James "Jim" Hacket, l'homme qui doit séduire Wall Street

Jim Hackett, le CEO de Ford Motor Company, a dévoilé sa stratégie. Il table sur les grosses voitures américaines, l’électrique, les économies et les nouveaux partenariats pour séduire Wall Street et pousser la valeur de la marque Ford en Bourse. Benjamin Everaert

On a reproché à son prédécesseur d’avoir une stratégie trop floue. Un peu plus de quatre mois après avoir succédé à Mark Fields à la tête de Ford, James Jim Hackett présentait mardi son plan stratégique. Il était attendu au tournant alors que les actionnaires se sont plaints fréquemment ces dernières années de la faible valorisation de Ford  en Bourse.

Hackett n’est pas un homme de l’automobile. Il a passé l’essentiel de sa carrière chez Steelcase, une société centenaire du Michigan devenue l’un des plus grands vendeurs de mobilier de bureaux au monde. Il rejoint Ford en 2013. Lors des événements "Go Further" de Ford, on avait bien pu apercevoir que l’homme aimait se projeter en avant et imaginer la mobilité du futur. À la tête de la division Smart Mobility, Jim Hackett personnifiait les programmes futuristes de Ford comme la conduite autonome ou les voitures partagées.

Le profil
  • A 62 ans, James Hackett est plus souvent appelé Jim Hackett.
  • Diplômé de l’université du Michigan, il débute sa carrière chez Procter & Gamble en 1977.
  • En 1981, il rejoint la société centenaire Steelcase. Il y passera 30 ans.
  • CEO à l’âge de 39 ans, il aura notamment dû restructurer lourdement Steelcase.
  • Entré chez Ford en 2013, il en devient CEO en mai dernier.

Le plan stratégique de Hackett aura deux axes importants. D’abord, un focus sur les gros modèles, du 4x4 au pick-up en passant par le SUV. Des voitures très axées sur le marché américain qui ont de plus belles marges que les Fiesta ou Mondeo classiques. Ensuite, un virage vers l’électrique. Jim Hackett a spécifié que le groupe serait ouvert à de nouveaux partenariats pour répartir les coûts et les risques liés au développement de nouvelles technologies, tout en assurant la bonne performance de ses activités traditionnelles.

Ford, qui annoncera ses prévisions financières pour 2018 en janvier, a confirmé son objectif de marges opérationnelles à 8% et de retour sur investissement supérieur au coût du capital. Le nouveau plan stratégique table en outre sur 14 milliards de dollars d’économies, dont 10 milliards viendront de réductions des frais de matériaux et 4 milliards des coûts d’ingénierie.

"Boîte de financiers"

Un discours axé sur les actionnaires qui n’est pas toujours bien reçu dans le réseau de Ford en Belgique où l’on estime que ce sont les financiers qui ont pris le lead de la compagnie. "On paie tout, même les catalogues. Ils nous gardent juste la tête hors de l’eau pour que l’on nage correctement", regrette Armand de Wasseige, de Jambes Motors, alors que le réseau a dû prendre une grande partie de l’organisation à sa charge. La marque a accentué la pression sur son réseau ces dernières années que ce soit au niveau des marges, des volumes d’immatriculations ou du niveau de qualité. Les marges des concessionnaires étant fonction de ces trois critères avec notamment l’utilisation de "mystery shopper" obligeant les concessionnaires à mettre également la pression sur leurs équipes. "Avant la crise des subprimes, ce n’était pas comme ça. Avant, quand l’Amérique allait mal, l’Europe la soutenait et vice-versa. Mais maintenant, ils oublient de ramener le balancier en Europe", se plaint Armand de Wasseige.

Bien loin de là, Ford Motor Company parle beaucoup d’Inde, de Chine et des Etats-Unis moins d’Europe où Ford est la dernière marque américaine grand public. A Wall Street, le discours de Jim Hackett a été salué par une augmentation du cours de 0,7% à la mi-séance.

Chute boursière

Lors des trois ans à la tête de Ford, son prédécesseur Mark Fields a vu la valeur boursière du constructeur se contracter de 40%.Depuis la prise de fonction de Jim Hackett, l’action Ford est passée de 11,1 à 12,4 dollars encore bien loin des17,7 dollars de 2014.

Nouveau boss belge

Hasard du calendrier, Ford Belgique s’est également doté d’un nouveau patron en mai dernier. Le Français LaurentCharpentier a été remplacé par un Belge bien connu du secteur, Peter Bertin,jusque-là managing director chez Opel en Belgique.

Au milieu, on souffre

À entendre le réseau belge,Ford est trop déconnecté de sa base.Difficile d’exister en Europe entre les gros marchés de volume comme l’Allemagne ou l’Angleterre. "Il y a deux personnages importants chez Ford, le premier c’est l’actionnaire et le deuxième c’est le client, et tous les autres font partie de la chaîne", y regrette-t-on.

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