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L'entreprise Thierry Neuville en course pour l'or

©Dieter Telemans

Thierry Neuville peut devenir le premier Belge champion du monde des rallyes en Australie. De la machine Hyundai Motorsport à la petite PME Neuville, en passant par les partenaires, la galaxie Neuville croise les doigts.

L’heure de débuter l’écriture de cet article, Thierry Neuville venait de faire un tonneau lors du shakedown dans son avant-dernier rallye de l’année en Catalogne. Pas de quoi faire péricliter "l’entreprise Neuville", la foule de personnes qui entourent le pilote belge. L’homme reste bien placé pour devenir champion du monde des rallyes (WRC) lors du dernier round qui débute jeudi et se termine dimanche prochain en Australie. Il n’est qu’à trois petits points de Sébastien Ogier. "Cela va se jouer sur des détails. Nous effectuerons davantage de tests sur la voiture et utiliserons les derniers jokers pour faire des modifications plutôt que de les garder pour la saison suivante", détaille-t-il.

Un rêve d’enfant pour un homme marqué par l’amour du sport auto depuis son plus jeune âge. Quand il était encore en culottes courtes, il assistait déjà à des rallyes provinciaux. Son premier volant et ses deux premières courses, il les a financés à crédit: 7.500 euros pour la voiture, et un rab pour les courses. En 2008, il lance sa carrière en gagnant le Ford RACB Contest. Intégré au RACB National Team, il bénéficiera du soutien de la fédération belge jusqu’à son ascension en WRC en 2012.

La machine Neuville

Au fil des ans, l’homme est devenu une valeur sûre du rallye. Derrière lui, la machine Hyundai Motorsport, à Alzenau en Bavière, qui compte 240 personnes. Ils sont environ 180 à bosser sur le WRC. Une aventure à laquelle Hyundai participe uniquement pour la beauté du sport. "Quand Hyundai est revenu en rallye en 2014, ils ont lancé la marque N. Ça manquait à l’image de la marque de ne pas avoir une voiture sportive. L’image de Hyundai a fortement changé en 10 ans, le rallye aide à communiquer et à attirer une clientèle qui aime les voitures sportives", estime-t-il.

©Photo News

Le pilote multiplie les actions avec Hyundai Belgique ou France pour aider la marque à vendre des véhicules. Ensemble, Hyundai Belgique et Neuville ont par exemple réalisé une série spéciale de 35 voitures de la i30 N qui ont été vendues en moins de 2 mois. Une voiture à 35.000 euros. "Le WRC est un vrai championnat pour le placement de produit", rappelle le manager de Thierry Neuville, Geoffroy Theunis.

Neuville roule en effet dans une Hyundai i20, une voiture que Monsieur et Madame Tout-le-Monde peuvent acheter en version de route. "Les retours d’information que l’on prend en compétition, on les donne aux ingénieurs pour les voitures de tous les jours. On teste également certaines voitures sportives pour donner un feedback comme je l’ai fait l’année passée avec la série N", explique Neuville.

La PME Thierry

Chez Hyundai, on est clairement content de l’investissement dans le pilote belge. Ce dernier a signé pour 3 saisons supplémentaires, deux courses avant la fin de la saison. Une promesse de stabilité dont peu de pilotes peuvent jouir dans le WRC. "Avant que je signe, Hyundai aurait pu croire que j’allais partir et ils n’allaient peut-être pas me faire faire toutes les séances de développement pour 2019 et 2020. Cela me permet d’être à fond dans le programme de développement, de donner mes avis etc.", détaille le pilote.

À l’ombre des projecteurs, la réussite de Thierry Neuville dans cette discipline spectaculaire est un travail de longue haleine. Du pilote d’abord, mais aussi d’un entourage restreint. Son manager, Geoffroy Theunis, l’accompagne depuis 10 ans dans le métier, quasi depuis ses débuts.

"Les retours d’information que l’on prend en compétition, on les donne aux ingénieurs pour les voitures de tous les jours"

Il a été essentiel de nouer des partenariats solides avec des sponsors personnels. Monroe, Red Bull ou Mumm sont des partenaires solides de longue date. Zeiss, leader mondial en optique aussi. "Un sportif à lunette c’est assez atypique", sourit Theunis. Ou encore le Château du Lac de Genval, où le pilote nous reçoit pour l’interview et où logent les participants d’un tournoi de golf annuel dont Neuville est l’hôte. Les partenaires de long terme ont été particulièrement importants pendant les creux de la carrière de Neuville. "Beaucoup sont là quand tout va bien, mais ça n’a pas toujours été facile. Ceux qui ont été présents dans les mauvais moments, on ne les oublie pas", explique le manager du pilote.

Partenaires de long terme

Thierry Neuville aussi se souvient. À la fin de sa première saison WRC en 2012, Citroën décide de ne pas le titulariser et lui propose un programme partiel pour l’année d’après. Ford est arrivé avec une proposition mi-décembre. "Il a fallu se décider en moins de 48 h, parce que Citroën voulait annoncer." Un choix pris sans hésiter. Il a signé pour un euro symbolique chez Ford. Une bonne décision car il sera vice-champion du monde la saison suivante. Ce qui lui a permis de signer un bon contrat avec Hyundai ensuite. "On devait choisir entre l’argent et faire toutes les manches. Cela m’a permis d’engranger de l’expérience." À l’heure de signer chez Ford, Neuville n’avait en effet qu’une saison de WRC inscrite au compteur. La PME Neuville a dû s’activer et ce sont les partenaires qui ont financé le pilote pendant cette période.

La compétition, qui dure 11 mois par an, laisse peu de places aux autres activités pour le pilote. Passionné d’hélicoptères, il a néanmoins pris le temps de passer son brevet après deux ans de cours et peut voler quand il en a l’occasion. Une autre passion, c’est la collection de ses anciennes voitures de compétition. Il en a 4, bientôt 7. Il a surtout investi dans un bâtiment industriel de 2.000 m² dans sa région. Son frère va s’y installer pour lancer une entreprise de construction de châssis de petits buggys quatre roues avec des moteurs de moto. Des bolides destinés à une compétition dédiée.

Avec les années, l’homme est devenu une marque. Il en est conscient. La PME Neuville compte donc également, en plus d’un juriste, un community manager. Contrôler sa communication est devenu un travail compliqué et indispensable pour toutes les célébrités. Si Thierry Neuville n’est pas Lewis Hamilton, il n’échappe pas à la règle. Son image de pilote ouvert et accessible, il l’a construite en choisissant ses partenaires, mais aussi grâce aux réseaux sociaux. Mais il y a un revers de la médaille. Aujourd’hui toute célébrité doit être dans le contrôle permanent. "Il y a des choses qui me dérangent. Je ne peux plus avoir un réel avis que ce soit politique ou dans d’autres domaines. On ne peut plus partager son avis, parce que l’on pourrait être critiqué et nuire à son image. À l’époque, les pilotes pouvaient montrer bien plus facilement leur vrai caractère. Certains étaient énervés tout le temps et tapaient sur le volant. Aujourd’hui, ils seraient directement qualifiés d’agressifs", regrette-t-il.

"Dans la dernière spéciale aurallye de Corse, la voiture a connu des ratés. J’étais forcément énervé et je ne voulais pas parler à l’interview. Je suis parti. Les gens ont commencé à dire que j’avais roulé sur les pieds d’une journaliste qui voulait m’interviewer. Ce n’était pas vrai, mais ça m’a donné une mauvaise image. Vous n’avez plus le droit de vivre vos sentiments", enchaîne-t-il.

On sent néanmoins bien que la passion pour le rallye lui fait vite oublier ces désagréments. Surtout que le WRC est ce qu’on appelle un "vrai championnat de pilotes" et que l’expérience joue un rôle prépondérant dans la discipline. En clair, la valeur de Thierry Neuville est grande de par son expérience et son travail pendant des années.

Dépassé au général par Sébastien Ogier lors de l’avant-dernière course, Thierry Neuville part dans de bonnes conditions jeudi. Il ne devra pas ouvrir la route, un désavantage sur terre car le premier doit dégager la route, les graviers etc. Le deuxième a déjà plus de grip. Reste à voir si cela lui permettra de passer un nouveau cap dans sa carrière. S’il gagne, il mettra fin à 14 ans d’hégémonie des pilotes français sur la compétition, après 5 titres consécutifs de Sébastien Ogier et 9 de Sébastien Loeb.

Les retours d’information que l’on prend en compétition, on les donne aux ingénieurs pour les voitures de tous les jours

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