John Roberts, l'arbitre du procès de Donald Trump

Le chef de la Cour suprême va présider le procès en destitution du milliardaire américain. Connu pour sa grande réserve, il va devoir modérer un conflit très politique.

Au centre du procès de Donald Trump qui démarre ce mardi au Sénat, l’un des plus puissants personnages des institutions américaines fera office d’arbitre. Comme le veut la Constitution, John G. Roberts, chef de la Cour suprême, va présider les audiences. Celles-ci ne devraient pas excéder deux semaines et, si les républicains majoritaires au Sénat restent soudés, devraient déboucher sur un acquittement du locataire de la Maison- Blanche.

Le défi qui attend John Roberts, qui n’a jamais été juge dans un procès lambda, est inhabituel. A la Cour suprême, il prend le temps d’examiner les dossiers dans les moindres détails juridiques avant de rendre une décision collective. En modérant ce procès, il sera seul face à ses choix et n’aura parfois que quelques secondes pour réagir face à ses interlocuteurs. Le tout devant les caméras.

Le profil
  • 1955: Naissance à Buffalo.
  • 1979: Diplômé de droit à Harvard.
  • 2003: Confirmé juge de circuit à Washington D.C.
  • 2005: Prête serment comme chef de la Cour suprême.
  • 2020: Préside le procès de Donald Trump.

C’est lui, par exemple, qui aura le pouvoir de juger certaines preuves admissibles ou bien d’appeler des témoins à la barre. Les démocrates meurent d’envie d’entendre ce que John Bolton, l’ex-conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche, a à raconter. A l’inverse, les républicains réclament l’audition d’Hunter Biden, le fils du candidat démocrate Joe Biden, empêtré malgré lui dans l’affaire ukrainienne.

Exercice d’équilibriste

Même si Donald Trump évite la destitution comme prévu, les décisions de John Roberts, à moins d’un an de la présidentielle américaine, auront donc un impact sur la bataille politique qu’est devenue cette procédure. Un exercice d’équilibriste pour ce sage de 65 ans considéré à Washington comme un protecteur invétéré des institutions américaines. Pour lui, la Cour suprême se doit d’être au-dessus des clivages partisans. Ses pouvoirs seront cependant limités: une majorité de sénateurs peut renverser ses décisions.

Au fil des années, John Roberts, qui a grandi dans l’Indiana, (nord), s’est doté d’un CV en or. Il a notamment étudié à Harvard avant de travailler pour un juge new-yorkais. Il assiste ensuite William Rehnquist, juge de la Cour suprême qui restera un modèle pour lui. L’homme a présidé le procès en destitution de Bill Clinton en 1999.

John Roberts rejoint ensuite le département de la Justice du président conservateur Reagan, puis l’administration du président Bush père. C’est finalement Bush fils qui le nomme juge de circuit à Washington DC et chef de la Cour suprême deux ans plus tard. Il a alors seulement 50 ans. Lors de sa confirmation au Sénat, en 2005, il a utilisé la métaphore du baseball pour définir son futur rôle: "Mon job est de compter les balles et les prises, pas de lancer ni de frapper la balle."

Mesuré

Durant quinze années, il est resté fidèle à ses racines conservatrices tout en restant mesuré. En 2012, son vote a permis de sauver "Obamacare", la loi d’assurance santé de l’ex-président démocrate. A l’inverse, en 2013, il a soutenu un arrêt frappant le Voting Rights Act de 1965 en plein coeur en permettant à neuf Etats (la plupart dans le Sud conservateur) de changer leurs lois électorales sans autorisation préalable de l’Etat fédéral.

Dans son temps libre, ce père de deux grands enfants adoptés aime écouter Bob Dylan et dévorer des livres d’histoire. Avec sa femme Jane, qui a elle aussi fait carrière dans le droit, il aime se réfugier chaque été dans une petite île du Maine (nord-est des Etats-Unis). Une parenthèse de volupté bienvenue avant le retour dans l’arène de Washington.

Cour suprême à 50 ans
John Roberts devait au départ remplacer la juge démissionnaire Sandra Day O’Connor. Mais avant sa confirmation, le chef de la Cour suprême, son mentor William Rehnquist, est mort. George W. Bush a donc décidé d’élever John Roberts directement à la position de chef de la Cour suprême.

Nomination par Bush Jr
Lorsque Georges W. Bush a annoncé devant les caméras sa nomination à la Cour suprême, le fils de John Roberts, alors quatre ans et demi, s’est mis à danser. Il imitait Spider-Man, a raconté l’ex-président dans ses mémoires.

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