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L'indéboulonnable ordonnateur de Davos

Klaus Schwab, fondateur du World Economic Forum de Davos. Sa "petite entreprise" ne connaît pas la crise.

Il possède sans aucun doute un des plus beaux carnets d’adresses de la planète. Chaque année, les "grands de ce monde" acceptent, à sa demande, de se déplacer dans la vilaine station de ski de Davos. Pour la 46e année de suite, Klaus Schwab va inaugurer aujourd’hui "son" Forum économique mondial qui se tiendra jusqu’à samedi soir.

Cette édition comprendra, comme à l’accoutumée, une "guest list" prestigieuse. Le vice-président américain, Joe Biden, sera accompagné du secrétaire d’Etat John Kerry et du ministre de la Défense Ashton Carter.

Montagnard dans l’âme, Klaus Schwab participe chaque année au marathon à ski d’Engadine qui réunit plus de 13.000 participants dans les Grisons suisses.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, devrait aussi faire une apparition tout comme Manuel Valls et le chef du gouvernement israélien Benjamin Netanyahu. Les chefs de l’Etat colombien, argentin, sud-africain, afghan, allemand, canadien et turc sont également attendus. Les PDG de General Motors, Hitachi, Credit Suisse, Cisco, Baidu, Alibaba, Dell ou Hewlett-Packard devraient venir tout comme les gouverneurs de dix banques centrales. Les people ne seront pas oubliés avec la présence de Leonardo DiCaprio, Bono, Kevin Spacey, Peter Gabriel et… will.i.am. Au milieu de ces grands noms, Klaus Schwab sera comme un poisson dans l’eau. Le parcours de ce modeste professeur est étonnant.

"Schizophrène"

"Nous vivons dans un monde schizophrène. D’un côté, l’économie mondiale connaît un boom sans précédent. De l’autre, on assiste à une forte montée des risques."Klaus Schwab a prononcé ces quelques mots lors du Forum de 2008, quelques mois avant l’éclatement de la crise des subprimes.

Pas Suisse

"Marqué par Adenauer, de Gaulle, Schumann, j’ai toujours voulu conserver une nationalité européenne. J’ai été élevé dans l’idée qu’une identité européenne pouvait éviter le renouvellement de la guerre." Dans un entretien à "Libération", Klaus Schwab explique pourquoi il a choisi de garder la nationalité allemande et de ne pas prendre de passeport suisse.

C’est au jeune âge de 33 ans que cet ingénieur, qui a obtenu son doctorat d’économie à l’Université de Fribourg, a eu l’idée d’organiser à Davos son premier "symposium de management européen". Ces rencontres visaient surtout à réunir pendant quelques jours dans les Grisons des universitaires et des dirigeants d’entreprises pour parler d’économie. Au fil des ans, ce rendez-vous hivernal, qui fut vite rebaptisé "Forum économique mondial", permettra à des leaders du monde entier de se rencontrer dans un cadre moins formel que ceux proposés par l’Union européenne et les Nations Unies. En quatre jours, les 2.500 participants au WEF (son acronyme) peuvent participer à 300 conférences publiques. Près de 250 rencontres informelles sont aussi organisées.

Machine à café mondiale

Klaus Schwab aime répéter que son forum cherche à "améliorer l’état du monde". Rien de moins…

Ce père de deux enfants, marié depuis 1971 à Hilde, rappelle ainsi que les Sud-Africains Nelson Mandela et Frederik de Klerk se sont parlé pour la première fois "chez lui". L’Israélien Shimon Peres et le Palestinien Yasser Arafat ont aussi négocié dans la station suisse. Mais de très nombreux observateurs jugent que Davos est surtout un lieu où il faut "être vu". Jacques Attali, parle, lui, d’un "café du commerce". "Il ne faut rien voir de plus qu’une machine à café mondiale où des gens se rencontrent, bavardent, se serrent la main, échangent des tuyaux et s’en vont, résumait l’ancien conseiller de François Mitterrand dans un entretien au quotidien "La Liberté". Davos est une opération commerciale très efficace où il faut payer très cher pour participer."

  • 1938 Naissance à Ravensburg, Allemagne.
  • 1971 Tout jeune doctorant en économie, il organise à Davos ses premières rencontres qui seront rapidement rebaptisées "Forum économique mondial".
  • 1972 Professeur de stratégie industrielle à l’université de Genève.
  • 1998 Création de la Fondation Schwab pour l’entrepreneuriat social.

Klaus Schwab, qui aime se faire appeler "professeur" et dont l’ego prend de la place comme le prouvent les photos de sa personne auprès des "grands de ce monde" affichées dans les couloirs de sa société basée à Cologny, le village près de Genève préféré des oligarques et autres milliardaires au passé plus ou moins trouble, n’a pas dû apprécier ces critiques. Il est toutefois indéniable que sa petite affaire fonctionne très bien. En moins de vingt ans, le personnel du Forum est passé de moins de 90 à plus de 500 salariés.

Ces employés, qui sont pour la plupart âgés d’une trentaine d’années, vouent un véritable culte à leur patron et "gourou". Une situation qui n’est pas pour déplaire à l’indéboulonnable Klaus Schwab qui affirme vouloir aider les jeunes leaders tout en refusant de quitter sa société malgré ses 77 printemps…

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