L’ambition vorace de ceux qui sont nés sans rien

Pour Leonardo Del Vecchio, véritable joyau de l’entrepreneuriat italien, le travail a été l’instrument premier pour se racheter d’un destin qui s’annonçait peu bienveillant.

Celui qui aujourd’hui, à 81 ans, est à la tête d’un véritable empire international de l’optique vante en effet, au-delà d’un parcours industriel sans hésitation et sans faille, une existence digne d’un scénario hollywoodien.

Benjamin d’une famille nombreuse et indigente, à la mort de son père, il est confié à l’orphelinat milanais des Martinitt alors que ses frères restent vivre avec leur mère.

Commence ainsi une ascension stupéfiante par sa rapidité bien que, initialement, douloureuse et solitaire. Et c’est peut-être justement la solitude de l’enfance qui a poussé cet entrepreneur à se forger une immense famille, au sens propre comme figuré. Son groupe, Luxottica, leader mondial dans la fabrication et la distribution de montures de lunettes, compte déjà 80.000 collaborateurs à travers le monde.

Et, dans sa vie privée, Del Vecchio s’est bâti un véritable clan familial, composé de six enfants nés de trois mères différentes.

cv express
  • Le grand patron italien est né à Milan le 22 mai 1935.
  • À 15 ans, il commence à travailler comme ouvrier pour l’entreprise Johnson.
  • En 1961, le petit atelier de montures de lunettes qu’il a créé devient Luxottica, avec déjà 14 employés.
  • En 2000, Luxottica fait son entrée à la Bourse de Milan.
  • En 2006, l’École polytechnique de Milan lui attribue un doctorat honoris causa en ingénierie des matériaux.

 

L’escalade de Leonardo débute dans le cœur brumeux de la ville de Milan. Le jour, il travaille comme ouvrier dans une fabrique de médailles, le soir il rejoint l’académie de Brera où il étudie le design. Il n’a que 15 ans, une mèche éternellement rebelle et, dans son regard d’un bleu limpide, l’ambition vorace de ceux qui sont nés sans rien.

optique: un mariage spectaculaire

Essilor, n°1 des verres ophtalmiques, va fusionner avec Luxottica, fabricant de lunettes de marques de luxe (Ray Ban, Oakley…), pour former un géant avec une capitalisation boursière de 50 milliards d’euros, 15 milliards de chiffre d’affaires et plus de 140.000 employés. 

Leonordo Del Vecchio et sa famille, qui contrôlent 62% de Luxottica via le holding Delfin, vont apporter leurs parts à Essilor (0,461 action Essilor pour une action Luxottica). Essilor lancera ensuite une offre d’échange sur les actions restantes. La fusion devrait générer des synergies entre 400 et 600 millions d’euros par an.

Une vision à la fois grandiose et imprégnée de pragmatisme, une connaissance précise du métier, des techniques de fabrication et des produits expliquent l’élan extraordinaire qui, en seulement quelques décennies, a transformé son petit atelier de montures de lunettes, créé en 1958 à Agordo, aux pieds des Alpes, en un colosse international.

Un empire sous contrôle

Or, le secret de cette réussite est intimement lié à l’homme qui a osé la rêver. Del Vecchio ne baisse jamais la garde, il aime contrôler les processus, connaître chaque détail de son entreprise, suivre attentivement son développement. Il sait s’entourer des meilleurs dirigeants mais, malgré ses déclarations d’intentions et avoir parfois délégué la gestion du groupe, il n’a jamais véritablement abandonné les rênes du pouvoir, veillant toujours, de près ou de loin, sur le sort de son empire.

Si aujourd’hui, Del Vecchio est la deuxième fortune d’Italie, avec un patrimoine estimé par le magazine Forbes à 18 milliards d’euros, ce qui surprend est l’évolution extraordinaire des dernières années: en seulement 7 ans son patrimoine a connu une augmentation de l’ordre de presque 200%.

Caractérisé par l’élégance impeccable bien que toujours discrète des Milanais, Del Vecchio fuit les mondanités et n’a jamais oublié les limitations de sa toute première enfance. Suivant le sillon des grands patrons italiens, tels que Olivetti ou Ferrero, Leonardo sait récompenser la fidélité de ses employés, ceux qu’il aime définir les "vrais artisans du succès du groupe". À son 80e anniversaire, il décide ainsi de donner à ses collaborateurs italiens 140 mille actions Luxottica en tout, pour une valeur de 9 millions d’euros.

En bref

L’odeur de la pauvreté

Pendant des années, le déjeuner de l’entrepreneur italien s’est limité à une seule assiette de chou bouilli. Son odeur le ramène encore au souvenir de ses premiers rêves et des efforts fournis pour les réaliser.

L’année charnière

L’année 1971 est cruciale pour Del Vecchio qui se souvient: "Nous sommes revenus de l’Exposition internationale de l’industrie optique extrêmement fatigués mais heureux. Nous savions alors que notre avenir avait changé pour toujours!"

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