Herman Diricks, l'homme qui résiste aux crises

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L’administrateur délégué de l’Afsca est un habitué des rebondissements. C’est aussi un fin connaisseur des secteurs agricole et public.

Déjà mis sur la sellette à l’été 2017 après la révélation du scandale des œufs contaminés au fipronil, Herman Diricks, l’administrateur délégué de l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) voit sa tête à nouveau mise à prix par des responsables politiques. Lundi, c’est la députée fédérale sp.a Annick Lambrecht qui a réclamé sa démission suite au scandale Veviba, tandis que le parti Ecolo a demandé, de son côté, "une profonde réforme" de l’Agence qu’il dirige depuis 2014. Le ministre de l’Agriculture Denis Ducarme a ensuite annoncé que des réformes auront bien lieu en son sein

Dans les deux crises, fipronil hier et viande bovine aujourd’hui, la politique de communication du patron de l’Afsca et le mode de fonctionnement de son institution se voient mises en cause. On subodore néanmoins que comme en août dernier, l’homme se défendra avec opiniâtreté. Car cet ingénieur chimiste et des industries agricoles a fait montre, lors des précédentes crises (il y avait aussi eu l’affaire du Herve au lait cru en 2015), d’une capacité certaine à convaincre et à rebondir.

"C’était très intéressant de participer à la création de l’Agence."
herman diricks
administrateur délégué, Afsca

Né en juin 1959 et domicilié à Laethem-Saint-Martin, en Flandre orientale, Herman Diricks est sorti diplômé de la Rijksuniversiteit de Gand en 1983. Il a fait ses premiers pas professionnels dans le secteur de la recherche en se mettant au service de l’Institut pour la biologie moléculaire à la VUB à Bruxelles. Il y a planché sur un projet de lutte contre la malaria.

Il a quitté l’Institut trois ans plus tard pour entrer au ministère fédéral de l’Agriculture. De 1986 à 2000, il y a mené à bien plusieurs missions, parmi lesquelles la mise sur pied et la modernisation du département informatique. "J’ai installé les premiers PC au ministère", a-t-il déclaré à nos confrères du Soir. À la fin de la décennie 1990, il a aussi œuvré comme conseiller du ministre fédéral de l’Agriculture, où il est apparu comme le protégé de Piet Vanthemsche, un vétérinaire devenu chef de cabinet des ministres Karel Pinxten, Herman Van Rompuy puis Jaak Gabriels.

Destins liés jusqu’en 2006

Ses liens avec Piet Vanthemsche ont ensuite ponctué sa carrière durant plusieurs années. Lorsqu’il quitta le ministère en 2000 pour fonder sa propre société de consultance, HD Consulting, il s’y associa avec Vanthemsche. Puis en 2002, lorsqu’il entra au service de la toute jeune Afsca comme directeur adjoint, Piet Vanthemsche venait d’y être nommé administrateur délégué.

"C’était très intéressant de participer à la création de l’Agence, dira-t-il au Soir. Je l’ai vue se professionnaliser au fil des ans." À l’époque, l’Agence avait été mise sur pied après la crise de la dioxine (contamination à la dioxine d’aliments pour animaux d’élevage en 1999), dans le but de renforcer les contrôles en regroupant, notamment, les différents départements ministériels concernés. Parmi les premières tâches dévolues à Herman Diricks ont figuré l’élaboration du plan de personnel et le lancement du nouveau plan de financement de l’Agence.

Le parallélisme entre les destinées professionnelles de deux hommes s’arrêtera en 2006, quand Piet Vanthemsche quitta la direction de l’Agence pour entrer au service du Boerenbond, dont il deviendra président deux ans plus tard. Entre-temps, les deux hommes avaient cédé leur firme de consultance, depuis rebaptisée Nutri-Bel.

De son côté, Herman Diricks a poursuivi son ascension au sein de l’Agence. En 2006, il y a été nommé directeur général de la Politique de contrôle. Concrètement, cela signifie qu’il a pris en charge l’élaboration des programmes d’inspection et d’échantillonnage, la législation, la simplification administrative et les relations internationales.

La consécration en 2014

Huit ans plus tard a sonné pour lui l’heure de la consécration: il a succédé, le premier mai 2014, à Gil Houins au poste d’administrateur délégué de l’Afsca.

Pas une responsabilité de tout repos, loin de là, puisque depuis lors, Herman Diricks a dû monter à plusieurs reprises aux barricades pour expliquer et défendre l’action de son institution. Outre l’affaire du fromage de Herve, citons la polémique sur la publicité des rapports des contrôles effectués par l’Agence dans les cafés, restaurants et autres boulangeries, une prise de bec avec la Cour des comptes qui avait épinglé l’absence de supervision, par l’Agence, des systèmes d’autocontrôle assurés par les producteurs, la fameuse crise du fipronil, et aujourd’hui ce scandale mettant en cause ses contrôles dans certains maillons de la filière bovine. Soit quatre crises à gérer en l’espace de trois ans et demi, excusez du peu… À sa place, d’autres auraient déjà jeté le gant.

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