Joke Schauvliege, la Marghem flamande

©BELGA

La ministre flamande de l’Environnement, Joke Schauvliege, a démissionné ce mardi après avoir assimilé les marches pour le climat à un complot.

Si les théories du complot pullulent sur internet et les réseaux sociaux, il est plus rare que ce soit un ministre qui en soit l’initiateur. C’est pourtant ce qui est arrivé à Joke Schauvliege, la ministre flamande de l’Environnement. Dans un discours prononcé devant le Algemeen Boerensyndicaat, une fédération d’agriculteurs flamands, le week-end dernier, elle a laissé entendre que les récentes manifestations pour le climat sont en réalité orchestrées de l’extérieur.

Les propos qui ont fait tomber la ministre flamande de l'Environnement

Schauvliege: "Je sais qui se cache derrière les manifs pour le climat"

D’après elle, les écologistes se vengent du lobby agricole, qui avait obtenu la démission de la ministre Groen, Vera Dua, en 2004, alors que celle-ci tentait alors de limiter l’épandage du lisier par les agriculteurs. Pour appuyer ses dires, Joke Schauvliege a invoqué la Sûreté de l’État qui, elle, s’est empressée d’apporter un démenti formel à cette affirmation.

  • Née en 1970 à Gand
  • Mariée, deux enfants
  • Juriste de formation
  • Avocate au barreau de Gand pendant 10 ans
  • Députée fédérale en 1999
  • Élue au Parlement flamand en 2004
  • Ministre de l’Environnement et de la Culture dans le gouvernement Peeters II (2009-2014)
  • Elle rempile comme ministre de l’Environnement et de l’Agriculture dans le gouvernement Bourgeois (2014-2019), dont elle vient de démissionner.

Très rapidement, la ministre CD&V a également fait machine arrière, estimant qu’elle s’était "laissée emporter". Mais c’était déjà trop tard. Le mal était fait. Les organisateurs des marches ont dénoncé une tentative de "criminaliser" une démarche citoyenne, tandis que l’opposition écologiste n’avait plus qu’à parachever le travail en exigeant la démission de la ministre.

Habituellement peu sensible à la critique, Joke Schauvliege a toujours déclaré préférer se consacrer à ses dossiers plutôt que de se soucier de la façon dont elle est perçue. Un peu comme sa collègue du fédéral Marie Christine Marghem (MR).

Aux mondanités, Schauvliege préfère la présence sur le terrain. "Joke est le genre de femme politique qui préfère se trouver en bottes sur un champ de patates qu’avec un verre de champagne à la main à un vernissage." C’est ainsi que son parti avait défendu en 2014 sa candidature pour un mandat à l’Agriculture, mais cette fois sans la Culture.

Atout précieux

Son mentor, le ministre-président Kris Peeters, l’avait intégrée dans son équipe gouvernementale en 2009, suite au joli score électoral qu’elle avait réalisé à Gand. Proche du mouvement ouvrier chrétien et du Boerenbond, deux piliers historiques du CD&V, Joke Schauvliege est un atout précieux.

Sur les dix ans de ministère, elle n’a pas été épargnée par les revers. Ainsi, il y eut la carte des forêts, censée délimiter et protéger les 12.500 hectares de forêts qu’il reste en Flandre. La carte ne semblait pas correspondre à la réalité du terrain, poussant le ministre-président Geert Bourgeois à retirer la carte contestée, sans même en aviser la ministre concernée.

Le "betonstop" est un autre dossier emblématique. L’idée est de geler la surface constructible en Flandre à partir de 2040. La ministre veut faire passer le dossier avant les élections, mais ses partenaires de coalition, Open Vld et N-VA, exigent des assurances à propos de l’impact financier. Quant au plaidoyer de la ministre pour consigner les canettes de boissons, il a reçu une fin de non-recevoir des mêmes Open Vld et N-VA.

Cela ne signifie pas pour autant que Joke Schauvliege n’a rien réalisé. À son actif, on peut citer le permis unique, une réforme de la facture d’eau, ou le fonds pour l’assainissement des terrains pollués par des citernes à mazout.

Sur le climat en revanche, Joke Schauvliege a complètement craqué. Brocardée par les manifestants, elle avoue que la campagne de mails et de SMS menée par certains activistes lui a usé sur les nerfs. "Ces dernières semaines, j’ai peu dormi et je me suis laissée envahir par la frustration. Je suis un être humain et je peux me tromper."

Mais ce n’est peut-être pas la fin d’une carrière politique, puisque son parti continue de lui faire confiance pour tirer la liste en Flandre-Orientale.

Un flop d’entrée de jeu
La première prise de contact de Joke Schauvliege avec le monde culturel et artistique en 2009 fut un flop. Dans l’émission "Ter Zake" à la VRT, elle avait admis ne pas se rappeler du dernier livre qu’elle avait lu… Quant à l’acteur vedette Matthias Schoenaerts, elle l’avait rebaptisé à la radio en "Schoenmakers".
Chute au Ventoux
Comme beaucoup de ministres flamands, Joke Schauvliege est une adepte de la petite reine. Elle s’est déjà plusieurs fois attaquée au mont Ventoux. Avec des fortunes diverses toutefois. Ainsi, en juin 2015, elle a été projetée contre un rocher par le vent violent qui balayait le géant de Provence ce jour-là. Si elle a été relevée avec un poignet foulé, elle tient à rappeler que ses collègues ministres Philippe Muyters et Sven Gatz avaient déjà mis pied à terre et renoncé à ce moment-là.

Lire également

Publicité
Publicité