Jean-Paul Gaultier, le trublion de la mode arrête les défilés

©AFP

Le grand couturier français à la marinière a de nouveaux projets pour sa maison de couture Gaultier Paris. À 67 ans, Jean-Paul Gaultier entend encore briser les carcans de la mode.

"Ce soir c’est mon dernier défilé." Cheveux gris coupés en brosse, regard azur malicieux et sourire gourmand, Jean-Paul Gaultier, 67 ans, le trublion de la mode française, a mis fin à sa carrière de plus de 50 ans, avec en guise d’adieu, un ultime grand défilé de haute couture. Annoncé dans une vidéo ludique la semaine dernière, ce départ a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le milieu singulier de la mode, habitué à ses frasques.

Le profil
  • 1954: Naissance à Bagneux dans une famille modeste.
  • 1970: Intègre la maison Pierre Cardin comme stagiaire.
  • 1976: Il crée sa propre griffe Jean Paul Gaultier.
  • 1983: Apparition de la marinière avec la collection Toy Boy.
  • 2004: Jean-Paul Gaultier devient directeur du prêt-à-porter femme chez Hermès.
  • 2020: Dernier défilé au théâtre du Châtelet à Paris

Styliste, grand couturier, initié dès l’enfance à cette passion par sa grand-mère, le créateur a marqué les années 80-90 et même 2000 par sa vision à contre-pied de la mode. Formé chez Pierre Cardin, puis Jacques Esterel et Jean Patou, le jeune homme vole ensuite très vite de ses propres ailes, pour fonder dès 1982 avec son compagnon Francis Menuge – lequel décède en 1990 du sida – la marque Jean Paul Gaultier (sans trait d’union).

Mélange des genres

"Contestataire" comme il aime à se définir, il dynamite alors les clichés, normes, conventions et traditions qu’il "décale et détruit pour mieux les reconstruire". En 1985, alors qu’Yves Saint-Laurent habille les femmes en smoking, Gaultier, lui, fait porter aux hommes qu’il maquille des jupes. "Dès votre première collection en 1976, vous avez remis en cause les critères du goût et du mauvais goût. Vous avez choqué, dérangé et agacé en vous amusant à brouiller les pistes avec une garde-robe ambivalente et interchangeable", lui dira Pierre Cardin en 2001 en lui remettant la Légion d’honneur.

L’artiste, fasciné par le mélange des genres, s’illustre aussi par le choix de ses modèles. Des beautés atypiques, en surpoids, âgées, tatouées. Comme la plantureuse chanteuse américaine Beth Ditto, la pin-up Dita Von Teese, le travesti barbu Conchita Wurst ou encore le mannequin transgenre Andreja Pejic. "La vulgarité est moins une apparence physique qu’une attitude morale. Alors, mes mannequins peuvent être rondes, elles peuvent être toutes petites ou très grandes, avoir une poitrine et des hanches très larges", a-t-il, un jour, confié.

Contre la mode "lisse"

Pourtant dans les années 2000, les temps changent. Et, après 12 ans de collaboration étroite avec le groupe de luxe Hermès, la maison Jean Paul Gaultier passe finalement, en 2011, sous pavillon catalan. Discrète mais puissante, l’entreprise familiale de parfums et cosmétiques Puig – détentrice entre autres marques de Nina Ricci ou Paco Rabanne – rafle les 45% que détenaient Hermès International et, avec 55% des parts, devient majoritaire au sein de la maison française.

À l’issue de l’accord, Jean-Paul Gaultier demeure toutefois "maître de la création et de l’image". Néanmoins, trois ans plus tard, alors que les ventes s’effondrent – en un an, le chiffre d’affaires est divisé par 2 –, la maison Jean Paul Gaultier se voit dans l’obligation d’abandonner ses lignes de prêt-à-porter hommes et femmes pour se concentrer sur la haute couture et les parfums.

Interrogé sur le fond de cette décision, Gaultier expliquera qu’à son sens, "la mode a changé" et que "trop de vêtements tue les vêtements". De fait, son départ signe aussi la fin d’une époque. "J’ai lancé ma maison en 1976, une époque de liberté vestimentaire. C’était drôle, inventif, créatif, explique-t-il dans le magazine Elle. Le politiquement correct a tout arasé. La mode aujourd’hui est lisse." Mais que les fans se rassurent: "Gaultier Paris continuera. La haute couture continuera", insiste-t-il. Et d’ajouter: "J’ai un nouveau concept. Je dirai tous les petits secrets, ça va continuer."

 

Madonna, sa muse
Si l’on connaît la relation très forte de muse à créateur qu’a entretenue Gaultier avec Madonna et les fameux bustiers à cônes qu’elle portera lors de sa tournée "Blond Ambition Tour" en 1990, il y a une anecdote que l’on sait moins. À savoir que le créateur a demandé la chanteuse de "Like a virgin" trois fois en mariage!

Petite annonce
Dans les années 80, le couturier, toujours en quête de visages non conventionnels, passe une petite annonce dans le quotidien Libération: "Créateur non conforme cherche mannequins atypiques. Gueules cassées ne pas s’abstenir."

 

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