Hans-Georg Maassen, le renseignement allemand sur la sellette

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Le patron des services allemands de renseignement intérieur doit s’expliquer aujourd’hui face aux députés du Bundestag, suite à des propos semblant relativiser les dangers émanant de l’extrême droite en Allemagne.

C’est une volte-face qui dérange en Allemagne… Hans-Georg Maassen est de nouveau au centre d’une polémique, cette fois au sujet des débordements d’extrême droite de Chemnitz, en ex-RDA, fin août. Le chef des services de renseignement intérieur allemands (Office de protection de la constitution, BfV), semblant désavouer Angela Merkel, avait d’abord douté, dans une longue interview au quotidien populaire Bild Zeitung, de la véracité de vidéos circulant sur le net montrant des néonazis poursuivant des étrangers. Il évoquait "de bonnes raisons de croire que tout cela relève d’une désinformation intentionnelle, peut-être pour détourner l’attention du public du meurtre de Chemnitz". Maassen, analyse le quotidien Tagesspiegel, "donnait ainsi gratuitement raison à l’extrême droite". Il n’en fallait pas davantage pour relancer les accusations de collusion entre l’extrême droite et les services de sécurité de l’État.

Le profil
  • Novembre 1962: naissance à Mönchengladbach
  • 1991: entre au ministère de l’Intérieur
  • 2008-2012: dirige la cellule antiterrorisme du ministère
  • 1er août 2012: président du BfV

Lundi, Maassen – sommé par le gouvernement de s’expliquer – a relativisé ses propos. Mais le malaise persiste dans le pays. Ce mercredi, il devra répondre aux questions des députés du Bundestag, l’instance de contrôle du BfV.

Hans-Georg Maassen, 55 ans, a fait toute sa carrière dans les services de sécurité. Entre 2008 et 2012, il a notamment dirigé la cellule antiterrorisme du ministère de l’Intérieur. Conservateur assumé, petites lunettes rondes à la John Lennon et costume trois-pièces sombre, ce juriste d’origines modestes marié à une Japonaise enseigne le droit à Berlin et à Tokyo. Il est arrivé en août 2012 à la tête du BfV à la suite du scandale de la NSU (une cellule d’extrême droite responsable de la mort de 9 petits commerçants étrangers, entre 2000 et 2007, sans qu’à aucun moment les enquêteurs ne fassent le lien entre ces meurtres et l’extrême droite).

Ses relations avec Angela Merkel se sont considérablement dégradées avec la non-fermeture des frontières aux réfugiés à l’été 2015. À l’époque, Maassen et le chef de la police fédérale, Dieter Romann, multiplient les mises en garde, estimant que des terroristes pourraient se cacher parmi les réfugiés et dénonçant de trop lâches contrôles de l’identité des demandeurs d’asile.

Faux pas et troubles

Pour les nombreux détracteurs du BfV et de son patron, l’affaire de Chemnitz vient s’allonger à une liste déjà trop longue de faux pas et de troubles autour de l’institution. Maassen aurait ainsi menti aux députés du parlement régional de Berlin sur la présence d’une taupe planquée par le BfV dans les milieux salafistes, alors que les députés exigeaient des explications sur la surveillance de ces milieux après l’attentat de 2016 sur un marché de noël à Berlin.

"Maassen, écrit le magazine conservateur Focus, est un sphinx qui sait cacher tous ses secrets derrière une façade impénétrable", alimentant ainsi les rumeurs. Comme celle qui veut que lors d’une rencontre avec l’ancienne cheffe du parti d’extrême droite AfD, Frauke Petry, Hans-Georg Maassen aurait donné quelques conseils au parti pour s’éviter d’attirer l’attention des services de renseignement. Maassen a démenti. Reste pour la gauche allemande le sentiment que les dangers émanant de l’extrême droite sont négligés par une institution qui ne se focaliserait que sur les islamistes et les milieux d’extrême gauche.

Affaire Kurnaz
En 2006, Maassen s’oppose au retour en Allemagne du Turc-Allemand Murat Kurnaz, interné arbitrairement pendant 5 ans à Guantanamo. L’affaire avait fait scandale en Allemagne.
Rencontres avec l’AfD
À plusieurs reprises, Hans-Georg Maassen a rencontré des députés de l’AfD. L’intéressé qualifie ces rencontres de "routine". Une repentie de l’AfD assure dans un livre paru cet été que Maassen a donné en 2015 à Frauke Petry, alors cheffe de l’AfD, des conseils pour éviter que son parti ne soit observé par les services de renseignement.

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