Guillermo del Toro, L'"immigré" qui triomphe aux Oscars

Trois Oscars, dont le plus prestigieux (meilleur film): le réalisateur mexicain, spécialiste des films de genre, est adoubé par ses pairs.

Dimanche soir dans le Dolby Theatre de Los Angeles, le moment où Guillermo del Toro fut le plus ému, ce fut celui où Alexandre Desplat se leva. Son compositeur venait de gagner le prix, et le remerciait de lui avoir confié cette partition où la musique "constitue la voix des personnages principaux" – l’un étant un monstre aquatique, et l’autre une femme de ménage muette.

The Shape Of Water - Bande annonce

Mais del Toro n’était pas au bout de ses surprises: quelques minutes plus tard, son génie visuel et créatif était récompensé par l’Oscar de la Meilleure Réalisation. Il rappela alors que Fox Searchlight avait fait preuve de courage en acceptant cette histoire de parias: l’amphibie et la femme de l’ombre. L’occasion rêvée pour rappeler à la face du monde, dans l’Amérique de Donald Trump, qu’il venait de l’autre côté du mur. Mexicain, il a fini par rallier Hollywood, mais reste un citoyen du monde. En témoignent son parcours et sa filmographie…

Le profil
  • 1964 Naissance à Guadalajara, Mexique.
  • 1985 Création de Necropia, sa société d’effets visuels.
  • 1993 "Cronos", son premier film avec l’acteur Ron Perelman.
  • 1997 "Mimic", produit par les frères Weinstein, que del Toro accusera d’avoir confisqué son film.
  • 2001 "L’échine du Diable"
  • 2006 "Le Labyrinthe de Pan"
  • 2010 Del Toro part habiter en Nouvelle-Zélande pour superviser "The Hobbit", dont il signera les scénarios mais qu’il ne réalisera jamais.
  • 2015 "Crimson Peak" renoue avec les films d’épouvante classique.
  • 2018 "La forme de l’eau" remporte 3 Oscars.

Le jeune Guillermo commence par étudier le maquillage, avec une préférence, déjà, pour les monstres. Boulimique, il crée un festival international de cinéma dans sa ville natale de Guadalajara. Il a… 22 ans. Après 10 ans comme spécialiste du maquillage, il réalise son premier long-métrage. "Cronos" sera présenté hors compétition au Festival de Cannes. Del Toro s’est fait remarquer: Hollywood lui commande "Mimic", un film de monstre à 30 millions de dollars. À partir de ce moment-là, le réalisateur alternera les films de studios et les projets plus personnels. Deux optiques qui parfois se confondent, comme dans son récent chef-d’œuvre "La forme de l’eau"…

D’un côté monstres et super-héros s’en donnent à cœur joie (la série "Hellboy", la série "Blade", "Pacific Rim"…), de l’autre le concepteur d’univers explore ses obsessions. Les insectes, les horloges, les larves, les êtres mutilés ou monstrueux trouvent à ses yeux une grâce qu’il retranscrit dans ses films. Del Toro touche au génie lorsqu’il intègre tout cela dans un contexte historique où son univers prend sens: une première fois dans "L’échine du diable" en 2001, où la guerre d’Espagne sert de contexte aux tribulations d’un garçon réfugié dans un orphelinat. Mais c’est avec son chef-d’œuvre, "Le Labyrinthe de Pan" que del Toro acquiert son statut de Maître auprès des fans de films fantastiques. Sélectionné à Cannes, le film triomphe au box-office mondial avec plus de 80 millions de dollars, avant d’être couronné par trois Oscars et sept Goya…

Aujourd’hui, Del Toro est en train de devenir le symbole de cette multiculture crainte par les réactionnaires de tous bords, Trump en tête. Il l’a répété dans chacune des centaines d’interviews données pour la promotion de "La forme de l’eau": l’avenir est dans la rencontre avec l’Autre (avec un grand A). Que ce soit un monstre à la peau couverte d’écailles… ou un jeune réalisateur venu d’au-delà des frontières, comme ce fut son cas.

Kidnapping

En 1996, pendant le tournage de "Mimic", le père del Toro est enlevé: une rançon de 1 million de dollars est exigée du fils prodige. C’est son ami James Cameron en personne, alors en train de tourner "Titanic", qui apportera l’argent. Après 72 jours, Federico del Toro retrouve la liberté. Guillermo part habiter en Californie quelques semaines plus tard.

Rendez-vous manqué(s)

Guillermo del Toro fut très souvent pressenti pour réaliser un épisode de la saga Harry Potter (comme l’avait fait son ami et compatriote Alfonson Cuaron pour "Le prisonnier d’Azkaban"). De même, Peter Jackson lui avait confié la réalisation du "Hobbit", avant que del Toro ne jette l’éponge pour cause de retards de financement dans le chef de la MGM – Jackson reprenant alors les commandes.

Auteur à succès

Ce génie créatif ne se contente pas du cinéma: concepteur de jeux vidéo, il est aussi le co-auteur d’une trilogie romanesque, adaptée sous forme de série télé: "The Strain", qui voit les vampires conquérir le monde (à commencer par New York)…

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