Jimmy Wales, de Wikipedia à la chasse aux fake news

Jimmy Wales, co-créateur de la célèbre encyclopédie en ligne Wikipedia, vient de lancer WT: Social, un réseau social anti-fake news où les utilisateurs sont tous modérateurs.

Lire la notice Wikipedia de Jimmy Wales, c’est un peu comme vérifier si le cordonnier est bien chaussé. Sauf que si l’artisan maîtrise la fabrication de ses souliers, Jimmy Wales, lui, n’a pas vraiment la main sur le contenu de son encyclopédie en ligne. Il clame qu’il en est le seul créateur. Mais sur le site, il est désigné comme "co-fondateur". Aux débuts du projet, il y a une vingtaine d’années, il avait en effet embauché un étudiant en philosophie, Larry Sanger, qui assure avoir trouvé le nom "Wikipedia" et convaincu Jimmy Wales d’utiliser la technologie "wiki", c’est-à-dire un site participatif dont tout le monde peut modifier le contenu et la structure.

Aux antipodes de Facebook et Twitter

Peu importe le passé. À 53 ans, cet Américain expatrié à Londres vient de lancer un nouveau projet: WT: Social. Présenté comme un réseau social aux antipodes de Facebook et Twitter, ce nouveau venu a pour objectif de lutter contre la désinformation en ligne. Sur WT: Social, pas de publicité ni d’exploitation des données personnelles à des fins commerciales. Les utilisateurs choisissent leurs thématiques préférées et consultent un fil d’actualité où les contenus s’affichent du plus récent au plus ancien.

Le profil
  • 1966: Naissance à Huntsville, dans l’Alabama
  • 1986: Diplôme en finance à l’université d’Auburn
  • 1996: Création de Bomis, précurseur de l’encyclopédie en ligne (ensuite spécialisé dans le contenu érotique)
  • 2001: Naissance de Wikipedia, intégré à la fondation Wikipedia en 2003
  • 2011: Installation à Londres

Comme sur Wikipedia, le site est gratuit (il est financé par des donations) et collaboratif. "Tout ou presque est susceptible d’être modifié sur la plateforme", indique Jimmy Wales au Financial Times. C’est une forte incitation à se comporter de manière vertueuse puisque si vous dites quelque chose d’odieux, quelqu’un le supprimera tout simplement." Pour s’inscrire et rejoindre les 50.000 utilisateurs déjà présents, il faut s’armer de patience – quelque 18.000 personnes sont sur liste d’attente depuis le lancement le mois dernier – ou bien accepter de payer un abonnement.

Visionnaire mais pas milliardaire

Jimmy Wales n’en est pas à sa première tentative de média participatif. Il avait créé Wikitribune en 2017 mais avait dû licencier son équipe faute d’audience suffisante. Certes, WT: Social "ne sera pas ultra-rentable mais il sera viable", espère celui qui est considéré comme l’un des seuls visionnaires de la tech qui n’est pas devenu milliardaire. Sa richesse est estimée à un million de dollars.

Né en Alabama, ce fils d’institutrice et de commerçant a grandi au milieu des livres et des encyclopédies. Il travaille un temps comme trader à Chicago où il co-fonde Bomis, un portrait d’information sur cette ville qui évolue rapidement vers un moteur de recherche d’images érotiques. C’est Bomis qui permettra de financer Nupedia, l’ancêtre de Wikipedia rédigé par des universitaires en 2000. Un an plus tard, grâce à la collaboration de Larry Sanger, c’est la naissance de l’encyclopédie open-source où les experts comme les internautes lambda ont droit de cité.

Marié trois fois, Jimmy Wales vit désormais au Royaume-Uni avec sa femme Kate Garvey, une ancienne collaboratrice de Tony Blair très insérée dans la bonne société londonienne. Un nouveau cercle social proche des puissants ayant tous une page Wikipedia, et très éloigné du monde égalitaire qu’il a créé en ligne, affirment les critiques.

FOI EN L’OBJECTIVISME

Jimmy Wales est un adepte de l’objectivisme, une philosophie inventée par Ayn Rand au milieu du XXe siècle, qui met l’accent sur la raison, l’individualisme et le capitalisme.

GIRL, GIRL, GIRL!

Jimmy Wales a trois filles: l’une de son deuxième mariage avec Christine Rohan, et les deux autres de sa troisième union avec Kate Garvey.

TOUT SAUF TRUMP

Politiquement, il se dit "de centre-droite" et a été décrit comme un "sympathisant du Labour" au Royaume-Uni. En 2016, il a cosigné un appel à ne pas voter pour Donald Trump à la présidentielle américaine.

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