Jean-Pierre Mustier, un prodige de la finance sans états d'âme

Le patron de la banque italienne UniCredit, Jean-Pierre Mustier, vient de présenter un vaste programme de réorganisation qui réjouit les actionnaires et inquiète syndicats et salariés.

Jean-Pierre Mustier a le don du franc-parler mais aussi le sens de la formule. Lorsque l’homme aux commandes du groupe bancaire italien UniCredit a dévoilé, hier, son plan stratégique 2020-2023, il a procédé avec le talent d’un équilibriste. À l’instar d’autres banques européennes – comme la Société générale ou la Deutsche Bank – la banque italienne va sabrer dans ses effectifs. Et le Français Jean-Pierre Mustier l’a annoncé avec élégance mais sans aucun état d’âme. "Cette restructuration est conçue pour maximiser la création de valeur pour nos actionnaires et les diverses parties prenantes du Groupe", a-t-il expliqué à la presse.

Le profil
  • 1961: naissance à Chamalières
  • 1987-2009: travaille auprès de la Société générale.
  • 2011: nommé vicedirecteur général du pôle "Banque de Financement et Investissement" de UniCredit.
  • 2016: devient l’administrateur-délégué d’UniCredit.
  • 3 décembre 2019: dévoile un vaste programme de restructuration du groupe, prévoyant de nombreuses suppressions de postes.

Une suppression d’effectifs de taille est, en effet, prévue pour toute l’Europe occidentale, avec la fermeture de cinq cents agences et la disparition de huit mille postes de travail. Une "optimisation des activités" qui sera accompagnée d’une réduction des coûts et d’une hausse progressive de la rémunération des actionnaires du groupe. "Ce plan stratégique et la suppression d’effectifs se feront de façon socialement responsable", a ajouté l’administrateur-délégué d’UniCredit avec une audace qui a surpris, voire scandalisé certains représentants politiques de la péninsule.

Respecté pour son intelligence hors pair mais parfois critiqué pour son ambition brutale et son inflexible rigueur, Mustier est un homme qui n’hésite jamais.

Grâce à sa vision stratégique et un vaste programme de réorganisation imposé avec une fermeté quasi militaire, il a transformé, en seulement trois ans, le groupe UniCredit. La banque qui, en 2016, était considérée comme l’une des institutions bancaires les moins performantes du continent européen, jouit désormais d’une bonne santé.

De la Société générale à UniCrédit

Mustier, âgé de 58 ans, est un enfant prodige de la finance. Diplômé de la prestigieuse École polytechnique et de l’École des mines de Paris, il commence sa fulgurante carrière auprès de la Société générale et, bien qu’il ait sillonné le monde en raison de ses engagements professionnels, il n’a jamais quitté l’univers bancaire. Il en connaît aujourd’hui tous les rouages, les délicats équilibres et les pièges potentiels.

Il commence son aventure italienne en 2011. Pendant quatre ans, il dirige la division "Financement et investissement" d’UniCredit. Et, en 2016, il accepte de prendre les rênes de l’institution.

Craint par ses subalternes, redouté par les représentants syndicaux, Mustier a imposé une discipline de travail qui se marie parfois mal avec les codes et les coutumes du Bel Paese. Accusé d’avoir du mal à déléguer et à faire confiance même à ses plus proches collaborateurs, ce dirigeant maintient le contrôle direct sur les principales activités opérationnelles de la banque ainsi que sur les ressources humaines, les stratégies et le service compliance.

Le nouveau Sergio Marchionne

La presse italienne ne cesse, néanmoins, d’en chanter les louanges, le comparant parfois à Sergio Marchionne, le charismatique "magicien" qui a réussi à redresser miraculeusement le groupe FCA. Dès l’arrivée de Mustier à Milan, son profil ascétique, son exceptionnelle capacité de travail, sa lucidité sans faille et sa rigueur cartésienne, si exquisément française, surprennent, en effet, tous ceux qui croisent son chemin.

Cravatte rouge

Selon les rumeurs, afin d’amadouer le rigoureux patron de ce fleuron de la finance italienne, ses dirigeants n’hésitent pas à se présenter à lui avec la traditionnelle cravate rouge aux couleurs d’UniCredit.

Vente d’œuvres d’art controversée

La récente vente des œuvres d’art d’UniCredit, voulue par Mustier pour financer des projets sociaux, a provoqué de vives critiques. "C’est une atteinte à l’identité même de la banque et souligne un manque total de sensibilité humaine et culturelle", a écrit le site Insideart.

 

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