Juan Branco, de la jeunesse dorée à la contestation révolutionnaire

L'ex-conseiller de Julian Assange, puis des Gilets Jaunes, n'hésite pas à mélanger les genres pour faire craquer "l'oligarchie au pouvoir". Une attitude non distanciée qui lui vaut d'être écarté de la défense de l'artiste russe à l'origine de la démission de Benjamin Griveaux dans la course à la mairie de Paris.

Le PROFIL

1989- naissance à Estepona, en Andalousie (Espagne)

2007- entre à Sciences Po Paris et étudie en même temps le droit et la philosophie à la Sorbonne

2013- fin de ses études à l'Ecole Normale Supérieure et départ pour Yale où il est chercheur invité

2015- recruté pour coordonner l'équipe juridique du fondateur de WikiLeaks

2017- se présente sur la liste de LFI aux législatives en Seine-Saint-Denis (93)

2019- publication et succès de librairie de son pamphlet "Crépuscule"

 

Finalement, il ne défendra pas son "ami", Piotr Pavlenski. Juan Branco, avocat de 29 ans, a été jugé "trop proche" du tombeur de Benjamin Griveaux pour endosser ce rôle, selon le bâtonnier de Paris. Guère étonnant. Depuis qu'a éclaté le scandale, ce défenseur des gilets jaunes, à la mèche brune rebelle et aux sourcils broussailleux, s'était répandu dans les médias sur ses sympathies pour l'artiste russe qu'il a lui-même conseillé avant qu'il ne poste sa vidéo sexuelle sur les réseaux sociaux.

"C’est la première humiliation profonde de la macronie. En un seul geste, Piotr Pavlenski est parvenu à une remise en cause totale du système", s'exclame-t-il dans Le Figaro. Juan Branco n'en est d'ailleurs pas à son premier coup d'éclat contre le pouvoir en place. Selon lui, Macron et "l'oligarchie au pouvoir" mèneraient la France vers "l'abîme" et "ne respectent que formellement le système démocratique". Une pensée en forme d'appel à l'insurrection qu'il étaye dans "Crépuscule", un pamphlet, écrit en cohérence avec le mouvement des gilets jaunes dont il devient l'une des têtes pensantes. Publié en 2019, l'ouvrage s'est depuis vendu à plus de 250.000 exemplaires.

Un pur produit des grandes écoles

Juan Branco est sans doute bien placé pour dynamiter le système de l'intérieur. Il le connaît mieux que quiconque, lui qui a grandi entre les 5e et 6e arrondissements huppés de Paris, et a fréquenté ses institutions les plus prestigieuses, de l'élitiste Ecole Alsacienne à l'Ecole Normale Supérieure, en passant par Sciences Po Paris.

Né en Andalousie, près de Malaga, d'une mère espagnole psychanalyste et d'un père portugais cinéaste, il émigre dès l'enfance vers la France avec ses parents. D'eux, il dira, lors d'un entretien pour France Télévision, qu'ils avaient "une exigence énorme" vis-à-vis de lui, et ce, "à tous les niveaux". "Tous ces grands réalisateurs avec lesquels mon père a travaillé, ce sont des gens qui ont un rapport à l'intellectualité extrêmement exigeant", ajoute-t-il, sans explicitement citer Wim Wenders, Manoel de Oliveira et Raul Ruiz.

Un mépris pour les héritiers

Bien conscient de son statut de privilégié, Juan Branco avoue qu'il a très tôt eu à cœur de déconstruire cette image de "fils de" et de gosse de riche.

Après avoir travaillé dans des cabinets ministériels, il donne dès 2015 enfin libre cours à son esprit frondeur en défendant une cause d'envergure: celle de Julian Assange. Un défi qui lui donne suffisamment d'assise pour se lancer, lors des législatives de 2017, sur les listes de La France Insoumise, parti du très vindicatif Jean-Luc Mélenchon, en Seine-Saint-Denis, un des départements les plus pauvres de la région parisienne. "Si je vais à l'Assemblée, c'est pour foutre le bordel!", avait-il lâché, alors qu'il faisait campagne en costume. Il n'aura finalement pas été élu.

Mais qu'importe, à ses yeux, il a sans doute déjà un peu atteint son objectif!

Il révèle l'homosexualité de Gabriel Attal

Fasciné par les réseaux sociaux et les nouvelles technologies, Juan Branco avait déjà créé une intense polémique en octobre 2018 en révélant, sur son compte Twitter, l'homosexualité de Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse. Ce dernier a fréquenté le même lycée que l'avocat franco-espagnol. Une profonde inimitié serait née entre eux suite à la création de Skyblogs, un blog faisant des commentaires sur le physique des lycéens.

 

Témoin de l'attaque du ministère de Benjamin Griveaux

Juan Branco a dédié un chapitre à Benjamin Griveaux dans son livre "Crépuscule". Il considère l'ancien candidat à la mairie de Paris et porte-parole de La République En Marche (parti présidentiel) comme un des piliers du système macroniste qu'il faut clouer au pilori.

Le 5 janvier 2019, acte VIII des Gilets Jaunes. Il était bien présent lors de l'épisode du Fenwick, quand un engin de chantier est utilisé par des individus pour enfoncer les portes du ministère de Benjamin Griveaux, lequel devra être évacué pour être mis en sécurité.

 

Il voulait être directeur de cabinet à 22 ans

Le jeune Branco a collaboré à la campagne présidentielle de François Hollande, dirigée par la députée Aurélie Filippetti, en travaillant au pôle "culture, audiovisuel et médias". Interrogée sur France Info, cette dernière dressera par la suite un portrait peu flatteur de sa recrue. "Il est dangereux. Il a du talent, il est intelligent, au début on se laisse prendre. Mais au bout d'un moment, il se retourne contre vous. Il a exigé, quand je suis devenue ministre, de devenir directeur de cabinet, à 22 ans… Je lui ai dit que ce n'était pas possible. Il en a pris ombrage."

 

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