Jes Staley, le CEO qui voulait en savoir trop

Après ses prédécesseurs Bob Diamond et Antony Jenkins, c’est au tour de Jes Staley d’être pris dans la tempête chez Barclays. Pour une raison inédite: avoir tenté d’identifier un lanceur d’alerte au sein de la banque.

Vouloir maintenir l’ordre d’une entreprise en identifiant les sources des rumeurs fondées ou infondées semble a priori logique, peut-être même honorable. Cela risque pourtant de coûter cher à Jes Staley, désigné CEO de Barclays en décembre 2015, qui a probablement enfreint la loi britannique sur les lanceurs d’alerte dans les entreprises, et qui ne semble pas davantage avoir lu le code de conduite de sa banque. Celui-ci incite ses employés à signaler toute pratique qui leur semblerait inappropriée, en leur garantissant l’anonymat.En juin 2016, un salarié a profité de la possibilité de rester anonyme pour envoyer une lettre à un membre du conseil d’administration et une autre à un haut dirigeant.

Il leur a donné des "informations" sur le comportement personnel, jugé anormal, de l’un des salariés de la banque arrivé quelques mois plus tôt. Il a aussi indiqué que Jes Staley avait connaissance de ce comportement puisqu’il avait été lui-même le supérieur hiérarchique de l’individu en question dans une entreprise précédente. Jes Staley a indiqué au conseil d’administration que l’enquête interne qu’il avait lui-même diligentée début 2017 pour débusquer le lanceur d’alerte avait pour but de protéger son collègue d’une "attaque injuste". Il a également expliqué que ce collègue avait connu des difficultés personnelles graves dans un passé récent.

Vers une sanction de 1,5 million d’euros

Jes Staley pensait être dans son bon droit. C’est en tout cas ce qu’a conclu l’enquête menée par la firme Simmons & Simmons, diligentée par le conseil d’administration de la banque. Dans un communiqué, celui-ci a indiqué avoir "conclu que Mr Staley avait cru, de façon honnête mais erronée, qu’il était possible d’identifier l’auteur de la lettre."

Le profil
  • 1956: Naissance le 27 décembre à Boston (Massachusetts, Etats-Unis)
  • Marié, deux enfants
  • 1979-2013: JPMorgan
  • 2013-2015: BlueMountain Capital
  • Depuis 2015, CEO de Barclays

"J’ai présenté mes excuses au conseil d’administration de Barclays, et accepté sa conclusion selon laquelle mes initiatives personnelles dans ce dossier avaient été des erreurs", a indiqué Jes Staley.

Le conseil d’administration l’a formellement "réprimandé" et s’est engagé à réduire sa rémunération variable, ce qui pourrait le priver de son bonus annuel, estimé à 1,3 million de livres (1,5 million d’euros). Le dénonciateur anonyme n’a finalement pas été identifié, et le sort de l’individu pointé du doigt n’a pas été communiqué.

Les deux régulateurs de la City, la Financial Conduct Authority (FCA) et la Prudential Regulation Authority (PRA) vont également mener une enquête complémentaire, qui va s’étendre à l’ensemble de la banque.

Cette affaire illustre un changement de culture progressif au sein des banques et plus généralement des grandes entreprises, où la transparence est de plus en plus encouragée. Voir un grand patron user et abuser de son pouvoir pour identifier les semeurs de troubles – légitimes ou non – a longtemps été considéré comme une norme, voire comme un élément d’équilibre structurel. Ce n’est en réalité plus le cas depuis une loi votée en 1998 par le Parlement britannique. Jes Staley n’était pas censé l’ignorer, d’autant plus qu’une loi similaire existe aux Etats-Unis depuis 1989.

En Bref

Chez Barclays, des CEO tourmentés

Les rapports avec les CEO ne sont jamais simples chez Barclays. Antony Jenkins avait été démis de ses fonctions en raison d’un désaccord sur le rythme de transition vers l’activité de banque d’investissement et sur les suppressions de postes. Le précédent CEO, Bob Diamond, avait été celui de tous les scandales, en raison d’une rémunération extravagante et de son implication dans le scandale de la manipulation du Libor.

L’homme du tournant vers la banque d’affaires

Venu du hedge fund BlueMountain Capital, après avoir passé plus de trente ans chez JPMorgan, Jes Staley a notamment eu pour mission d’accélérer le virage de Barclays vers la banque d’investissement et les marchés occidentaux historiques, en délaissant la banque de détail et les marchés émergents.

Engagé dans la lutte contre le sida

Jes Staley est peut-être la figure du monde de la finance la plus engagée dans la lutte contre le virus du sida. Il a rejoint son frère Peter dans ce combat qui a valu à ce dernier d’être arrêté une dizaine de fois pour activisme excessif.

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