Kris Van Assche, un Belge aux commandes de Berluti

Le créateur belge Kris Van Assche, jusqu’alors chez Dior Homme, a été nommé directeur artistique du bottier Berluti.

Son départ de Dior Homme avait été annoncé le 19 mars mais le groupe LVMH  avait aussitôt précisé qu’il continuerait à "exercer sa créativité au sein du groupe". Le suspense n’aura pas duré longtemps puisque la nomination de Kris Van Assche en tant que directeur artistique de la vénérable maison Berluti a été officialisée hier. Il y sera en charge "de l’ensemble des collections souliers, maroquinerie, prêt-à-porter, et accessoires".

Un nouveau challenge pour cet encore jeune homme de bientôt 42 ans, lequel a déclaré hier vouloir "créer des ponts entre le savoir-faire, l’héritage d’une maison et ma vision résolument contemporaine". Une précision qui ne manque pas de piment puisque voilà deux semaines, toujours dans le cadre du mercato en cours au sein du groupe LVMH, le nouvel élu de la collection homme chez Louis Vuitton (Virgil Abloh), entendait de son côté créer de "nouvelles passerelles avec les temps modernes". Gageons que le mot "viaduc", qui n’est pas encore pris, sera bientôt employé, au rythme où vont les choses.

Le prochain rendez-vous de Kris Van Assche (qui remplace Haider Ackermann) est en tout cas attendu pour la Fashion Week de janvier 2019. Et c’est Kim Jones qui lui a succédé en laissant la place à Virgil Abloh dans un jeu de chaises musicales fleurant bon l’entre-soi.

Le profil
  • 1976: naissance à Londerzeel.
  • 1998: intègre Yves Saint Laurent Homme.
  • 2007: directeur artistique chez Dior Homme.
  • 2013: ouvre à Paris la première boutique à son nom.
  • 2018: départ de Dior Homme pour la maison Berluti.

Définir la silhouette du futur

Natif de Londerzeel, dans le Brabant flamand, Kris Van Assche est communément considéré comme un créateur minimaliste, particulièrement soucieux des détails et des couleurs avec un mélange savant de classique et de modernité censé épouser les modes de vie contemporains.

C’est un ancien de la maison LVMH puisqu’il a passé onze ans à la direction artistique des collections masculines de Christian Dior. Diplômé de l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, le nouveau "DA" de Berluti a commencé chez Yves Saint Laurent Homme à partir de 1998. Il a aussi créé une marque à son nom en 2013, une activité qu’il devra arrêter deux ans plus tard faute d’avoir convaincu.

Dans une interview visible sur YouTube, à l’occasion de la collection été 2018 chez Dior, on peut découvrir ce fringant jeune homme habillé tout en noir, expliquant de sa voix douce et posée, presque fluette, qu’il a pour l’occasion "poussé l’héritage de Monsieur Dior un peu plus loin que d’habitude" et que son idée en général revenait à définir "la silhouette du futur".

Interview pour la collection Dior Homme

Streetwear de luxe

En intégrant la maison Berluti, vieille de 128 ans, Kris Van Assche ne devrait pas être trop dépaysé tant cette enseigne a su elle aussi élargir son catalogue et intégrer les codes vestimentaires issus du streetwear. Un bref regard sur le site du maroquinier qui chaussait autrefois le Duc de Windsor, permet d’évaluer les possibilités de son compte en banque. Un pull à capuche comme dans les banlieues (1.350 euros), un pantalon de jogging (780 euros) et une paire de chaussures à près de 800 euros composée d’un dessus classique et d’une semelle souple propre aux sneakers: voilà qui permet en effet, tout en faisant chauffer à blanc la carte bancaire, d’emprunter avec élégance les "ponts" de la modernité.

Les chaussures de Roland Dumas

Elitiste, la marque Berluti n’avait rien pour s’inviter dans les programmes des journaux du soir. Mais dans les années nonante, l’ancien ministre des Affaires étrangères Roland Dumas avait été pointé du doigt pour s’être fait offrir par "une amie" réputée sa maîtresse une paire de bottines Berluti sur mesure pour 11.000 francs (français). L’affaire avait fait du bruit, y compris l’une des bottines qui émettait du bruit en marchant, comme l’a confié un jour Roland Dumas sur RTL.

Satisfaire ceux qui aiment souffrir

Le sur-mesure doit aussi tenir compte "de questions plus culturelles dans la façon de se chausser: les Russes aiment souffrir et avoir des souliers très serrés; les Chinois veulent se déchausser facilement sans défaire les lacets". C’est ainsi que Jean-Michel Casalonga, maître-bottier chez Berluti, commentait son métier dans un reportage effectué par l’AFP en mai 2016.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité