Horst Seehofer, l'ennemi en culotte de peau d'Angela Merkel

Le ministre de l’Intérieur allemand menace de fermer les frontières du pays si la Chancelière ne trouve pas, dans les deux semaines, une solution européenne à la crise migratoire.

Tel est pris qui croyait prendre… En le nommant au ministère de l’Intérieur, Angela Merkel pensait réduire Horst Seehofer au silence. Voilà plus de deux ans que le président de la CSU critiquait ouvertement la politique migratoire de la Chancelière. La cheffe du gouvernement fédéral a toujours respecté la maxime selon laquelle il est utile de garder ses amis proches, mais qu’il est encore plus important d’avoir ses ennemis plus proches encore.

Les relations sont tendues au plus au point entre Horst Seehofer et Angela Merkel. "Je ne peux plus voir cette femme", aurait déclaré le ministre de l'Intérieur allemand. ©EPA

Durant ses quatre mandats, elle a accordé des portefeuilles à plusieurs de ses rivaux afin de mieux les "museler". Wolfgang Schäuble, Ursula von der Leyen et Jens Spahn en ont notamment fait les frais. Mais Horst Seehofer a visiblement décidé de ne pas tomber dans le même piège. Son parti a ainsi donné, hier, deux semaines à la Chancelière pour trouver une solution européenne à la crise migratoire. En cas d’échec, le ministre de l’Intérieur menace, ni plus ni moins, de fermer les frontières du pays. "Je ne peux plus travailler avec cette femme", aurait déclaré l’élu conservateur devant des membres de sa formation, si l’on en croit le journal Die Welt.

À bientôt 69 ans, ce catholique aux idées conservatrices a décidé de taper du poing sur la table après des années de couleuvres avalées face à Angela Merkel. Le score historiquement bas de la CSU lors des dernières législatives et la montée du parti xénophobe AfD ont persuadé ce bavarois né à Ingolstadt, le fief d’Audi, de virer à droite toute. À peine nommé à Berlin, il a déclenché une première polémique en affirmant que l’islam n’était "pas partie intégrante de l’Allemagne", un pays dans lequel vivent plus de 4 millions de musulmans. Le chef de la CSU, qui a cédé en mars son siège de ministre-président de Bavière à Markus Söder, souhaite aussi l’expulsion automatique des demandeurs d’asile dont le dossier a été refusé par les autorités.

Horst Seehofer a provoqué la polémique lors de sa rencontre avec le chancelier autrichien Sebastian Kurz. Ils ont annoncé leur volonté de créer « un axe des volontaires dans la lutte contre l’immigration illégale » conjointement avec l'Italie de Matteo Salvini. ©AFP

Briscard de la politique

Le profil
  • 4 juillet 1949: Naissance à Ingolstadt en Bavière
  • 1980–2008: Député fédéral au Bundestag
  • 1992–1998: Ministre fédéral de la Santé
  • 2005–2008: Ministre fédéral de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Protection des consommateurs
  • Depuis 2008: Président de la CSU
  • 2008–2018: Ministre-président de Bavière
  • Depuis mars 2018: Ministère fédéral de l’Intérieur, de la Construction et du Territoire

Derrière son éternel sourire, ce géant de 1,93 m, qui aime porter la culotte de cuir traditionnelle de sa région natale, est un vieux briscard de la politique. 28 ans député fédéral, ministre-président pendant une décennie, président de parti depuis 2008, il a été secrétaire d’État au ministre fédéral du Travail et des Affaires sociales en 1989, avant de devenir ministre de la Santé et ministre de l’Agriculture.

Issu d’une famille pauvre de quatre enfants, il allait souvent avec son frère Dieter chercher son père dans l’entreprise de construction où il travaillait comme routier afin de s’assurer qu’il rentre à la maison avec sa paie. Gros travailleur, Horst a toujours été un excellent étudiant. Après avoir réussi l’examen pour devenir "fonctionnaire de catégorie moyenne supérieure", il a décroché un diplôme à l’Académie de gestion et d’économie de Munich. Bon joueur de handball et amateur de tennis, il est entré en politique un peu par hasard après qu’un ami le persuade d’adhérer à la CSU en 1971 après quelques bières dans un bowling.

Ambitieux, il a refusé les appels du pied des cadres de son parti qui voulaient le voir à la mairie d’Ingolstadt pour entamer une carrière nationale et devenir député au Bundestag à tout juste 30 ans. Près de quatre décennies se sont depuis écoulées mais le combatif bavarois, au nez épaté et à la raie coiffée sur le côté, n’a rien perdu de son mordant. Angela Merkel le constate chaque jour à ses dépens.

Double vie…

Ce père de quatre enfants dont le divorce avec sa petite amie d’enfance Christel ne figure sur aucun de ses CV a épousé sa femme actuelle Karin il y a près de 25 ans, mais il a mené pendant des années une double vie avec une Berlinoise qui lui a donné une fille en 2007.

Petits trains

Durant ses rares moments de loisir, il aime s’enfermer seul dans la cave de sa maison pour jouer avec ses petits trains électriques. Il a construit de ses mains le circuit qui s’étale sur plusieurs niveaux et a mis au point le programme informatique qui régule le trafic ferroviaire.

Cœur fragile

Une myocardite le cloue en 2002 en soins intensifs à l’hôpital pendant 21 jours. Les docteurs, qui lui révèlent que son cœur a perdu 25% de ses capacités en raison de la maladie, lui demandent d’arrêter la politique et de prendre du repos. Sans succès…

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