Koen Van Gerven, contre vents et marées

Le patron de bpost, Koen Van Gerven, était auditionné ce mercredi en commission Infrastructures sur la situation et l’avenir de l’entreprise publique. Portrait d’un homme qui ne doute de rien ou presque.

Il est connu pour ne pas prendre de décisions "stupides", lui qui a gagné ses galons à la Générale de banque, chez Fortis et Acerta. Le patron de bpost, Koen Van Gerven, est pourtant à la diplomatie et à la réserve que l’on attend d’un grand patron ce que Trump est à la paix dans le monde. Multipliant ces derniers mois les sorties médiatiques, il fait littéralement fi des critiques à son encontre.

Le profil
  • A 59 ans, Koen Van Gerven est marié, père de trois enfants. Il est ingénieur commercial (KULeuven), et possède un MBA (Cornell University).
  • Entré au service de la Générale de Banque (Fortis) en 1982, directeur général de la région nord-est en 2000.
  • Il devient CEO d’Acerta en 2001.
  • À partir de 2006, il devient membre du comité de direction, puis directeur des ventes et du marketing et président du conseil de bpost bank.
  • Il devient CEO de bpost en 2014.

Par exemple, lorsqu’il lui est reproché de réclamer rétroactivement de l’argent à des fournisseurs par mail, Koen Van Gerven affirme, dans un premier temps, que c’est une pratique courante et que toutes les entreprises le font (ou devraient le faire) avant d’ironiser sur les commentaires du ministre de tutelle, Alexander De Croo, qui lui suggère de plutôt faire ça par courrier postal.

À la mi-mars 2018, bpost publiait ses résultats 2017 et surtout ses prévisions 2018. Ces dernières avaient particulièrement déçu les analystes et mis à jour des cadavres dans les placards de Radial, la récente acquisition américaine – nous y reviendrons. Depuis cette date, le titre a perdu 50% en Bourse mais l’information ne troublera certainement pas Koen Van Gerven. Lui qui affirmait en mai que "son agenda est surtout déterminé par la pérennité de l’entreprise sur le long terme".

Parlons-en justement, de l’avenir de bpost car son patron fait face à une situation compliquée. Pour faire simple, le courrier postal diminue depuis une bonne dizaine d’années et il faut trouver de nouveaux relais de croissance. "Bpost est en train de muer. Comme un serpent. Nous devenons une bête d’un genre différent. Et une mue, cela peut faire mal", argumentait-il encore il y a peu. Entre autres mesures qui ont été mal accueillies, citons notamment sa volonté désormais officielle de diminuer le nombre de boîtes postales ou l’augmentation du prix des timbres.

Le goût du risque

Koen Van Gerven a annoncé sa volonté de réduire le nombre de boîtes postales en mai dernier. Mercredi, il a précisé que 25 à 30% de ces boîtes rouges pourraient disparaître. ©BELGA

Pour retrouver le chemin de la croissance, bpost mise notamment sur l’e-commerce. C’est dans cette optique qu’en 2012, l’entreprise a racheté l’american LandMark. Et ce n’est pas la seule emplette réalisée outre-Atlantique. En 2017, bpost a racheté Radial, un fournisseur de solutions logistiques et technologiques "omnichannels" dédiées à l’e-commerce.

Là aussi, l’opération divise. 820 millions de dollars quand même, soit 12 fois plus que le bénéfice brut attendu. Certains observateurs trouvent le prix payé trop élevé. "L’avenir nous le dira", répondait le patron de bpost en mai dernier. Mais en commission, ce mercredi, Koen Van Gerven s’est montré plus nuancé, concédant que, sachant ce qu’il sait aujourd’hui, il aurait certes toujours procédé à l’acquisition "mais le prix, (…) c’est autre chose".

Au-delà du prix, un expert du secteur s’étonne que Koen Van Gerven n’ait pas remarqué les coûts élevés de la santé et se demande si le départ soudain du directeur financier de bpost à la fin de l’année 2017 n’y est pas pour quelque chose.

D’autres pointent le manque d’expérience internationale du CEO du bpost et le fait que bien d’autres avant lui se sont cassé les dents en tentant l’aventure américaine.

À ses détracteurs, Koen Van Gerven rétorque qu’il n’a pas acheté un chat dans un sac même s’il admet dans une interview que si "de nombreux nouveaux clients sont arrivés, nous avons perdu plus de clients que ce que nous avions envisagé". Preuve s’il en faut qu’il y a encore beaucoup de travail pour récolter les premiers fruits. Le CEO de bpost réclame de la patience et du temps. Les investisseurs, eux, ne sont pas convaincus.

Radial, le juste prix?

Interrogé en commission parlementaire, Koen Van Gerven a tenté de rassurer sur le rachat du groupe américain Radial. Avec un peu moins d’aplomb qu’auparavant par contre: "Aurais-je réalisé l’achat en sachant ce que je sais aujourd’hui? Oui. Au même prix? C’est autre chose."

En travers de la gorge

Le rachat avorté de PostNL est loin derrière lui, mais à lire entre les lignes, Koen Van Gerven regrette visiblement cette occasion manquée. "Je reste convaincu que vu la structure des deux entreprises et des deux pays, cela avait beaucoup de sens. Je pense aussi que j’ai fait montre de ténacité dans ce dossier. Mais la réponse a été non. Et non, c’est non."

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