Kolinda Grabar-Kitarović, la dame au damier

Kolinda Grabar-Kitarovic ©Photo News

La présidente croate a marqué les cœurs et les esprits par son fair-play et son sourire. Dans son pays, les dents grincent malgré la presque victoire.

Bien calée entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, Kolinda Grabar-Kitarović a le sens du visuel. Seule femme entre les hommes, maillot croate au milieu des costards noirs, la Présidente croate a su attirer l’attention. Finalement arrive l’apothéose sous la pluie mais au milieu du stade, elle embrasse une coupe que deux buts séparent de sa nation.

CV Express
  • Née en 1968 en Yougoslavie.
  • Elle passe sa jeunesse aux Etats-Unis.
  • Rentre en 1993 et travaille dans la diplomatie.
  • Ministre des Affaires européennes, elle négocie l’adhésion de la Croatie à l’UE.
  • Première femme ministre des Affaires étrangères en 2005.
  • Secrétaire générale adjointe de l’Otan (2011-2014).
  • Élue Présidente de la Croatie en 2015.

Kolinda Grabar-Kitarović a suivi la Coupe du monde, et le monde l’a regardée suivre la coupe. On l’a vue dans le stade pour Croatie-Danemark où elle a refusé la tribune officielle, préférant la tribune des supporters. On ne l’a pas vue contre l’Angleterre, parce qu’elle siégeait au sommet de l’Otan, offrant au passage un maillot à Theresa May et Donald Trump. Politiser le football, footballiser la politique, la recette est connue.

Maintenant que les ballons sont rangés, reste la politicienne, son buzz et la découverte des parties plus sombres de son parcours. En 2015, elle se rendait en Autriche pour se recueillir sur la tombe des soldats croates pro-nazis assassinés par les communistes. La guerre était finie, et puis la Croatie a contribué à la libération de l’Europe contre le nazisme, assure-t-elle.

La Croatie doit écrire son roman national, combler ses pages non pas blanches mais vides, l’amnésie de la période communiste. Alors l’histoire sera faite de combats glorieux, de martyrs et de football. Peu importe que l’ancien président croate Ivo Sanader ait été accusé par l’UEFA de corruption. Peu importe que la Croatie soit la nation la plus sanctionnée par la fédération internationale. La Croatie pardonne et écrit son histoire. Le chapitre 2018 commencera la coupe en main. Pas la sienne, mais presque.

Coup marketing

Forcément, l’opération de com’est énorme. De quoi se créer une image, voire racheter son ancienne. Kolinda Grabar-Kitarović devient ainsi la face lissée du HDZ, l’Union démocrate croate, son parti de centre droit. Elle accède au pouvoir en 2015 avec 50.7% des voix au second tour face aux sociodémocrates. "Il n’y a pas de place pour le triomphalisme", déclarait-elle alors.

Trois ans plus tard, le sourire malgré la pluie, le fair-play malgré la défaite. Tout un symbole. "C’est comme ça qu’on gagne une élection", commente Dario Brentin, spécialiste des liens entre politique et football dans les Balkans. "C’est une image de campagne électorale", lit-on dans la presse croate, qui n’hésite pas à la qualifier de populiste.

Écrire soi-même le roman de son pays, faire de ce "je" élevé et éduqué aux Etats-Unis un "nous" croate depuis des générations. Toujours en 2015, elle avait participé à des sit-ins d’anciens combattants croates. À mi-chemin entre nationalisme et populisme, l’action de Kolinda Grabar-Kitarović est flamboyante, visuelle. Elle échange un maillot quadrillé avec Vladimir Poutine. L’image est belle, symbolique. Au même moment, son Premier ministre Andrej Plenković négocie avec la banque Sberbank de Russie, plus grand créancier de l’État croate, lit-on dans le Guardian.

Kolinda Grabar-Kitarović entendait donner une place importante à son pays dans l’Union européenne et dans le monde. Et faire de la Croatie un pays exemplaire. Point de podium actuellement pour les statistiques économiques, malgré une nette progression. Le pays est passé de 13,3% de chômage à 10,6%, et reste en deçà de la moyenne européenne. Juste derrière la France, ça ne s’invente pas. 28,5% de la population est menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale selon les statistiques européennes, soit 5% de plus que la moyenne de l’UE.

La promesse est audacieuse, le défi ambitieux. Comme pour la Coupe du monde, oserons-nous conclure?

Courte victoire

"Pas de place pour le triomphalisme", déclare-t-elle après le second tour des présidentielles, élue avec 50,7% des voix.

Tout sourire

"La présence est importante. Mais les gens se souviennent plutôt de votre sourire qui ouvre toutes les portes", répondait-elle à ceux qui lui reprochaient ses choix vestimentaires.

Foot business

"Le mondial peut amener un boom économique si nous exploitons bien la situation", confiait-elle durant le tournoi.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content