L'"hôte" de Benjamin Netanyahou

C’est John Boehner, président de la Chambre des représentants, qui a invité le Premier ministre israélien à venir s’exprimer devant le Congrès. L’initiative était bien entendu politique.

Si le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a pu s’exprimer hier pour la troisième fois devant les chambres réunies du Congrès, c’est grâce à John Boehner. C’est en effet le président de la Chambre des représentants, qui a invité fin 2014 l’Israélien à venir exprimer ses inquiétudes dans le dossier nucléaire iranien face au Congrès. Il a été aidé en cela par l’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Ron Dremer, un proche des milieux républicains. Les deux hommes ont agi dans le dos du président Obama, ce qui leur a valu une volée de bois vert de la part de la Maison-Blanche.

Si les détracteurs de Netanyahu et de nombreux observateurs affirment que ce dernier a accepté l’invitation pour des raisons électorales — il y aura des élections législatives en Israël le 17 mars — le calcul politique de Boehner ne fait pas non plus l’ombre d’un doute. Les républicains ne soutiennent pas le président Obama dans ses tentatives de rapprochement avec l’Iran. Ils voient d’un très mauvais œil les négociations diplomatiques que les 5 + 1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) mènent avec Téhéran dans le dossier nucléaire et qui pourraient aboutir à une levée des sanctions économiques qui frappent l’Iran en cas d’accord d’ici la fin mars. Et cela fait plusieurs mois que les élus républicains menacent d’adopter une nouvelle batterie de sanctions contre l’Iran. Craignant que cela puisse faire capoter les discussions diplomatiques, Obama a menacé d’opposer son veto à toute nouvelle sanction. Pas de quoi impressionner Boehner qui a alors décidé de défier la Maison-Blanche en invitant un Netanyahou farouchement opposé à tout accord diplomatique avec l’Iran et persuadé que Téhéran roule les Occidentaux dans la farine.

Pas un dogmatique

Les parents de John Boehner tenaient un bar dans la banlieue de Cincinnati. C’est dans cette ville du sud de l’Ohio qu’il a été élevé avec ses onze frères et sœurs. Son diplôme en sciences commerciales en poche, il se fait embaucher par Nucite Sales, une petite entreprise d’emballages qu’il finira par racheter. Homme d’affaires accompli, il se lance alors en politique. Ici aussi, le succès sera au rendez-vous pour ce fils de cafetiers.

Un ancien démocrate

Issu d’un milieu démocrate, Boehner a viré sa cuti au début des années 70 en rejoignant le parti républicain. Il se fait élire à la Chambre des représentants en 1990 où il fait ses armes en tant que bras droit de Newt Gingrinch, président de l’assemblée entre 1995 et 1998, et ennemi juré du président Clinton dont il réclama la destitution suite au "Monicagate". Boehner avait co-rédigé le programme politique des républicains pour les élections de 1994 au Congrès qui restent à ce jour une de leurs plus belles victoires.

Boehner n’est pourtant pas un conservateur dogmatique, ce qui lui vaut d’ailleurs la méfiance des républicains les plus extrémistes. Il a été élu président de la Chambre par la majorité républicaine en 2011. Mais il a dû ensuite batailler ferme pour maintenir sa place au perchoir après les élections de 2012 et 2014, les conservateurs ne le jugeant pas assez incisif. C’est que l’homme a beau mener une opposition musclée face aux démocrates et à la Maison-Blanche, il est plutôt du genre à calculer les risques politiques qu’il prend, ou fait prendre à son parti.

Début d’année chargé

Après la victoire des républicains aux élections de mi-mandat de novembre dernier, il avait promis de contourner le président Obama en faisant adopter une loi autorisant la construction de l’oléoduc Keystone XL (normalement c’est au président de donner son feu vert étant donné que l’oléoduc traverse la frontière américano-canadienne), de tout faire pour annuler l’Obamacare et d’empêcher l’application du décret présidentiel permettant à 5 millions d’immigrés clandestins d’éviter l’expulsion, et ce dès le début de l’année.

Il s’est effectivement empressé de faire adopter à la Chambre une loi autorisant Keystone XL (le Sénat a voté le même texte et Obama y a opposé son veto), une mesure hautement symbolique saluée par de nombreux électeurs favorables à la construction de cet oléoduc. Par contre, dans le dossier de l’immigration, il s’est montré plus prudent. Après avoir menacé de pousser la Chambre à ne pas financer le département de la Sécurité intérieure si le président ne revenait pas sur sa décision, il a finalement annoncé hier qu’il mettrait au vote une loi finançant le département d’ici à la fin de l’année fiscale sans conditions. Voilà qui lui vaudra quelques critiques acerbes dans les rangs ultra-conservateurs mais qui évitera au parti une mauvaise publicité. Du Boehner tout craché…

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité