John Bercow quitte la chambre des Communes après 10 ans de tonitruants "Order!"

John Bercow, le président de la chambre des Communes quitte son poste après 10 ans. ©AFP

Le célèbre speaker de la chambre des Communes laisse son fauteuil. Le conservateur est devenu une figure clé du Brexit avec ses nombreux rappels à l’ordre, ses répliques cinglantes et des décisions parfois jugées partiales.

Le jeudi 31 octobre devait marquer le départ officiel du Royaume-Uni de l’Union européenne. À 56 ans, John Bercow avait choisi cette date clé pour quitter son fauteuil de président de la chambre des Communes, après 10 ans en poste. Malgré le fait que la date du Brexit ait été repoussée une troisième fois, prolongeant à nouveau ce feuilleton interminable, et que des élections législatives anticipées soient prévues le 12 décembre, John Bercow met les voiles. Il sera remplacé dès ce lundi. Son successeur sera désigné parmi neuf candidats. Retour sur son parcours.

Dépoussiérer la chambre des Communes

CV express
  • Né le 19 janvier 1963 à Edgware (Angleterre)
  • Marié, trois enfants
  • Speaker de la chambre des Communes depuis 2009
  • Ancien député conservateur (Buckingham)
  • Deux fois shadow minister (sous le leadership de David Cameron)

John Bercow vient d’une famille juive modeste du nord de Londres. Après des études de sciences politiques, il devient conseiller municipal du quartier londonien de Lambeth à 23 ans. En 1997, il est élu député pour la première fois, dans la circonscription de Buckingham, dans le nord-ouest de la capitale.

C’est en 2009 qu’il accède à la présidence de la chambre des Communes. Il promettait alors de rompre avec les pratiques de son prédécesseur, impliqué dans un scandale de notes de frais. Âgé de 46 ans à l’époque, John Bercow s’est attelé à dépoussiérer la chambre, en abandonnant des éléments de la tenue traditionnelle du speaker, comme, par exemple, la célèbre perruque. En 2017, il permettra aux députés de siéger sans cravate.

En dehors de la tenue, il a promu l’utilisation de questions urgentes au gouvernement pour interroger les ministres contre leur volonté. Peu après l’élection de Donald Trump, il a refusé de laisser le nouveau président des États-Unis venir s’exprimer devant les députés, en raison de l’"opposition de la chambre au racisme et au sexisme".

Une épine en moins

Mais, c'est la saga Brexit qui aura fait connaître John Bercow du grand public. Il avait lui-même voté "in" lors du référendum de juin 2016. Le problème fut sa couleur (il est membre du parti conservateur), qui n’aurait pas dû être aussi visible, selon ses détracteurs. En tant que speaker, le rôle de John Bercow était d’assurer une conduite des débats en bonne intelligence et surtout, de façon non-partisane. Il n'a pas suffisamment rempli ce rôle, selon des membres du gouvernement britannique, qui estiment que le speaker a trop souvent accepté de laisser libre cours à des débats ou des amendements demandés par les députés "d’arrière-ban" contre le gouvernement.

Le speaker conservateur a été une épine dans le pied des gouvernements tory successifs. David Cameron avait, par exemple, tenté de l’évincer, en vain. Cette année, John Bercow aura refusé la mise au vote de l'accord sur le Brexit sous Theresa May, puis sous Boris Johnson.

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Cette conduite des débats jugée biaisée avait même conduit Theresa May, l’ancienne Première ministre, à examiner une suspension de sa pairie (titre de noblesse donnant accès à la chambre des Lords). Le timing de cette menace – quelques jours après le rejet spectaculaire de l’accord conclu par Theresa May avec l’UE – n’était alors pas anodin. Une telle suspension aurait été une première en 230 ans. 

Élu à trois reprises par les députés après les élections générales de 2010, 2015 et 2017, Bercow était relativement protégé par la chambre des Communes, d’autant plus qu’il a contribué à lui redonner un certain pouvoir ces dernières années. Il lui a en tout cas donné un autre rôle que celui d’une simple chambre d’enregistrement des décisions prises 300 mètres plus loin, au 10 Downing Street.

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