Keira Knightley, la plus francophile des Brits

Wash Westmoreland n’imaginait pas une autre actrice pour incarner Colette dans son nouveau film. Keira Knightley, fort habituée des films en costumes, est, en effet, francophile, féministe et mène sa vie à sa guise comme la célèbre écrivaine. Rencontre à Londres.

C’est la première fois que le cinéma s’attelle à la biographie de Colette, l’une des plus prodigues romancières françaises et personnage haut en couleurs. Et ce projet vient non pas de France mais d’Angleterre. Wash Westmoreland n’est pas un réalisateur inconnu. On se souvient qu’en 2014, il avait offert à Julianne Moore un rôle bouleversant dans "Still Alice", qui lui avait valu le Golden Globe et l’Oscar de la meilleure actrice.

Grand admirateur de Colette, qu’il décrit comme une force de la nature des plus inspirantes, le cinéaste a choisi Keira Knightley pour ses multiples qualités. "Elle a l’esprit rapide, intègre très bien les dialogues intellectuels, a de l’esprit et de l’humour comme Colette et comme l’écrivaine, rien ne l’arrête. Et vous la verrez comme jamais dans une dimension sensuelle et sexuelle qu’elle n’a jamais explorée à l’écran." Pour avoir Keira dans son film, Westmoreland a attendu un an, soit la durée du congé de maternité de l’actrice.

Colette

Keira, qui tourne infatigablement depuis ses seize ans et en a trente-trois aujourd’hui, a, en effet, fait une pause pour s’occuper de son premier enfant. Récemment, elle a, d’ailleurs, taclé Kate Middleton qui donnait d’elle une image parfaite juste après la naissance de sa petite Charlotte. Sa missive à la duchesse de Cambridge s’intitulait "The weaker sex" et s’inscrivait dans un ouvrage féministe.

Féministe et francophile, Keira l’est depuis toujours. Elle a, ainsi, célébré, en 2013, son mariage avec James Righton, le leader du groupe The Klaxons à Mazan, en Provence. Et bien sûr, elle est opposée au Brexit. Ces apparents détails confèrent encore plus de légitimité à son interprétation de Colette. Le film se déroule dans les jeunes années de l’auteure et jusqu’à la fin de son mariage d’avec Willy, avec qui elle créa la série des "Claudine".

Fascinée par l'histoire

De "Pirates des Caraïbes", le blockbuster qui l’a rendue mondialement célèbre il y a quinze ans, à "Colette", Keira assure avoir toujours été fascinée par l’histoire. Avant ce film, que connaissait-elle de l’auteur du "Blé en herbe" et de "L’ingénue libertine"? "Je connaissais ‘Gigi’, le film. J’ai lu ‘Chéri’ et ‘La fin de chéri’ que j’ai adoré, mais seulement ceux-là parmi sa multitude d’écrits. Je connaissais peu ou pas sa vie. Je savais qu’elle était célèbre, mais j’ignorais tout de son premier mariage avec Willy ou de sa bisexualité, ou encore du fait que son mari s’était emparé de son travail qu’il faisait passer pour le sien."

À Bruxelles
Discussion et projection

Ce dimanche soir, c’est la fête à Colette au Palais des Beaux-Arts! Dès 19h, les deux auteures belges Caroline Lamarche et Heleen Debruyne s’entretiendront sur le thème "Chérie, chéri! – Colette uncensored". Discussion qui sera suivie par la première du biopic de Wash Westmoreland, avec Keira Knightley dans le rôle principal. Première romancière féministe de l’histoire de la littérature, Colette débute dans la bonne société parisienne des années 1900 en rédigeant des journaux regorgeant de fantasmes sexuels, finalement publiés comme la série de nouvelles "Claudine" sous le nom de Willy. Son incontournable roman à scandale, "Chéri", paraît en 1920. La projection est prévue en VO avec sous-titres en néerlandais et en français.

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Justement, cet aspect-là de la vie de la jeune Colette est fort bien mis en valeur dans le film. "Ce qui me plaisait dans toute cette histoire, c’est que oui, il est le méchant. Mais parce qu’il a du charisme et du magnétisme, vous pouvez comprendre qu’ils soient ensemble, Colette et lui. Je pense qu’il était le parti le plus fun et la personne avec laquelle vous aviez envie de sortir le soir parce que vous alliez là où cela se passait. Mais là, je m’arrête. Car, évidemment, il l’empêchait de s’exprimer en son nom propre. Il ne lui permettait pas d’avoir sa propre identité et d’avoir le crédit de son propre travail. Et elle arriva au point où plutôt que d’être une victime, elle se dégagea de cette relation. Et c’est ce que j’adore dans ce personnage, c’est qu’elle ne devient pas une victime. J’adore la force qu’il y a en elle."

Naturellement, Keira a eu à sa portée une montagne de documentation pour se préparer à son rôle. "Je pense que la meilleure biographie de Colette, c’est son œuvre. Et pour ce film-ci, la série de ‘Claudine’ est la première référence. Je suis convaincue que vous apprenez mieux ce qu’est un artiste à travers son œuvre que dans une biographie écrite par quelqu’un d’autre. Les livres de ‘Claudine’ sont tellement parlants. Et même s’ils ne sont pas mes préférés, on y entend sa voix de manière très claire. Et je me suis servie de ça."

Keira estime que si Colette avait vécu dans l’Angleterre victorienne et non à la Belle Époque à Paris, sa vie aurait été bien différente"Nous, en Angleterre, quand nous pensons au passé, c’est vraiment basé sur l’époque victorienne puritaine. Et ce que j’adore quand je me plonge dans d’autres sociétés et cultures, c’est que je m’aperçois que ce n’est pas partout pareil dans le monde. Et je crois que la Belle Époque, c’était une période d’explosion au niveau de la création, de la société et de la sexualité. Et c’est, probablement, cela qui a permis à Colette d’être libre et elle-même."

Joue-la comme Keira

La star anglaise n’apprécie pas tant que ça la célébrité. "Si je ne fais pas ce que je suis en train de faire aujourd’hui et qui est mon job, je suis super heureuse d’être quelque part sans que quelqu’un m’écoute ou me prenne en photo", assure-t-elle. Bien qu’elle soit adorable, on ne lui demandera pas un selfie…

"Lorsque j’étais adolescente, on ne parlait pas de féminisme parce que, apparemment, nous avions atteint l’égalité des sexes."
Keira Knightley
Actrice

Pour elle qui a démarré au cinéma alors qu’elle était une teenager – souvenons-nous de l’impression qu’elle nous a faite dans "Bend it like Beckham" ("Joue-la comme Beckham") en 2002 –, on a envie de savoir comment elle voit l’évolution du féminisme dans sa profession. Et sa réponse est pour le moins désarçonnante… "Lorsque j’étais adolescente, on ne parlait pas de féminisme parce que, apparemment, nous avions atteint l’égalité des sexes. Et nous avons commencé à en parler quand cela fut permis. Je pense que c’était une décision des médias. Et une femme journaliste a dit que nous n’avions pas atteint cette égalité. Ensuite, les journalistes ont commencé à poser des questions sur ce sujet. Car, moi, je peux aboyer à la Lune mais ce sont vous, les médias, qui prenez soin de faire passer ma voix et faites en sorte que cela change. Vous êtes les gardiens de la culture. Et d’une certaine façon, je ne le suis pas. Du coup, je pense que cette question s’adresse plus à vous qu’à moi."

Keira n’a aucune idée d’où elle en sera dans dix ans. En tout cas, elle ne s’imagine pas devenir réalisatrice"Vous savez quand vous ne vous trouvez pas sur un plateau de cinéma, c’est facile de dire: ‘Oh, vous devriez diriger un film!’ Or, ce travail de réalisation comprend énormément de politique et de management. Et moi, dans mon job, je dois juste créer un personnage. Je ne suis pas obligée d’avoir un instinct machiavélique. Du coup, l’aspect créatif du métier de réalisateur m’intéresse, mais pas celui de la politique inhérente à ce job."

Après "Colette", qui sort ce 16 janvier, on la reverra en mars dans un autre film d’époque "The aftermath", qui se déroule dans l’après-guerre en Allemagne. Une histoire de passion et de secrets comme elle les aime.

"Colette", de Wash Westmoreland, sort en salles ce mercredi 16 janvier.

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