Guillaume Canet, la fin de l'innocence

Neuf ans après "Les petits mouchoirs", revoici Guillaume Canet qui part en vacances avec ses amis et ses petits tourments personnels. Mais derrière le chef de bande se profile une vraie démarche artistique…

Il y a plusieurs Guillaume Canet. L’acteur beau gosse qui a fait ses débuts face à Leonardo DiCaprio dans "La plage" (2000), le réalisateur qui a dépassé plusieurs fois la barre mythique des 3 millions d’entrées en France (5,5 millions pour "Les petits mouchoirs"!), l’athlète spécialiste du jumping, blessé à 18 ans, et qui remonte en selle avec succès à 40 ans suite au tournage de "Jappeloup"…

Comédie

"Nous finirons ensemble"

Note: 3/5. De Guillaume Canet. Avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche, Laurent Lafitte, Benoît Magimel, Valérie Bonneton, José Garcia,…

C’est encore un autre Guillaume Canet qui vient de sortir son sixième long-métrage, "Nous finirons ensemble": celui qui est à la tête d’une bande de potes. En témoigne le casting du film: sa femme Marion Cotillard, son pote de toujours Gilles Lellouche, son mentor devenu ami François Cluzet, sans oublier Laurent Laffitte et Benoît Magimel. Une bande réunie sur grand écran, mais à laquelle il convient d’ajouter l’acteur Philippe Lefebvre, son producteur de toujours Alain Attal, le musicien Mathieu Chedid, Jean Dujardin et même son ex-femme Diane Kruger.

C’est d’ailleurs ce rapport fort à l’amitié qui était aux prémices, déjà, des "Petits mouchoirs". "Chaque film que je fais correspond à une envie, un besoin, un moment de ma vie. Pour ‘Les petits mouchoirs’, je venais de passer un mois à l’hôpital et aucun de mes potes n’était passé me voir. J’étais super mal, amer, fâché, ça m’a donné envie de raconter quelque chose là-dessus. C’est pour ça que j’ai été assez dur avec mes personnages."

"Il faut se dire les choses, exprimer son mal-être, ses faiblesses, sa colère. Ça évite de se rendre malade, et de rendre malade les humains autour de soi."
Guillaume Canet


©Trésor Films

Malgré son sourire désarmant, sa femme, ses amis, ses succès, on sent chez Guillaume Canet quelqu’un d’assez torturé, et toujours en recherche. Un artiste chez qui prévaut un besoin absolu de s’exprimer. "Je ne cherche jamais un sujet, faire un film parce qu’il faut faire un film. Ça me tombe dessus. Pour celui-ci, au départ, mon producteur n’était pas convaincu. Il avait peur que je fasse une suite pour faire une suite. C’est venu d’un constat: j’ai changé, mon rapport à l’amitié aussi, mon rapport aux gens. On avance en âge, on a tous perdu un parent proche, vécu un remariage, on est plus sensible, donc plus exigeant, on a moins de temps. Donc on est plus cash. On dit les choses. J’ai pris conscience que si on veut finir un jour ensemble – dans un couple, en amitié, ou tous ensemble en tant qu’humanité –, il faut se dire les choses, exprimer son mal-être, ses faiblesses, sa colère. Ça évite de se rendre malade, et de rendre malade les humains autour de soi. Ces personnages avec lesquels je n’avais pas été tendre dans le premier film, j’ai eu envie de les retrouver d’une manière plus profonde."

Cette incertitude, ce besoin de communiquer ses angoisses, on le ressent aussi dans les choix de films très sensibles que fait Guillaume Canet en tant qu’acteur. Plus tôt cette année, il était parfait en éditeur germanopratin dans "Doubles vies" d’Assayas, face à une Juliette Binoche splendidement bobo (et adultère).

"Nous finirons ensemble"

La Critique

Canet invente la comédie mélancolique

Presque dix ans après, voici la même bande qui se retrouve au Cap Ferret. Pour faire une surprise à Max (Cluzet). Mais Max n’a pas la tête à ça: il est venu pour mettre la maison en vente, car ça ne s’arrange pas avec Véro (Valérie Bonneton). Il est prêt à renvoyer tout le monde chez soi, mais Eric (Lellouche) décide de jouer les grands seigneurs: il loue une villa encore plus luxe, et en première rangée s’il vous plaît! (traduisez: face à la mer).

Mais est-ce qu’on va réussir à passer au-dessus de cette ambiance somme toute assez artificielle, voire pourrie? Entre-temps, Antoine (Lafitte) est devenu l’assistant perso d’Eric (acteur connu). Vincent (Magimel) a invité son nouveau petit copain car il a viré casaque. Quant à Véro, elle débarque à l’improviste dans l’ancienne maison et tombe sur un acheteur potentiel en la personne d’Alain (José Garcia).

Vous suivez? Non? Pas grave. Ce qui compte, c’est de passer un bon moment de connivence, voire d’identification, avec toute cette joyeuse bande. Si vous êtes allergique aux grosses 4x4, aux belles images, aux musiques qui sonnent bien, et aux conversations où tout le monde rit aux blagues de tout le monde, vous passerez votre chemin… Mais vous risqueriez de rater quelques très belles séquences (notamment entre le nouveau venu José Garcia et Valérie Bonneton), et quelques vrais moments de comédie mélancolique, au milieu de la thérapie de groupe.

En 2014, il glaçait les sangs en serial killer provincial dans "La prochaine fois je viserai le cœur", incarnant un personnage ordinaire, tourmenté, pervers mais féru de perfection. Dans "Une vie meilleure" de Cédric Kahn, en 2011, il montrait une facette beaucoup plus sensible, émouvante, mais toujours au service d’un personnage vibrant, fébrile – en chef coq abandonné par sa femme, et qui se rapproche du fils qu’elle lui a laissé. Mais c’est dans l’un de ses propres films que Guillaume Canet a pu montrer récemment toute l’étendue de son talent, dans un registre pourtant très challengeant au niveau de l’image: en acteur de cinéma dans "Rock’n Roll", une de ses propres réalisations.

En partant de son personnage public, Parisien, entouré d’amis, marié à Marion Cotillard, mais en proie à la peur de vieillir, il créait un personnage totalement imbu, prisonnier du regard des autres, et de l’amour de lui-même, presque jusqu’à la folie.

À propos, dans la galerie de personnages en quête d’eux-mêmes qu’il nous livre dans "Nous finirons ensemble", peut-on lire une sorte d’auto portrait? "Je suis totalement le personnage de Max (Cluzet). Solitaire mais qui a besoin des autres. Qui pense que tout le monde l’abandonne alors que c’est lui qui s’enferme… Est-ce que ça s’appelle vieillir? Mûrir? Devenir un peu plus sage? S’ouvrir? En psychanalyse, on insiste sur la notion de dire du bien aux autres, arriver à leur dire de belles choses. Ça fait du bien aux autres, mais aussi à soi. Ça va dans les deux sens. Je voulais raconter ça, cette nécessité que j’ai ressentie. Du coup, j’ai mis beaucoup de moi dans pas mal de personnages. Il faut être suffisamment personnel pour finir par être universel et arriver à toucher les gens."

"Nous finirons ensemble" est aussi, on le devine, la suite d’une renaissance après le burn-out provoqué par l’échec de "Blood Ties" (2013), ce grand film de gangsters tourné en anglais avec des stars. Jusque-là, wonder boy à qui tout avait réussi, Canet s’était vu refroidi par une (injuste) bouderie internationale. Mais il avait remonté la pente avec brio grâce à "Rock’n Roll", et il poursuit ici, en compagnie de personnages qu’il a inventés, et qui forment aussi, paradoxalement, sa garde rapprochée.

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