Jean-Dominique Senard, le symétrique inverse de Carlos Ghosn

À 65 ans, le président sortant du groupe Michelin devrait se voir confier la présidence de Renault et remplacer Carlos Ghosn à l’issue d’un conseil d’administration, ce jeudi. Son style tranche avec celui de son prédécesseur.

À l’évidence, passer par la case Michelin constitue un sésame idéal pour occuper les derniers échelons du groupe Renault. C’est ainsi que Jean-Dominique Senard, arrivé au bout de son mandat au sein du fabricant de pneumatiques, devrait être adoubé ce jeudi comme président non-exécutif de la marque automobile. Il y succédera à Carlos Ghosn reclus dans une prison japonaise depuis le mois de novembre et qui avait également débuté sa carrière chez Michelin. Il y côtoiera Thierry Bolloré en tant que directeur général un homme dont la carrière a de la même façon démarré à Clermont-Ferrand, au pied des volcans d’Auvergne.

Bien-être au travail

Interviewé par Les Échos Events, il donne sa version de ce que doit être l’entreprise à venir, celle "qui permet à ses collaborateurs et à ses salariés de s’épanouir", précisant qu’il ne s’agit pas seulement de mots pour se faire "plaisir". Selon Jean-Dominique Senard en effet, "le bien-être au travail" constitue ni plus ni moins "un vecteur de croissance".

Réputé macroniste, identifié comme patron à la fibre sociale, Jean-Dominique Senard se situe aux antipodes de son prédécesseur qui ne connaissait que le culte des actionnaires et, selon toute apparence, celui de son enrichissement personnel.

Nombre de défis attendent cet homme au phrasé diplomatique qui aura 66 ans au mois de mars. Sur la gouvernance de l’entreprise d’abord puisqu’il devra composer avec un directeur général qui avait fait siennes les méthodes contestées de son ex-président et aussi avec un conseil d’administration marchant sans ciller dans les pas de l’emblématique patron aux trois nationalités. Parallèlement il va lui falloir s’attaquer à la pérennité de l’alliance Renault-Nissan puisque le constructeur japonais reverse de confortables dividendes au groupe français (53% du résultat en 2017, 39% en 2018). La partie s’annonce ardue mais l’avantage revient au groupe français qui détient 40% de l’entreprise nippone contre 15% en chemin inverse. Enfin, il va lui falloir mener à bien la transition industrielle vers des modes de transport davantage compatibles avec les impératifs écologiques.

Gare aux mensonges

Le journal Le Monde rappelait mardi dans ses colonnes qu’il ne faudrait pas confondre la fibre sociale de Jean-Dominique avec un "angélisme" contre-productif. Et de rappeler sa réponse à ce même journal en 2017: "Ne demandez jamais à un chef d’entreprise s’il va fermer des usines, parce que s’il vous répond non-jamais, c’est un mensonge".

Natation, vignes et faits d’armes

Jean-Dominique Senard aurait bien voulu, au terme de son mandat chez Michelin, intégrer le Medef, le syndicat patronal français, cependant son âge ne lui permettait pas. Mais tout le monde le voulait pour remplacer Carlos Ghosn. Comment résister lorsque l’on est à ce point sollicité? Aura-t-il encore le temps de faire des longueurs dans une piscine comme il le faisait à Clermont-Ferrand pour se maintenir en forme, rien n’est moins sûr. Aura-t-il le temps de s’occuper de ses vignes de rosé labellisées bio dans le sud de la France, ce n’est pas gagné non plus. Prendra-t-il la peine d’assumer encore son rôle de vice-président au sein de l’association de la noblesse pontificale avec son titre héréditaire de comte, ce n’est pas joué d’avance.

Jean-Dominique Senard ne se voyait pas prendre sa retraite tout de suite, au bout d’une longue carrière laquelle, au sortir d’HEC, l’a vu passer par Total, Saint-Gobain et Pechiney avant d’entrer chez Michelin. Le voilà servi, face à un défi aussi important que composite. Il a pour lui quelques faits d’armes tangibles dont un fort désendettement de Michelin, une hausse sensible du bénéfice (43% en 2016) et une volonté clamée maintes fois de faire du dialogue social une des clés de l’entreprenariat moderne y compris lorsqu’il faut licencier. C’est la noyade d’Édouard Michelin au large de la Bretagne qui l’a fait accéder aux plus hautes responsabilités en 2007 et c’est l’emprisonnement de Carlos Ghosn qui lui offre une ultime étape de carrière en 2019. C’est ainsi que la fatalité lui a offert un destin hors-norme.

Le profil
  • 1953. naissance à Neuilly-sur-Seine (proche banlieue de Paris).
  • 1976. Diplômé d’HEC.
  • 1979. Entre au groupe Total.
  • 1987. Recruté par Saint-Gobain.
  • 1996. Rejoint Pechiney.
  • 2005. Intègre Michelin comme directeur financier.

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