Kazuo Ishiguro, prix Nobel de littérature

C’est à l’écrivain anglais d’origine japonaise Kazuo Ishiguro qu’est allé le Prix Nobel de littérature ce jeudi, depuis la salle de la Bourse à Stockholm. Il succède au poète et musicien américain Bob Dylan précisément l’un de ses amours de jeunesse.

De ce côté-ci de la Manche, on le connaît essentiellement pour "Les vestiges du jour", roman qui lui a valu le Man Booker Prize en 1989 et a été adapté avec succès au cinéma par James Ivory, ou plus récemment "Auprès de moi toujours", roman d’anticipation paru en 2005. Kazuo Ishiguro, 62 ans, "a révélé, dans des romans d’une grande force émotionnelle, l’abîme sous notre illusoire sentiment de confort dans le monde", a indiqué la secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, Sara Danius, ajoutant que si on mêle Jane Austen et Franz Kafka, on obtient Ishiguro! Il confirme la domination des écrivains anglophones au palmarès du Nobel (29 contre 14 francophones), bien qu’Ishiguro ait eu un parcours de vie singulier – à cheval sur deux continents, deux langues et deux cultures si différentes.

Le profil
  • Naissance à Nagasaki le 8 novembre 1954.
  • Master en écriture créative à l’Université d’East Anglia (Norwich) en 1980.
  • Son premier roman, "Lumière pâle sur les collines", est publié en 1982 par Faber and Faber.
  • En 1986, il épouse Lorna MacDougall avec qui il aura une fille, Naomi.
  • Obtient le Prix Booker en 1989 et est fait Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 1998.

Il naît à Nagasaki en 1954 (sa mère est l’une des rescapées de la bombe atomique) et quitte le Japon à l’âge de cinq ans, quand son père, océanographe, reçoit un contrat de recherche en Angleterre. Ce déracinement n’est pas voué à durer et tout est mis en œuvre pour que l’enfant puisse poursuivre une éducation japonaise. Mais les années passent et Ishiguro vit toute son enfance à Guildford (Surrey), où ses parents choisissent finalement de demeurer. Le Japon n’est pourtant pas pour lui qu’un vague souvenir mais une expérience fondatrice, et ses premiers romans en sont fortement imprégnés – ce qui lui sera reproché jusqu’aux "Vestiges du jour", dont il situe l’intrigue en Angleterre. À l’école primaire locale, il passe beaucoup de temps à inventer des histoires d’espionnage, puis poursuit sa scolarité dans un établissement guindé qui goûte encore "la saveur de la vieille société anglaise en train de s’éteindre", raconte-t-il.

"Dans les traces des plus grands écrivains"

Après une année sabbatique en Amérique à l’âge de 19 ans, Ishiguro étudie l’anglais et la philosophie à l’Université du Kent mais passe un temps en Écosse comme travailleur social, avec l’idée de "faire quelque chose de plus concret". C’est dans cette voie qu’il s’engage à la fin de ses études, en travaillant dans un centre pour sans-abri à Londres: "Je pense que l’État a un rôle à jouer dans de nombreux domaines. Bien qu’étant depuis de nombreuses années un auteur privilégié, je m’identifie toujours étroitement aux travailleurs sociaux – ce que je serais encore si je n’étais pas devenu écrivain. Je fais partie de cette génération idéaliste des années 70 qui a perdu beaucoup de ses illusions au cours de la décennie suivante", raconte-t-il.

C’est pourtant une tout autre voie qui s’ouvre à lui quand il décide de suivre les cours du master en écriture créative de l’Université d’East Anglia, à une époque "où tout le monde était pris et où il y avait si peu d’étudiants qu’on n’était pas certains que les cours se donnent". Son talent se révèle immédiatement aux professeurs et aux autres étudiants: "Il était la vedette du groupe sans être agressif ni compétitif: il était juste terriblement bon!" raconte un de ses anciens camarades, l’écrivain James Sorel-Cameron. Son destin est tracé et se déploiera au fil des années par une dizaine de romans et de rares scénarios, jusqu’au couronnement suédois, "un honneur magnifique qui signifie que je marche dans les traces des plus grands écrivains de tous les temps", a-t-il déclaré hier à la BBC.

Trente ans, l’âge de création

"Si les écrivains sont souvent récompensés à un âge avancé, leur période la plus féconde correspond majoritairement à la trentaine", a-t-il calculé en se penchant sur la biographie des plus grands, de Kafka à Faulkner. D’où cette impérieuse nécessité, chez lui, dès les années 80, de se concentrer sur l’essentiel pour écrire "les livres qui comptent vraiment".

Quatre semaines pour un livre

"J’ai écrit ‘Les vestiges du jour’ en quatre semaines", raconte l’auteur dans une interview au Guardian. Accablé par une vie sociale trop remplie, Ishiguro décide, conseillé par sa femme, de s’enfermer chez lui un mois durant pour écrire comme une brute sans se soucier du style! Ainsi jaillit la première version du roman qui le rend célèbre à seulement 35 ans.

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