L'homme qui a fait fortune deux fois

Bart Verhaeghe est à la fois le président du club de foot de Bruges et le promoteur de Uplace, le projet de centre commercial de Machelen qui avance comme la procession d’Echternach. En avant, en arrière et on recommence… Jean Blavier

Bart Verhaeghe est un homme d’affaires prospère, mais il n’a pas que des amis (quel homme d’affaires prospère n’a que des amis?). Ses détracteurs avancent avec un plaisir non dissimulé qu’Uplace pourrait bien être sa roche tarpéienne. D’autres voix dans ce concert peu louangeur ajoutent que l’édification éventuelle du futur stade de foot du Heysel serait une pierre dans son jardin. Quoi? Qu’Anderlecht, le pire rival de "son" club de Bruges, se voie proposer une infrastructure aussi prestigieuse partiellement financée par des fonds publics? L’homme est bien trop doué sur le plan tactique pour avancer en terrain découvert, si bien que beaucoup voient son ombre derrière chaque obstacle qui se dresse sur la route d’Alain Courtois, Monsieur Stade du Heysel.

"Je construis des bureaux là où les files commencent". Cette confidence, Bart Verhaeghe l’a faite à ses débuts. Pourquoi lancer un centre d’affaires à Malines? Réponse: "J’ai constaté que c’était à peu près l’endroit où les navetteurs venant en voiture d’Anvers s’agglutinaient". Dont acte.

Les critiques les plus impartiaux avancent que le projet Uplace est d’ores et déjà dépassé. La clientèle, disent-ils, ne veut plus de ces grands centres commerciaux qui sentent le détergent le matin et la moiteur le soir. De grands centres où finalement, on trouve à peu près tout ce que l’on trouve ailleurs. Dans notre pays, la fréquentation des centres commerciaux est d’ailleurs en baisse régulière depuis quelques années. Un gestionnaire de shopping centers aussi expérimenté que Devimo le reconnaît bien volontiers. Or, non seulement Uplace est de la famille des grands centres commerciaux classiques – même si Bart Verhaeghe le nie –, mais le projet de Machelen, s’il réussit, est en outre destiné à être reproduit dans toute l’Europe. Il DOIT donc réussir.

Si cela a été dit avec le vocabulaire de la diplomatie vaticane, c’est avec l’index réprobateur que le cardinal Danneels, à l’époque archevêque de Malines-Bruxelles, a reproché à Bart Verhaeghe d’avoir construit un immeuble dont la hauteur rivalisait avec la tour de la collégiale Saint-Rombaut.

Originaire d’une famille nombreuse, Bart Verhaeghe est né à quelques encablures du site où devrait être érigé le stade du Heysel (une vexation de plus?). Il est plus que diplômé (droit à Leuven, économie à Vlerick) et son poste de président du club de Bruges ne peut être contesté sur le plan sportif: il a longtemps joué au foot, d’abord en provinciale, ensuite jusqu’en 3e division.

Malines, le berceau

Sur le plan professionnel, il démarre chez un consultant puis fait le constat que font tant d’autres: "ce que je conseille à mes clients, je pourrais le faire moi-même". Il est le premier, dans les années nonante, à oser s’aventurer sur le marché immobilier malinois pour y ériger des bureaux. Malines? Aujourd’hui, le siège de l’archevêché est un jalon important sur le marché immobilier belge. À l’époque, pas du tout. Bart Verhaeghe ose, et ça marche. Il revend et fait une première fois fortune, dit-on.

Lors des Rencontres au sommet de Deauville, au printemps dernier, Bart Verhaeghe n’a pu cacher son agacement lorsque la question du hooliganisme a été évoquée dans un débat. Son "body langage" le trahit: haussement des épaules, moue méprisante, regard fulminant…

Les plus audacieux sont évidemment ceux qui réinvestissent leur plus-value. Bart Verhaeghe change de secteur. Il est un des premiers dans notre pays à s’intéresser à la logistique. Il lance Eurinpro, en fait un géant et revend le tout. Il fait une deuxième fois fortune, dit-on.

Depuis Grimbergen, le siège de son groupe logé dans l’ex-château d’une des grandes familles de la finance belge, Bart Verhaeghe n’est jamais loin de son business. Pour ne citer que ces activités-là, Uplace n’est qu’à quelques kilomètres, tout comme l’autoroute menant à Bruges. Confortablement installé, relooké (il a abandonné l’aspect intello à grosses lunettes de ses débuts), c’est d’une main de fer qu’il dirige ses affaires.

L’homme passe pour ne pas être d’un caractère facile. Il ne raffole guère des journalistes et montre vite des signes d’agacement, notamment quand on évoque le hooliganisme. On lui attribue aussi un ego surdimensionné, mais c’est sans doute exagéré: Bart Verhaeghe croit en ce qu’il fait. C’est à la fois une qualité – il l’a démontré plus que tout autre – et un défaut – qui peut prendre la forme d’un entêtement funeste.

  • Né dans une famille du nombreuse du Brabant flamand il y a 50 ans
  • Master en droit (KUL) et en gestion (Vlerick Business School)
  • Se lance à 27 ans dans l’immobilier
  • Président du Club Brugge depuis 2001, promoteur de Uplace (Machelen)

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