Julian Dunkerton, aimer l'Europe sans compte

©Dave Benett/Getty Images for Sup

Ce milliardaire britannique, cofondateur de la marque Superdry, vient de faire un don d’un million de livres à l’organisation People’s Vote, qui milite pour un second référendum.

À chaque camp son milliardaire. Il y a quelques jours, le pro-Brexit Jim Ratcliffe s’exilait à Monaco, sans expliquer si son choix découlait de motivations fiscales ou du simple constat que la sortie britannique de l’Union européenne n’a pas produit le choc de confiance escompté.

Dans le camp d’en face, le cofondateur britannique de la marque Superdry, Julian Dunkerton, fait la démarche inverse, en donnant 1 million de livres (1,12 million d’euros) à l’organisation People’s Vote, qui soutient la tenue d’un nouveau référendum sur le Brexit.

Le profil
  • Cofondateur de Superdry
  • Né en mars 1965
  • Britannique
  • 1984 Création des magasins Cult Clothing
  • 1999 Revente de Cult Clothing pour 17 millions de livres
  • 2003 Création de Superdry
  • 2015 Démission de la direction générale de Superdry

"Je donne un peu de mon argent à (cette campagne) parce que je sais que nous avons une véritable chance de changer le cours des choses", a-t-il détaillé dans une tribune publiée dimanche dans le Sunday Times. "Les gens se rendent de plus en plus compte que le Brexit va être un désastre", a ajouté ce pur produit de la culture entrepreneuriale britannique, dont le père et la belle-mère tenaient une fabrique de cidre.

L’argent devrait servir à financer un sondage très détaillé sur le sentiment réel des citoyens britanniques à propos de l’éventualité d’un second référendum. Et continuer de faire progresser ce bruit de fond de plus en plus favorable aux partisans d’un maintien dans l’Union européenne.

Il parle aux électeurs de droite comme de gauche

Dunkerton est un atout de poids pour les remainers. Sa discrétion tranche avec la réussite éclatante de la marque Superdry, devenue une référence du prêt-à-porter en seulement quinze ans. Sa tribune est à la fois un hommage à la nature très business-friendly de l’économie britannique et aux opportunités offertes par l’Union européenne, tant pour l’attraction des talents que pour l’expansion internationale. Il y décrit d’abord les différentes étapes de sa progression entrepreneuriale, en saluant à la fois les politiques thatchéristes de droite dans les années 80 et le blairisme de centre-gauche.

"J’ai commencé à vendre des vêtements dans un bâtiment londonien qui était sur le point d’être détruit. Je n’étais pas fait pour être docteur ou obtenir des diplômes, ni hériter de quoi que ce soit. Je savais que je ne devais compter que sur moi-même. J’ai bénéficié des aides à la création d’entreprise, introduites par Margaret Thatcher pour manipuler les chiffres du chômage, mais qui m’ont permis d’avancer. J’ai fait front avec mes 40 livres par semaine, et réinvesti chaque penny que je gagnais."

Le rôle de l’Union européenne a été prépondérant. "Quinze ans plus tard (2003), j’ai démarré Superdry avec un ami, et cette firme emploie désormais des milliers de gens au Royaume-Uni, avec 500 magasins dans le monde. Si le Brexit avait eu lieu il y a vingt ans, Superdry n’aurait jamais connu ce succès mondial. Nous aurions perdu beaucoup de forces dans les négociations aux douanes et sur les tarifs. Plus important encore: l’Europe était notre rampe de lancement, car à l’intérieur du marché unique, nous n’avions aucune crainte d’ouvrir un magasin en France ou ailleurs dans l’Union européenne."

Autant d’arguments qui avaient déjà été maintes fois exprimés avant le référendum de 2016, par d’autres entrepreneurs. Pensant impossible une victoire des Brexiters, Dunkerton, avait, comme d’autres grands profils, été relativement discret.

Malgré son enrichissement et le succès colossal de Superdry, ce quinquagénaire conserve sa grande passion: créer des entreprises. Il a pris ses distances avec Superdry pour trouver de nouvelles idées et lancer de nouveaux créateurs.

Il possède notamment The Lucky Onion, qui gère plusieurs boutiques hôtelières, des pubs et des restaurants dans le sud-ouest de l’Angleterre.

Des Brexiters pas en reste
Bien que spectaculaire, le don de 1 million de livres de Dunkerton ne suffit pas à gagner la bataille financière. Dans le camp du Brexit, l’entrepreneur Arron Banks, créateur du groupe Leave.EU, a levé 2 millions de livres avec plusieurs donateurs tory pour organiser le départ de Theresa May et la remplacer par un "vrai leader du Brexit" à Downing Street.

Pas super sec malgré ce don
Julian Dunkerton aime l’Europe, mais avec une passion maîtrisée. Ce don de 1 million ne représente en effet que 0,02% de sa fortune personnelle, estimée à 441 millions de livres. Il a récupéré quelque 71 millions de livres de liquidités le mois dernier en revendant 6,7% de parts de Superdry. Pas encore à sec, donc.

Un divorce à 50 millions
Julian Dunkerton s’est marié pour la seconde fois ce mois-ci, avec la créatrice de mode Jade Holland Cooper. Son premier mariage a pris fin en 2016, et l’a amené à vendre l’équivalent de 50 millions de livres d’actions afin de pouvoir donner une part de la fortune du couple à son ex-épouse.

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