Joël Dicker, lisse mais efficace... comme un bon polar

Ils sont des millions, et ils sont ravis: les lecteurs de Joël Dicker. Depuis hier, ils peuvent se mettre sous la dent son 4e roman: "La Disparition de Stephanie Mailer". Six ans après le mythique "La vérité sur l’affaire Harry Quebert", le phénomène littéraire va-t-il se reproduire?

Il est jeune, il est beau, il parle bien. Et il vend beaucoup, beaucoup de livres. Ce qui fait qu’il fait aussi beaucoup de jaloux, dans le monde de l’édition et bien au-delà. Son mythique "La vérité sur l’affaire Harry Quebert" (Prix Goncourt des Lycéens en 2012) a conquis plus de 3 millions de lecteurs à travers le monde, dont la moitié en français. Et il s’apprête à être adapté sous forme de série, par Jean-Jacques Annaud en personne.

Mais ce qui peut irriter chez le personnage, c’est qu’il fait tout à l’Américaine: ses romans – qui se passent là-bas, et qui sont construits comme d’efficaces page-turners à la Patricia Highsmith… mais aussi sa communication, décomplexée, où il explique allègrement que Jean-Jacques Annaud n’est jamais que la "91e proposition" (sic), reçue par son éditeur de la part du monde du cinéma. Et que Bernard de Fallois s’est permis de refuser, entre autres, de vendre les droits à Spielberg, sous prétexte qu’il ne voulait pas se déplacer à Paris pour un déjeuner…

À la mode

Le côté positif de ce que certains pourraient prendre pour de la suffisance, c’est que Joël Dicker n’avance pas masqué, ni en prenant la pose "auteur tourmenté" qui gangrène le monde des lettres. Le côté négatif, dénoncé par le monde des lettres précisément, c’est que Joël Dicker ne serait pas un véritable auteur, tout juste un "faiseur" à la mode Marc Lévy ou Guillaume Musso.

©BELGAIMAGE

Comme en témoignent les critiques assassines qui fleurissent déjà, notamment chez nos confrères du Monde qui titrent "la littérature reste introuvable…" Chez Dicker, la recette est (trop?) simple: une enquête, des flash-backs, de nombreux personnages, et la vérité qui se révèle peu à peu. Le tout dans un décor familier pour les amateurs de polars: l’Amérique éternelle.

Dicker, jeune génie ou imposteur littéraire? La vérité est sans doute entre les deux. Car lire "La vérité sur l’affaire Harry Quebert", c’est comme déguster un granité un jour de canicule: un plaisir coupable. Sur le moment, on jurerait vivre une expérience unique, délicieuse, nécessaire. Mais une fois le livre refermé, on se demande ce qui nous a pris de trouver ça aussi bon. Dicker est un as de la structure, des rebondissements, de la narration. Ses livres se dévorent. Mais le lecteur pris au piège peut parfois déplorer qu’aucun thème n’ait été traité en profondeur, qu’aucun personnage n’ait été doté d’une psychologie réellement originale. Même si, de l’avis de tous, on aura passé "un très bon moment".

Bref, le personnage Dicker est à l’image de ses livres: à la fois séduisant, mais pas d’une folle épaisseur. Ancien du cours Florent, car il s’est un jour rêvé comédien, l’homme est aussi diplômé de l’Université de Genève (en droit). Quand on lui parle de ses nombreux admirateurs, il botte en touche en disant qu’ils ont "bon goût". Insaisissable, lisse… mais efficace. Comme un bon polar.

Découverte

C’est l’éditeur Bernard de Fallois qui a mis la main sur le futur phénomène. Disparu en janvier à l’âge de 91 ans, il était considéré par Dicker comme son mentor. Lui qui auparavant s’était illustré en publiant Pagnol et des inédits de Proust…

Quatre sur sept

Joël Dicker est exigeant. Avec lui-même notamment. Il n’a donc publié "que" quatre romans sur les sept qu’il a écrits. Quand il n’est pas content du résultat, qu’il n’hésite pas à qualifier de "faible", il préfère garder l’œuvre dans un tiroir. Vraie remise en question? Ou fausse humilité?

Allusion déguisée

L’un des personnages principaux de "La Disparition de Stephanie Mailer" est un critique littéraire nommé Meta Ostrovski, persuadé que le succès est synonyme de médiocrité, et qu’il ne faut "jamais aimer, car aimer c’est être faible". Une façon pour l’auteur de régler ses comptes avec une certaine critique parisienne?

 

Le profil
  • 1985. Naissance à Genève, d’une mère libraire et d’un père prof de français.
  • 1995. Le jeune Joël fonde "La Gazette des Animaux", une revue de nature qu’il animera pendant toute son adolescence.
  • 2010. Diplômé de droit, il publie son premier roman "Les derniers jours de nos pères".
  • 2012. "La vérité sur l’affaire Harry Quebert" est un phénomène de librairie.
  • 2015. "Le livre des Baltimore", dans le même univers, n’est pas une suite directe.
  • 2018. "La Disparition de Stephanie Mailer" est le troisième opus de sa trilogie américaine.

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