Gordon Sondland, la petite bombe que l'on n'attendait pas

Ce novice en politique, nommé par Trump à Bruxelles en récompense de sa généreuse donation, a enfoncé un peu plus la Maison-Blanche dans l’affaire ukrainienne ce mercredi.

Si Donald Trump avait dû parier sur celui qui, dans son clan, le mettrait le plus en difficulté, il n’aurait certainement pas placé ses billes sur Gordon Sondland. C’est pourtant lui, donateur très généreux de l’investiture du milliardaire en 2016, devenu ambassadeur américain auprès de l’Union européenne, qui a apporté le témoignage le plus explosif jusqu’ici dans l’affaire ukrainienne.

Le profil
  • 1957: Naissance à Seattle
  • 1985: Il rachète le Roosevelt Hotel, à Seattle
  • 1993: Mariage avec Katy Durant, avec qui il a deux enfants
  • 2002: Nommé au Bureau du Film et de la Télévision de l’Oregon, il cherche à attirer les productions dans son État
  • 2018: Nommé ambassadeur à Bruxelles

Face aux élus en charge de l’enquête pour impeachment contre le président américain, Gordon Sondland a changé de version à plusieurs reprises. Ce mercredi, il a une fois pour toutes admis l’existence d’un "quid pro quo". La visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison-Blanche était bien conditionnée à son annonce publique d’enquêtes judiciaires. La première aurait visé Burisma, une compagnie gazière dans laquelle travaillait Hunter Biden, le fils de Joe Biden, rival possible de Donald Trump en 2020. La seconde aurait cherché à savoir si l’Ukraine a aidé les démocrates lors de la campagne présidentielle de 2016.

L’aide militaire à Kiev un temps bloquée par Washington faisait-elle partie de ce chantage? Gordon Sondland n’en a pas la preuve. Mais, a-t-il dit, "en l’absence d’explication crédible pour la suspension de l’aide, j’en suis arrivé à penser que le déblocage de l’aide ne se produirait pas avant une déclaration publique de l’Ukraine s’engageant aux enquêtes".

Ordres d’en haut

Gordon Sondland a donc admis avoir fait partie des responsables ayant fait pression sur l’Ukraine. Mais "tout le monde était dans la boucle", s’est-il justifié, niant avoir participé à un canal diplomatique secret, e-mails à l’appui. Surtout, il ne faisait que suivre les ordres d’en haut, a-t-il assuré. Selon lui, ce donnant-donnant a été réclamé directement par Rudy Giuliani, avocat personnel et ami du locataire de la Maison-Blanche. "M. Giuliani exprimait les désirs du Président des Etats-Unis et nous savions que ces enquêtes étaient importantes pour le Président", a témoigné cet entrepreneur de 62 ans bien décidé à emporter tout le monde dans sa chute.

"Êtes-vous ici pour détruire votre réputation? Je n’ai pas de réputation à détruire."
Gordon Sondland

"Êtes-vous ici pour détruire votre réputation?", lui avait demandé un journaliste en amont de sa première audition au Congrès en octobre. "Je n’ai pas de réputation à détruire", avait-il répondu. De son propre aveu, son expérience à Bruxelles a été "très mauvaise". Patron du groupe Provenance Hotels, il s’est essayé à la diplomatie après une carrière discrète dans la région de Portland, en Oregon. Issu d’une famille juive ayant fui l’Holocauste, il a arrêté ses études tôt pour se lancer dans l’immobilier. À 28 ans, il a racheté et rénové un hôtel de Seattle. Il en possède une quinzaine aujourd’hui.

Lors des primaires républicaines de 2016, il avait d’abord apporté son soutien à Jeb Bush avant de donner un million de dollars pour l’investiture de Donald Trump. Ce dernier chantait encore ses louanges il y a quelques semaines: "J’adorerais que l’ambassadeur un homme vraiment bien et un grand Américain témoigne", a-t-il tweeté le 8 octobre. Après le témoignage accablant de ce mercredi, le président s’est contenté de dire qu’il ne le connaissait "pas très bien".

Adepte de Rand

Il est adepte de la philosophie objectiviste d’Ayn Rand, qui met l’accent sur l’économie de marché et "l’égoïsme rationnel".

Contradictoire

Il avait publiquement désavoué le candidat Trump lorsqu’il s’est moqué de la famille d’un soldat musulman mort au combat. Il a finalement utilisé son réseau à Portland pour aider à l’élection du milliardaire.

Philanthrope

Sa femme et lui ont créé une fondation de philanthropie visant à "aider les familles". Ils ont donné de l’argent à diverses œuvres caritatives en faveur des enfants et de la recherche médicale.

 

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