Jo Cox, députée travailliste pro-UE | Soufflée par la folie

Assassinée jeudi en pleine rue par un déséquilibré, cette jeune femme politique avait un profil à part. Son image va hanter les cinq derniers jours de la campagne du référendum.

Le scrutin de jeudi prochain pouvait être vu, à tort ou à raison, comme le procès de l’Union européenne. Et d’une certaine manière, comme celui des politiques de plus en plus déconnectés des citoyens. La disparition de Jo Cox, sauvagement tuée de trois balles et de plusieurs coups de couteaux à Birstall, une petite ville de West Yorkshire, va forcément amener beaucoup de partisans du Brexit à élargir leur champ de perception du personnel politique.

Des témoins ont entendu Tommy Mair crier "Britain First" à deux reprises. Selon ses proches, il n’avait jamais exprimé des idées nationalistes, extrémistes ou racistes. Il a en revanche été soigné pour des troubles psychiques. Son nom apparaît sur des parutions néo-nazies des années 80 et 90, mais rien n’indique une véritable connexion avec l’organisme "Britain First".

Car Jo Cox, 41 ans, portait depuis un peu plus d’un an des messages nouveaux, plein d’espoir, tournés vers l’autre, vers l’extérieur, vers l’avenir en somme. Son visage si souvent généreusement et sincèrement souriant, sa longue expérience dans le monde civil, son implication au niveau local, dans sa circonscription, le don de soi manifesté à temps plein pendant près de dix ans à Oxfam ou pour Save The Children, son côté très engagé, parallèlement, dans le conflit syrien, ses origines modestes, suivies d’études brillantes… Ces éléments dressent son portrait autant qu’ils peignent la réalité d’une société britannique qui produit encore des politiques doués de vision et de conscience.

Une bosseuse

Élevée par une mère secrétaire et un père ouvrier dans une région frappée de plein fouet par la crise industrielle des années 80, Jo Cox a en partie financé ses études à Cambridge en travaillant chaque été dans l’usine dans laquelle travaillait son père, où elle empaquetait des tubes de dentifrice. À la fin de ses études, qui lui ont permis d’être la première de sa famille à obtenir un diplôme supérieur, elle a rejoint Bruxelles en tant qu’assistante parlementaire de Glenys Kinnock. Toujours à Bruxelles, elle a pris la tête du groupe de réforme commerciale d’Oxfam International au début des années 2000. Au côté de l’épouse de Gordon Brown, Sarah Brown, elle a fait campagne contre la mortalité infantile, notamment en Afghanistan et au Darfour, et a travaillé pour le Freedom Fund, un organisme anti-esclavage.

Le profil
  • Né le 22 juin 1974 à Leeds (West Yorshire)
  • Décédée le 16 juin 2016. Mariée, deux enfants
  • Député du parti travailliste
  •  Diplômée en arts à l’Université de Cambridge; Diplômée à la London School of Economics
  • Assistante parlementaire, OXFAM International, Save The Children, parti travailliste

Elle a été élue l’an dernier dans la circonscription de Batley & Spen, là même où elle avait grandi. Moins de six mois après avoir rejoint la Chambre des Communes, elle co-signait un appel avec un député de l’autre bord, le conservateur Andrew Mitchell, pour encourager une intervention en Syrie. Devenue présidente d’un comité inter-partis nommé Friends of Syria, elle s’est, quelques semaines plus tard, abstenue de voter pour une intervention militaire, estimant que la stratégie globale de résolution du conflit syrien n’était pas suffisamment élaborée.

Promenade de santé

Elle était l’une des Travaillistes les plus actives pour la campagne Remain, en écho à ses anciennes fonctions de directrice du groupe de pression pro-européen "Britain in Europe", à la fin des années 90. Elle avait coutume de dire qu’être députée à Westminster était une promenade de santé en comparaison des difficultés d’évoluer à Cambridge en tant qu’étudiante d’extraction modeste.

Jo Cox avait affirmé son attachement à l’ouverture vers l’extérieur. "Nos communautés ont été profondément dynamisées par l’immigration. Célébrons cette diversité. Ce qui me frappe sans cesse, lorsque je me déplace à travers cette circonscription, c’est que nous sommes beaucoup plus unis et avons beaucoup plus de choses en commun que de choses qui nous divisent."

Jo Cox était mariée à un ancien conseiller de Gordon Brown en développement international, Brendan Cox. Le couple élevait deux enfants de 3 et 5 ans sur une péniche arrimée sur les bords de la Tamise. Elle se rendait chaque jour de la semaine à Westminster en bicyclette, et passait le week-end dans sa circonscription du West Yorkshire.

L’onde de choc est tel que l’impact sur le référendum est très difficile à prédire. Peu probable, comme chacun le devine, que l’émotion suscitée fasse grimper les votes pour le Brexit, Jo Cox représentant exactement l’opposé de ce que les Eurosceptiques dénoncent.

"Plus de choses en commun que de choses qui nous divisent"

Jo Cox avait affirmé son attachement à l’ouverture vers l’extérieur. "Nos communautés ont été profondément dynamisées par l’immigration. Célébrons cette diversité. Ce qui me frappe sans cesse, lorsque je me déplace à travers cette circonscription, c’est que nous sommes beaucoup plus unis et avons beaucoup plus de choses en commun que de choses qui nous divisent."

Un meurtrier plus malade que nationaliste?

Des témoins ont entendu Tommy Mair crier "Britain First" à deux reprises. Selon ses proches, il n’avait jamais exprimé des idées nationalistes, extrémistes ou racistes. Il a en revanche été soigné pour des troubles psychiques. Son nom apparaît sur des parutions néo-nazies des années 80 et 90, mais rien n’indique une véritable connexion avec l’organisme "Britain First".

 

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