L'enfant terrible de la politique italienne

Matteo Salvini est le jeune chef de la Ligue du Nord, en pleine ascension avec son nouveau discours anti-immigrés et anti-euro. Son objectif est la fin de l’actuel gouvernement de centre-gauche.

L’enfant terrible de la politique italienne, Matteo Salvini, est heureux. Le leader de la Ligue du Nord, parti fédéraliste aux accents xénophobes, raconte sur Twitter le succès de la dernière manifestation de son mouvement, organisée samedi dernier à Rome. "Nous sommes cent mille!", écrit-il. "Treize mille", corrigent d’autres observateurs. Mais pour "l’autre Matteo", l’ennemi juré du Premier ministre Matteo Renzi, ce qui compte est le résultat final: la Ligue, agonisante il y a seulement quelques années, est en train de devenir le premier parti du centre-droit italien.

Il a déjà goûté à tout

Le sourire espiègle, le verbe enflammé qui alterne sarcasme et anathèmes, Matteo Salvini, 41 ans, est un athlète de la politique. Militant de rue, conseiller municipal, journaliste engagé, député européen, il a déjà goûté à tout. Il commence sa carrière en fréquentant les marchés, les fêtes populaires et les meetings électoraux de sa terre natale, la Lombardie. Il a appris ainsi à parler le langage de l’électorat de base, à peaufiner un populisme qui rivalise aujourd’hui avec celui de l’autre grand démagogue italien, Beppe Grillo.

Matteo Salvini est né à Milan, le 9 mars 1973.

Homme politique et journaliste, il est membre, depuis sa jeunesse, de la Ligue du Nord. En décembre 2013 il en devient le secrétaire fédéral.

Il est député européen de 2004 à 2006 et depuis 2009.

Au printemps 2014, il propose un programme commun avec le Front National de Marine Le Pen et il est réélu comme député européen.

Le 19 décembre dernier, il crée le parti politique "Nous avec Salvini" pour rassembler les électeurs du Centre et du Sud de la péninsule.

Il passe avec désinvolture du dialecte milanais à un italien simple et corrosif, bourré de slogans provocateurs et de boutades faciles. Il a serré des centaines de milliers de mains et le secret de son succès réside apparemment dans son approche directe des électeurs. Un comportement et un langage qui commencent à séduire même de nombreux Italiens du Sud, ceux pour lesquels la Ligue du Nord de la première heure réservait les pires invectives.

"Extrémiste et velléitaire", vient de le définir Silvio Berlusconi. Pourtant, le leader de Forza Italia rêvait, récemment encore, de capitaliser sur le succès de ce jeune ambitieux. "Il sera le buteur et moi le metteur en scène", avait-il lancé. Mais Salvini, qui aime s’auto-définir comme "le capitaine", semble aujourd’hui vouloir jouer tout seul.

L’essence même de sa politique est l’opposition aux grands équilibres établis, le refus du statu quo et, surtout, de l’Autre. Salvini s’attaque systématiquement à la bureaucratie de l’Union européenne, à l’euro – "un crime contre l’humanité" –, aux "oligarchies de la finance", à "l’invasion migratoire" et à l’islam. Comme son alliée et amie, Marine Le Pen, il surfe une vague facile, celle du mécontentement populaire, de la peur pour des frontières considérées trop poreuses, d’une conjoncture économique qui étrangle les classes moyennes.

Hashtag percutant

"Nous préférons l’Italie des petits, des moyens, des artisans et des entrepreneurs. Il faut remettre l’homme au centre", ne cesse de répéter Salvini, soulignant son opposition à Matteo Renzi, le "larbin de Bruxelles", engagé, selon lui, à défendre uniquement les intérêts des grands.

Son objectif est la fin de l’actuel gouvernement de centre-gauche, pour lequel il a créé un hashtag percutant #Renzi a casa ("Renzi à la maison"). Une mission téméraire qu’il essaye de mener à bien avec le soutien d’alliés parfois discutables. Samedi dernier, à Rome, à côté de lui apparaissaient, par exemple, les blousons noirs et les bottes militaires des représentants de CasaPound, l’extrême droite italienne qui ne cache nullement sa nostalgie pour l’épopée fasciste de Mussolini.

Le 28 février dernier, Salvini souligne tout son opportunisme politique en écrivant sur Twitter, après son omniprésent hashtag #Renzi a casa: "La Ligue à droite de la droite de la droite? Je ne fais pas de distinction entre fascistes et communistes, mais seulement entre ceux qui produisent et ceux qui se font entretenir!".

Il danse avec Marine Le Pen

Au mois de novembre dernier, à Lyon, après le quinzième Congrès du Front national, auquel le leader de la Ligue du Nord a été invité, Salvini et Marine Le Pen dansent joyeusement ensemble dans une boîte de nuit. "Je suis en extase", déclare cette dernière en parlant de l’homme politique italien.

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