Il a rendu Telenet moins "flamand"

©Kristof Vadino

Depuis son arrivée en Belgique en 2013, John Porter a transformé le groupe télécom malinois. Du câblo très flamando-flamand, il a fait un acteur actif dans le contenant et le contenu, le fixe et le mobile, au Nord et maintenant à Bruxelles. Avant de conquérir le Sud?

C’est un joli cadeau de Noël que John Porter a offert à Telenet. En reprenant les activités de SFR en Belgique et au Luxembourg, il poursuit la transformation à marche forcée de l’opérateur télécom malinois. Il est même parvenu à réduire de 20% la facture initiale, ne payant que 400 millions d’euros au lieu des 500 espérés par les vendeurs, le duo Patrick Drahi (Altice) – Philippe Lhomme (Deficom).

Pourtant, lors de son arrivée en en 2013 à la tête de Telenet, sa tâche s’annonçait aride. Il remplaçait le charismatique Duco Sickinghe, l’homme qui fit de Telenet une machine à cash. Jusque-là, Telenet était essentiellement axé sur le fixe et sur son marché domestique, la Flandre, en dépit d’une faible présence à Bruxelles. Certes, il était présent dans le mobile, mais comme simple MVNO (opérateur virtuel), utilisant le réseau Mobistar pour servir ses clients. Mais face à la croissance du nombre de clients mobile (plus d’un million), John Porter n’hésita pas et racheta l’an dernier Base pour 1,325 milliard d’euros afin d’avoir son propre réseau mobile.

Le profil
  • Né en 1957 aux États-Unis dans l’État du Minnesota, marié 4 enfants.
  • Bachelier en histoire du Kenyon College dans l’Ohio
  • Étudie les sciences politiques à Zagreb, dans l’ex Yougoslavie
  • Débute sa carrière chez Westinghouse Cable Systems au Texas
  • Président de Time Warner dans l’Ohio de 1989 à 1994
  • Occupe différentes fonctions managériales dans le secteur du câble entre 1994 et 2013, notamment pour le groupe Liberty Global (actionnaire de référence de Telenet) puis commeCEO du câblo-opérateur canadien Austar
  • CEO de Telenet depuis 2013

 

Rebelote cette semaine avec la reprise de SFR, qui lui permet à la fois de devenir largement leader sur le câble à Bruxelles et de mettre un premier pied en Wallonie, terrain de jeu de Proximus et Voo. Bref, sous sa houlette, Telenet n’est plus un opérateur flamand actif dans le fixe, c’est devenu un opérateur national, fixe et mobile. Et vraisemblablement il ne s’arrêtera pas là. Le solde du territoire bruxellois est déjà dans son viseur – il ne s’en cache pas – avant, qui sait, la Wallonie.

Du contenant au contenu

Mais John Porter ne s’arrête pas là. Il a une vision. "Il voit plus loin que son rôle d’opérateur télécom, il a une vraie vision à long terme sur ce qui doit devenir une entreprise comme Telenet", témoigne Jos Donvil, ex-CEO de Base, aujourd’hui à la tête de Voo. L’Américain a bien compris qu’à l’heure de la convergence sur le marché du triple et du quadruple play, une des clés de succès pour se démarquer de la concurrence sera de se démarquer via des contenus exclusifs: "Son objectif est clairement de transformer Telenet en une ‘entertainement company’", poursuit Jos Donvil. "C’est John Porter qui et derrière la stratégie de contenu", confirme un insider. La prise de participation majoritaire dans les chaînes de télévision de SBS, Vier et Vijf, c’est lui. La production des séries télévisées locales De Dag et Chaussée d’Amour, c’est lui aussi. Il a renforcé la politique de la maison dans le sport et entretient de bons rapports avec Voo dans l’acquisition de contenus de fiction exclusifs via leurs offres à péage.

Bourlingueur

Lorsqu’il est arrivé en Belgique, ce natif du Minnesota en plein Midwest américain, avait déjà pas mal bourlingué. Il a fait une partie de ses études à Zagreb alors dans l’ex Yougoslavie et a fait des petits jobs, comme barman, avant de débarquer un peu par hasard dans le secteur du câble. Il a longtemps travaillé en Australie où il fut à la tête de l’opérateur Austar. Ce "citoyen du monde" – même si l’expression est un peu galvaudée – s’est vite adapté à la Belgique dont il apprécie le détachement de sa population et sa culture culinaire. Habitant à deux pas de chez… Dominique Leroy, la patronne de Proximus, il aime se balader à vélo dans Bruxelles avec un faible pour le quartier Flagey. "C’est un homme assez cool, complète Jos Donvil, le stress ne fait pas partie de son style de management. Il est attentif au bien-être des collaborateurs; quand Telenet a racheté Base, il a fait en sorte que chacun y conserve son poste."

Avec son allure détachée, John Porter cultive le sens de la communication. C’est qu’il a de qui tenir: son père a cofondé Porter Novelli, un des géants mondiaux des relations publiques…

En bref

Une allure de rockeur

Avec ses cheveux longs et son bouc, il a davantage le look d’une rock star que d’un CEO du Bel 20. L’homme est en effet un fondu de musique. Dans l’espace VIP de Werchter Classic, il s’affiche volontiers chaussé de santiags. Un de ses loisirs, c’est de dresser des playlists. Une vingtaine tourne en boucle sur ses appareils audio.L’homme se veut éclectique, mariant vieux tubes et morceaux contemporains dont ceux de "Two Another", le groupe de son fils dont il est très fier.

Barman à ses débuts

Le parcours de John Porter n’est pas des plus classiques pour un CEO.Il a débuté sa carrière… dans un bar de New York.Au grand désarroi de sa mère qui, un jour, est venu le chercher sur place pour lui dire: "Je t’ai payé des études pour que tu fasses un vrai job."

"I love Belgium"

D’un naturel jovial, John Porter n’a pas tardé à céder aux charmes bibitifs et culinaires de la Belgique. Son attachement au plat pays paraît sincère. Via l’Amcham, la chambre de commerce américaine, il a convaincu d’autres CEO américains basés en Belgique de tourner une vidéo pour redresser l’image du pays après les attentats du 22 mars dernier.

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