Jussi Halla-aho, le visage de la vague brune finlandaise

Frédéric Rohart

Les Vrais Finlandais ont fait le pari d’un discours d’extrême droite plus musclé avec Jussi Halla-aho. Avec à la clé une remontée spectaculaire.

Vingt ans après leur dernière victoire électorale, les sociaux-démocrates finlandais sont redevenus dimanche le premier parti du pays. Mais la victoire du parti "traditionnel" est occultée par deux défaites cinglantes: avec 17,7% des voix, le premier parti ne réunit pas le cinquième de l’électorat finlandais, une première dans l’histoire électorale du pays qui souligne l’éclatement du paysage politique. Et surtout, il est talonné par la formation nationaliste des "Vrais Finlandais" (17,5%), dont le récent tour de vis vers l’extrême droite s’est avéré porteur.

Le profil
  • Naissance 27 avril 1971 à Tampere, au nord d’Helsinki.
  • Étudie la gestion hôtelière, puis le russe et le vieux slave à l’Université d’Helsinki, où il décrochera un doctorat et enseignera.
  • Conseiller municipal de la ville d’Helsinki en 2008.
  • Président des Vrais Finlandais en 2017.
  • Son parti arrive second aux élections législatives de dimanche, à un cheveu des sociaux-démocrates.

L’homme du jour n’est donc pas le socialiste Antti Rinne, qui aurait espéré faire une percée plus spectaculaire, mais un politicien terne de son propre aveu, voire timide selon certains médias du cru: Jussi Halla-aho.

Ce spécialiste des langues slaves médiévales s’est lancé sur le tard dans une carrière politique mais a gravi les échelons avec une régularité de métronome. En 2008, il est élu au conseil communal d’Helsinki, trois ans plus tard au Parlement finlandais, trois ans plus tard au Parlement européen, et trois ans plus tard à la tête de son parti.

En juin 2017, son élection à présidence des Vrais Finlandais (Perussuomalaiset) a déclenché une secousse sur l’échiquier politique. Alors que le parti participait au gouvernement, l’arrivée à sa tête de Jussi Halla-Aho a provoqué la rupture de la coalition, les centristes et conservateurs considérant l’association avec une telle personnalité impossible. Ils n’étaient pas les seuls. À l’époque, 22 des 37 députés Vrais Finlandais ont même quitté la formation pour fonder un nouveau parti.

Car des candidats à la succession du fondateur du parti, Timo Soini, c’était lui le plus radical. Après avoir tenu sur son blog des propos insultants sur l’islam et les immigrés somaliens, Jussi Halla-aho avait été condamné en 2012 pour incitation à la haine raciale. D’eurosceptique et populiste, le parti a glissé avec lui vers le nationalisme hermétique, se montrant rétif à toute immigration: pour le nouveau chef, il faudrait réduire "à presque zéro" l’arrivée d’étrangers, y compris de réfugiés ou d’Européens. Il y a quelques mois à peine, son parti était encore 5e dans les intentions de votes. Il se démarque sans mal des autres formations, sur le front migratoire donc, mais également sur la question climatique, au cœur de la campagne: il remet en question la nécessité de l’action dans ce domaine.

Campagne européenne

Depuis les dernières élections européennes, le parti avait lié son destin aux conservateurs britanniques et polonais, au sein du groupe ECR du Parlement européen. Mais son nouveau président veut désormais l’associer aux autres formations d’extrême droite européennes. Qui le lui rendent bien. À l’annonce des résultats du scrutin, il a reçu les félicitations du Rassemblement National français pour ce "retour spectaculaire". Et le leader de la droite nationaliste italienne Matteo Salvini s’est félicité lui aussi du succès des "amis 'populistes’" finlandais – de bon augure, espère-t-il, pour les résultats les autres partis d’extrême droite aux élections européennes de mai.

Inspiré par le Brexit

Du Brexit, il retient une aversion britannique pour l’immigration intra-européenne: il veut en finir avec la liberté de circulation des personnes au sein de l’espace européen: "C’est mauvais pour les pays sources comme pour les pays d’accueil", estime-t-il, faisant bondir le patronat comme les syndicats de son pays.

Incitation à la haine

Il a été condamné pour incitation à la haine pour des écrits sur son blog. Il a par exemple affirmé que "les imams construisent […] dans leurs mosquées payées par les Européens, une armée de robots fanatiques sans liberté de pensée dont la seule tâche est de détruire la société occidentale". Ou encore dit espérer que les migrants violent des femmes "rouges-vertes", responsables selon lui de l’immigration.

Sans lui

Les sociaux-démocrates se lancent en quête de partenaires, notamment du côté des autres partis de gauche, les Verts et l’Alliance de gauche, dont le poids ne suffira pas à réunir une majorité. En tout état de cause, le prochain gouvernement devrait se faire sans Halla-aho: cinq leaders rejettent d’emblée l’idée de former une coalition avec son parti.

 

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