Intrépide? Suicidaire? Libre-penseur? D’aucuns se demandent encore ce qui a poussé Jan Bens, directeur de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN), à se poser ainsi une cible dans le dos.

Celui qui est volontiers décrit comme un "intellectuel" devait se douter que ses propos, tenus dans le cadre d’une interview au "Soir", feraient grincer des dents.

Le fonctionnaire y admet ni plus ni moins avoir proposé des enveloppes à des interlocuteurs lorsqu’il était en poste pour Tractebel au Kazakhstan, un pays où régnerait une "corruption invraisemblable". Il ajoute que Fukushima n’aurait fait que deux morts, qu’Electrabel est devenue une entreprise où "le plus important est de faire de l’argent"…

Jan Bens ne semble pas avoir sa langue en poche. Il l’avait déjà démontré lorsqu’il avait déclaré dans la presse flamande, cinq mois après son entrée en fonction à l’AFCN, que les éoliennes étaient selon lui plus dangereuses que les centrales nucléaires.

  • Né à Ostende le 5 avril 1953.
  • Diplômé de la VUB en 1975 en tant qu’ingénieur civil électromécanicien; décroche un master en "Computer, Information &, Control Engineering" à l’Université de Michigan en 1976.
  • A travaillé 11 ans chez Electrabel, notamment comme directeur de la centrale de Doel.
  • Pour Electrabel/Tractebel, a travaillé à Singapour et au Kazakhstan.
  • Prend ses fonctions à l’AFCN le 1er janvier 2013, pour un mandat de 6 ans.

L’atome, ce natif d’Ostende le connaît comme sa poche. Ingénieur civil diplômé de la VUB, il est aussi détenteur d’un master de l’université de Michigan et d’un diplôme d’ingénieur civil en sciences nucléaires à l’université de Gand. Sans oublier différentes formations en sécurité et en management.

Aujourd’hui âgé de 62 ans, celui à qui on ne colle aucune étiquette politique avait débuté sa carrière à la centrale thermique de Rodenhuize, avant de rejoindre Electrabel, où il dirigea notamment la centrale nucléaire de Doel, tout en officiant comme directeur du centre parisien de la Wano (World Association of Nuclear Operators).

Jusqu’à ce qu’il soit repéré par le chasseur de tête Korn Ferry, qui propose son profil au conseil d’administration de l’AFCN. Il y sera élu à 9 voix pour, 3 contre et un vote blanc. La décision ne passa pas comme une lettre à la poste: deux candidats déçus crièrent au manque de neutralité de Jan Bens, l’un deux introduisant même un recours au Conseil d’État. Finalement rejeté.

Parallèlement à ses fonctions à l’AFCN, Jan Bens est aussi président d’un club de volley féminin, Asterix Kieldrecht, qui évolue en ligue A.

Néerlandophone

Jan Bens a pu compter sur ses origines flamandes pour décrocher son poste de directeur de l’AFCN. Le futur directeur devait être néerlandophone pour respecter la parité linguistique parmi les cadres de l’agence. Son expérience internationale plaida aussi en sa faveur.

Sanction

Jan Bens ne sera pas entendu à la Chambre par la commission économie, contrairement à ce qu’avait réclamé l’opposition. Il sera toutefois entendu par le CA de l’AFCN, à qui le ministre de tutelle Jan Jambon a demandé de faire "toute la lumière".

"Vu ses liens avec l’industrie nucléaire, c’est vrai que c’est comme demander à un ancien braconnier de devenir garde-chasse", raille un politique. Le divorce avec Electrabel ne se serait toutefois pas fait à l’amiable et l’entreprise aurait craint que le directeur de l’AFCN ait soif de revanche.

Dans le monde énergétique, Jan Bens est toutefois salué pour son professionnalisme. "Il connaît parfaitement le secteur et je n’ai jamais entendu de critique particulière de la part de collègues", pointe Robert Leclère, CEO de Synatom et président du Forum nucléaire. "Je ne remets pas en cause ses compétences techniques, ajoute un élu. Si quelqu’un doit donner une conférence sur le nucléaire, il est le mieux placé en Belgique".

"Son CV plaide pour lui, concède Karine Lalieux, députée fédérale PS. Mais je n’ai pas l’impression qu’il mesure toute l’importance de sa fonction! Que va penser le citoyen, en lisant qu’il a proposé des enveloppes?"

La communication serait le talon d’Achille de Jan Bens. Plusieurs élus ayant assisté à ses auditions à la Chambre le décrivent comme "mal à l’aise" et "peu préparé". Dans la presse, par contre, il semble avoir le verbe plus facile.

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