Keiko Fujimori | La fille de son père, c'est bien le problème

Keiko Fujimori pourrait remporter le premier tour de la présidentielle au Pérou dimanche. Mais elle devra sans doute passer par un second tour, où son nom pourrait la handicaper.

Fujimori est un nom qui ne laisse personne indifférent au Pérou. Il y a ceux qui exècrent l’ancien président Alberto Fujimori, condamné à 25 ans de prison en 2009. Et il y a ceux qui l’encensent pour avoir débarrassé le pays des guérilleros du "Sentier lumineux" et redressé son économie. Un rejet ou un culte qui s’étendent à l’ensemble de la famille. Et donc à Keiko, sa fille, aujourd’hui candidate à la présidentielle péruvienne dont le premier tour se tiendra dimanche.

Mardi, ils étaient 30.000 à manifester dans les rues de Lima aux cris de "plus jamais ça". Et pourtant, la fille de l’ancien président devrait remporter ce premier tour sans trop de difficulté à en croire les sondages. Les choses pourraient néanmoins se gâter au second tour, prévu le 5 juin, où sa rivale de gauche, Veronika Mendoza, ou le chouchou du monde des affaires, Pedro Pablo Kuczynski, pourraient lui barrer la route.

  • Née en 1975, elle a 15 ans quand son père est élu président. Elle devient la Première dame du Pérou 4 ans plus tard.
  • Soutient plusieurs œuvres caritatives en tant que Première dame, dont une fondation octroyant des soins cardiaques aux enfants défavorisés.
  • Diplômée en économie appliquée de l’université de Boston, elle a également un MBA de la Columbia University.
  • Elue députée en 2006, elle brigue sans succès la présidence en 2011.
  • Son mari, Mark Villanella, est d’origine américaine. Ils ont deux enfants.

Portrait de famille

©REUTERS

Keiko Fujimori a promis de poursuivre les politiques économiques de son père et de lancer de grands chantiers d’infrastructure, pourvoyeurs de nombreux emplois. Mais l’ombre d’Alberto Fujimori pèse lourd sur sa campagne. Il faut dire que ce n’est pas pour rien qu’il passe sa retraite derrière les barreaux. Des escadrons de militaires avaient tué femmes et enfants sous ses ordres dans la guerre menée contre les maoïstes du "Sentier lumineux". Une violation flagrante des droits de l’Homme qui s’est accompagnée de détournements de fonds et autres faits de corruption. Le 5 avril 1992, Fujimori organisait même un "auto-coup d’Etat" destiné à faire adopter une nouvelle constitution à son avantage. Trois ans plus tard, il se faisait réélire. Certains de ses frères et sœurs s’en sont mis plein les poches à l’époque, n’hésitant pas à détourner des fonds destinés à de bonnes œuvres.

Il y a mieux comme portrait de famille pour se lancer en politique, même si ça n’a pas empêché Keiko Fujimori de se faire élire au Parlement en 2006 alors que son père était en fuite. Elle ne le renie d’ailleurs pas, même si elle a tenté d’amadouer ses détracteurs en s’engageant formellement à ne pas suivre ses traces. Déjà candidate en 2011, elle était restée ambiguë sur l’éventualité qu’elle accorde le pardon à son père si elle était élue à la présidentielle. Elle avait perdu de peu au second tour face à Ollanta Humala. Cette fois, elle s’est engagée à respecter les droits de l’Homme, la liberté de la presse et les institutions démocratiques. "Jamais plus de 5 avril", a-t-elle lancé.

En attendant, les vieux démons du clan Fujimori ont refait surface. Le nom de deux des soutiens financiers de la campagne de Keiko Fujimori apparaît dans le scandale des "Panama Papers" sur les paradis fiscaux. Elle-même a été inquiétée par la commission électorale péruvienne qui l’avait soupçonnée d’avoir acheté des votes, avant d’être blanchie. Neuf autres candidats, également poursuivis par cette commission devenue particulièrement tatillonne suite à une nouvelle loi électorale, n’ont pas eu cette chance.

Giuliani, ex-conseiller

Lors de sa première campagne présidentielle, en 2011, Keiko Fujimori avait embauché Rudolph Giuliani, l’ancien maire de New York, comme conseiller. Mission du New-Yorkais qui était à la barre au moment des attentats du 11 septembre et avait mené une politique de tolérance zéro dans sa ville: conseiller Fujimori sur les questions de sécurité. La jeune femme tentait par la même occasion de se distancier du bilan sécuritaire de son père parfois gênant.

Première dame à 19 ans

Keiko Fujimori est devenue la "Première dame" du Pérou au divorce de ses parents. Elle n’avait alors que 19 ans. Elle entretient aujourd’hui des relations compliquées avec sa mère, Susana Higuchi, bien que celle-ci l’ait soutenue pendant la campagne. Fujimori continue notamment à rejeter les accusations de corruption portées par Higuchi à l’encontre de son ex-mari et de sa famille. Idem quand Higuchi affirme avoir été torturée par la police secrète de Fujimori suite à ces accusations.

L’affaire Tractebel

En juin 2002, la justice péruvienne ouvrait une enquête sur les conditions dans lesquelles Tractebel avait acquis deux sociétés électriques péruviennes. L’entreprise belge était suspectée d’avoir versé des pots de vins au président Fujimori entre 1996 et 1998. En janvier 2003, elle renonçait à l’achat. Une mésaventure qui n’a pas empêché Tractebel de poursuivre des activités au Pérou, ni d’y ouvrir un bureau régional à Lima en 2012…

 

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