John Leahy, le "super-vendeur" d'Airbus sur le départ

John Leahy avait annoncé, en mai, qu’il quitterait ses fonctions "assez vite". L’actuel Salon de Dubaï avait été présenté comme une échéance crédible. Si tel est le cas, il termine en apothéose.

Hier, au Salon aéronautique de Dubaï, Airbus a annoncé un record de vente de 430 avions pour une valeur théorique de 50 milliards de dollars (lire en page 14). Bien sûr, là-dedans, commandes fermes se mélangent à options, lettres d’intention et accords initiaux (MoU), mais la prouesse est réelle: si John Leahy, le patron des ventes du constructeur européen, avait voulu réserver un feu d’artifice pour son départ proche, il a parfaitement réussi son coup.

Titi de New York

John Leahy, né en août 1950, est un pur produit new-yorkais. Encore aujourd’hui, il feint de ne pas comprendre le français, alors qu’il vit à Toulouse. Il se dit que sa femme doit l’accompagner chez son médecin (français) pour traduire ses souffrances. Elles doivent être réelles, cela dit – tous ces déjeuners d’affaires, tous ces déplacements de par le monde!.. -, car ses médecins lui ont vraiment conseillé de décrocher.

Le profil
  • 1950: Naissance à New York.
  • Diplôme de communication et technologie. MBA de l’université de Syracuse (État de New York). Titulaire d’un brevet de pilote.
  • 1978: Il entre au service marketing de Piper Aircraft.
  • 1985: Il intègre Airbus, industrie en charge des ventes sur le continent américain.
  • 1994: Il est nommé directeur commercial pour l’international et fait progresser les parts de marché de 18% à 50%.
  • 2017: Après la fusion d’Airbus et d’EADS, il hérite du titre de Chief Operating Officer, en charge des clients.

C’est ce qu’il avait confié aux journalistes présents à la dernière assemblée générale de l’Iata, à Cancun en mai dernier, sans préciser de date. Mais de l’avis de beaucoup, la belle échéance était probablement ce dernier Salon aéronautique de Dubaï. On s’attend donc à une annonce imminente, même si ce diable d’homme souhaiterait peut-être finaliser ce dernier contrat qui lui tient à cœur… Tiens, par exemple, avec Emirates pour une nouvelle commande d’A380 ?

Leahy a grandi dans le Queens à New York, où il obtiendra un diplôme de communication et de technologie. Pour vendre des avions, il n’y a pas mieux, surtout qu’il obtiendra son brevet de pilote et même d’instructeur.

Il rejoint Airbus en 1985 et en devient le directeur des ventes en 1994.

Plus de mille milliards d’euros de ventes

Depuis lors, selon les estimations des spécialistes, il a dû vendre pour plus de mille milliards d’euros d’avions de la marque Airbus, soit un billion de dollars. Certains parlent même de 16.000 avions pour 1,7 billion… L’Américain est crédité pour avoir largement contribué à hisser Airbus au niveau occupé aujourd’hui par le constructeur européen, à savoir, faire jeu égal avec Boeing. Lorsqu’il est arrivé à son poste de super-vendeur, Airbus occupait une lointaine troisième place (18% de parts de marché) sur le marché des avions commerciaux.

Leahy ne s’est jamais contenté de vendre les produits Airbus, il était aussi à l’écoute du marché et des besoins des clients. On le crédite notamment de la modernisation de la gamme A320 pour en faire les "Neo" qui ont, du coup, pris une sérieuse avance sur les 737 "Max" de Boeing. De bonne composition avec la presse, ne ménageant pas ses mots d’esprit, Leahy ne manque cependant pas de modestie. Son succès? Une équipe de 550 spécialistes, des analyses de marché, des ventes, des contrats, etc. Lui, il signe, prétend-il. Pas sûr: il s’est souvent mouillé. Mais il gardera une sympathie réelle parmi ses clients. Son remplaçant est déjà connu, ce sera son actuel adjoint aux ventes, Kiran Rao, 53 ans.

Where is he?

C’est la blague récurrente chez les constructeurs dans les salons aéronautiques. Quand on évoque John Leahy, il y a toujours un vendeur pour demander où est "Super-seller". Car il y a peut-être anguille sous roche.

Fasten seat belts

Quand on voyage comme John Leahy pour voir ses clients, soit à peu près 200 jours par an, on attrape forcément certains tics. Il raconte que, chez lui, quand il s’assied sur une chaise, il a toujours tendance à chercher sa ceinture pour la boucler.

Secrets d’alcôve

La légende (tenace) rapporte qu’à la veille de signer un contrat important avec la low-cost asiatique AirAsia, son patron, Tony Fernandes lui avait lancé le défi de danser sur la table. Le lendemain, au Bourget, AirAsia commandait 200 Airbus A320. Et Leahy n’a jamais démenti.

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