Jean-Paul Dubois, un Goncourt maître de son temps

Jean-Paul Dubois et Bernard Pivot ©REUTERS

A 59 ans, l’écrivain toulousain remporte le plus prestigieux des prix littéraires français pour "Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon".

C’est un auteur d’une discrétion à toute épreuve que l’Académie Goncourt vient de consacrer ce lundi, depuis le restaurant Drouant, à Paris. Un roman sur l’échec, l’art de gâcher sa vie et l’importance des morts qui nous accompagnent. Parmi les finalistes figuraient également Amélie Nothomb pour "Soif" (4 voix contre 6 pour Dubois), "Extérieur Monde" d’Olivier Rolin et "La Part du fils" de Jean-Luc Coatalem.

Le profil
  • 1950: naissance à Toulouse.
  • 1996: prix France Télévisions pour "Kennedy et moi".
  • 2004: prix Femina pour "Une Vie française".
  • 2004: Quitte Le Nouvel Observateur le jour même où il reçoit le prix Femina.
  • 2016: Son roman "La Succession" était déjà sélectionné pour le prix Goncourt.

Né à Toulouse en 1950, Jean-Paul Dubois a longtemps travaillé comme journaliste – d’abord au service des sports de Sud Ouest, puis au Matin de Paris et ensuite comme grand reporter au Nouvel Observateur pendant 25 ans. Une profession choisie pour la liberté qu’elle offre pour "être propriétaire de son temps", l’homme se sachant "incapable de se lever le matin pour aller travailler". Se demandant quelle autre profession pourrait lui apporter encore moins de contraintes, il a ensuite choisi de devenir écrivain. Son premier roman, "Éloge du gaucher dans un monde manchot" (1986), a connu un grand succès, mais il lui faudra ensuite attendre une dizaine d’années pour que "ça finisse vraiment par marcher".

Maître du loufoque et du tragicomique, adepte de la poésie ordinaire et de l’absurde, Jean-Paul Dubois a la particularité d’écrire ses romans en un mois, du 1er au 31 mars! Une astreinte qui lui permet de vivre l’écriture comme une épreuve sportive, sans être jamais sûr d’y arriver avant la centième page. Alors il éprouve une grande joie et, souvent, à la fin, il pleure.

"Le cerveau, c’est comme une machine à vapeur"

"Quand on écrit un livre sur une période très courte, il faut avoir l’esprit aux aguets", confie-t-il à l’hebdomadaire Le Point. "C’est comme si je ne dormais pas pendant 30 jours. C’est une méthode stupide, je n’en fais pas la publicité! Mais ce sont des journées de 15 heures pendant lesquelles je suis hyperconcentré. De 10h à 3h du matin, une heure de vélo entre midi et 1h, l’après-midi je relis ce que j’ai fait la veille. Je ne relis plus. Très rigoureux. Et pour moi, c’est une méthode de travail efficace. Le cerveau, c’est comme une machine à vapeur – il faut le lancer. Après, ça retombe, vous n’avez plus envie que d’être un mec qui regarde des matchs de rugby devant sa télé en mangeant des sucreries."

Au cinéma

C’est le couronnement de la carrière d’un grand écrivain populaire, dont plusieurs de ses 22 romans ont été adaptés au cinéma: "Kennedy et moi", "Le Cas Sneijder" et "Si ce livre pouvait me rapprocher de toi", sous le titre "Le Fils de Jean".

Autre singularité, la récurrence des prénoms Paul et Anna, qui ne sont toutefois pas la garantie d’un continuum des personnages d’un livre à l’autre. Dans le roman primé cet automne, "Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon", Paul Hansen est gardien d’immeuble, fils d’un pasteur danois et d’une mère athée, programmatrice de cinéma. Dès la première page, on le découvre incarcéré au Canada pour une raison qui sera dévoilée tardivement. Une chose est certaine: il est décidé à saboter sa propre existence. On y retrouve les sacro-saintes obsessions de Dubois pour les tondeuses à gazon, les accidents d’avion, les voitures, les chevaux et les dentistes – sa patte bien à lui, à la fois drôle et poignante.

Enfin, Jean-Paul Dubois confesse avoir très peu d’imagination: "J’ai toujours besoin de me raccrocher à des êtres que j’aime. Ce livre a pour point de départ un gardien d’immeuble que j’ai connu et qui ne m’a jamais quitté. Je l’ai régulièrement au téléphone", précise-t-il au Point.

Renaudot | Sylvain Tesson pour "La panthère des neiges"

Le Renaudot a, lui, été octroyé à Sylvain Tesson pour "La panthère des neiges" (Gallimard). "Je suis comme un lapin sorti du chapeau, je me sens comme une panthère dans un monde en ordre", a déclaré l’écrivain-voyageur de 47 ans. "J’espère que cela aidera mieux à comprendre et sauvegarder les animaux qui en ont tant besoin", a souligné Sylvain Tesson, qui avait remporté le Prix Goncourt de la nouvelle et le Prix de la nouvelle de l’Académie française pour "Une vie à coucher dehors" (Gallimard), ainsi que le Prix Médicis essai pour "Dans les forêts de Sibérie".

Le Renaudot essai a été décerné à Eric Neuhoff pour "Cher cinéma français" (Albin Michel).

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