John Elkann, le capitaine discret de FCA-PSA

John Elkann, le jeune président du groupe automobile italo-américain FCA, affiche un mélange complexe de qualités et de traits caractériels parfois contrastants. silvia benedetti

Une discrétion délicieusement turinoise, un aplomb cosmopolite et une résilience à toute épreuve... John Elkann vient, avant toute chose, de démontrer une détermination sans faille. Lorsque, au mois de juin dernier, son grand projet de fusion à 50/50 entre FCA et Renault chavire, il en prend acte avec sa retenue habituelle et un communiqué officiel glacial. Sans aucune récrimination ou coup de gueule, il décide néanmoins de ne pas lâcher prise. Et six mois après cette union ratée, il dévoile officiellement les lignes directrices d’un autre projet de fusion, encore une fois italo-français dans son essence mais intrinsèquement global dans son élan.

Un colosse à 200 milliards d’euros

Ainsi, depuis mercredi, John Elkann, Jaki pour ses amis, est appelé à présider aussi le tout nouveau colosse de l’automobile né grâce au mariage entre Fiat Chrysler et PSA Peugeot-Citroën. Un mastodonte qui deviendra le 4e groupe mondial de l’auto avec plus de 400.000 salariés à travers le monde et un chiffre d’affaires frôlant les 200 milliards d’euros.

Le profil
  • John Elkann est né à New York en 1976.
  • En 1997, Gianni Agnelli décide de lui confier, après sa mort, les rênes du groupe familial.
  • En 2003, Elkann commence à œuvrer pour le redressement de Fiat.
  • En 2010, il est nommé président du groupe Fiat.
  • Au mois de décembre 2019, il annonce la fusion de son groupe FCA avec PSA.

Accusé parfois de n’être que l’enfant choyé d’une dynastie privilégiée de constructeurs – premier symbole d’une aristocratie industrielle née il y a plus d’un siècle dans le nord de l’Italie avec la famille Agnelli –, subtilement critiqué par les médias français en raison d’un latent "autoritarisme" qui fait de lui un "capitaine qui décide seul", Elkann est avant tout un patron qui a su dépasser les attentes de ses proches, peut-être même aussi les siennes.

Destin forgé sur mesure

Vigoureusement projeté, en 1997, à la tête du groupe familial par son flamboyant grand-père Gianni Agnelli, Elkann ne peut se soustraire au destin qu’on lui a forgé sur mesure. Et il fait en sorte de réaliser un parcours sans faute. En 2009, il assume la présidence de la holding familiale Exor: la valeur des actions du groupe passe de 6,10 euros à 70,62 euros aujourd’hui. De même, en restant fidèle à la vision de son mentor, le grand dirigeant italo-canadien Sergio Marchionne, décédé l’année dernière, Elkann fait grandir FCA à travers le monde tout en donnant un nouvel élan à des filiales historiques du groupe, telles que Ferrari et Iveco.

"Nous allons continuer à bâtir de grandes sociétés et, au cours des dix prochaines années, nous allons en acheter d’autres", a-t-il récemment annoncé.

Des appétits internationaux qui sont à la fois une nécessité d’ordre commercial et une prédisposition naturelle. Elkann, qui habite désormais à Turin, est le meilleur représentant du cosmopolitisme liquide d’aujourd’hui. Il a vécu aux Etats-Unis, au Brésil, en Grande Bretagne et en France, s’imprégnant à chaque fois des spécificités culturelles et linguistiques de chaque pays.

Il a, par conséquent, le sens du monde et les idées parfaitement claires. Comme il le précise dans une lettre diffusée hier à ses employés, "la révolution technologique que nous avons lancée requiert une approche innovative plus que tous les défis que nous avons affrontés jusqu’à aujourd’hui".

Une approche qui, selon les mots mêmes de ce capitaine à la fois volontariste et réservé, se fondera sur trois piliers névralgiques: les énergies alternatives, la conduite autonome et la connectivité.

 

Sobre, mesuré...
Extrêmement sobre dans ses élans et mesuré dans sa vie familiale, le jeune héritier des Agnelli s’est toutefois montré très inventif dans le choix des prénoms de ses enfants. Ils s’appellent Oceano (Océan), Leone (Lion) et Vita (Vie).
Actions médiatiques
Fils d’un journaliste, John Elkann est l’un des principaux actionnaires du groupe de presse britannique The Economist et il vient de prendre le contrôle de l’important groupe de presse italien GEDI.

 

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité