commission, un Républicain, tente depuis plusieurs mois d’en rassembler les copies, assurant vouloir éviter des fuites. Les démocrates craignent que l’élu républicain ne veuille détruire toutes les copies de ce rapport et que la vérité sur ce programme de la CIA ne voie jamais le jour.

Ce rapport de 6.700 pages détaille les méthodes d’interrogatoire et les conditions de détention très controversées des suspects, en utilisant des techniques interdites, comme la simulation de noyade ou la privation de sommeil pour obtenir des aveux.

Un résumé de 528 pages avait été rendu public en décembre 2014, mais la version complète – classifiée – comprend des détails sur les méthodes, les participants et les lieux.

Le président sortant Barack Obama, qui craignait que ce rapport soit enterré, a conservé une copie pour sa librairie présidentielle de Chicago. Mais elle restera classifiée jusqu’en 2029.

Simulations de noyade

Selon le Washington Post, elle a "géré une prison secrète en Thaïlande où les détenus étaient soumis à des simulations de noyade et à d’autres mauvais traitements".

Consternation

"C’était déjà assez troublant qu’elle ait été nommée directrice adjointe", a déploré Laura Pitter, de Human Rights Watch.


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