Jan Fabre, la force d'une double nature

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Humiliation, intimidation sexuelle: des anciens collaborateurs de l’artiste anversois Jan Fabre dénoncent son comportement dans une lettre ouverte publiée mercredi soir sur le site internet du magazine spécialisé dans l’art rekto:verso. Le ministre flamand de la Culture, Sven Gatz, a ouvert une enquête.

Plasticien, metteur en scène, chorégraphe, Jan Fabre est une force de la nature. Il pourrait être le petit frère de Jean Gabin, "gueule d’amour", brute au cœur galant de la haute époque du cinéma français. Dans le dédale de ses ateliers, d’une salle à l’autre, il circule tel le Minotaure. L’analogie tauromachique fait songer à un Picasso flamand. Ne disait-il pas qu’il ne "dormait pas, qu’il travaillait la nuit", "parfois clown, parfois dictateur, parfois visionnaire".

Le profil
  • Né en 1958
  • 1980-2005: Trente mises en scène de théâtre, dont L’Histoire des larmes et La Tragédie de l’amitié
  • 2008: Jan, Fabre, l’Ange de la métamorphose – exposition, Musée du Louvre.

Fils d’un botaniste et d’une infirmière, ce croisement de filiation peut être la source de sa passion pour l’entomologie (il se dit le neveu du fondateur de la discipline, le Français Jean-Henri Fabre), omniprésente dans ses œuvres et installations, où il crée entre corps humain et animal un rapport hérité de "La Métamorphose", de Franz Kafka.

"Rien de choquant"

Cet artiste-chercheur puise aussi dans la tradition du martyr religieux: "J’ai commencé très tôt à dessiner avec mon sang. Adolescent, ces Christ de maîtres flamands, scènes de flagellation, étaient pour moi des performances. Ces peintures physiques m’ont marqué. J’ai découvert plus tard que pour obtenir certaines nuances, les peintres flamands utilisaient du sang ou de la poudre d’os humains. Il n’y a rien de choquant dans ce que je fais. Tout vient de la peinture classique." La pulsion, la transgression, la mise à nu, sont des moteurs de son art.

Hélène van den Wildenberg, fondatrice de l’agence Caracascom, qui communique pour de prestigieuses institutions culturelles, le connaît "depuis vingt ans. C’est un proche de mon compagnon, le plasticien Johan Muyle, avec qui je vis depuis vingt-cinq ans. J’ai été son attaché de presse pour sa grande exposition, avec la Galerie Pieters, à la Biennale de Venise". D’expositions en soirées privées et publiques, elle a toujours vu en lui "un homme fidèle en amitié, poli, plein d’esprit, qui sait recevoir. Malgré mes tenues moulantes, je n’ai jamais subi le moindre geste ou parole déplacés".

Avec ses assistantes, collaboratrices, danseuses, qu’il appelle ses "Guerriers de la Beauté", elle n’a jamais perçu de familiarité. Son comportement assure-t-elle, est le même avec les journalistes, artistes, galeristes, directrices de musées: un homme centré sur son rôle d’artiste, "parfois dans le doute, attentif aux autres".

Agitateur de concepts
En 1978, il peint "Mon corps mon sang mon paysage" avec son propre sang. En 1980, il réalise ses premières performances, brûle de l’argent et écrit le mot "Money" avec les cendres. Plus de 20 ans plus tard, en 2002, Il habille le plafond de la salle des Glaces, au palais royal, de 1,4 million de carapaces de scarabées. La reine Paola colle elle-même les carapaces formant le "P" initial de son prénom. En 2012, il fait procéder à un lancer de chats, en référence au Dali Atomicus de Dali, à l’hôtel de ville d’Anvers. Cela lui vaut des reproches, et il exprime ses regrets.

Jan Fabrestraat
En 1977, à 19 ans, Jan Fabre pose une plaque dans sa rue, au nom de Jan Fabrestraat, et une autre sur la maison familiale, inspirée de Van Gogh: "Ici vit travaille Jan Fabre".

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