L'intérim à ancrage, une riche idée

Portrait de Conny Vandendriessche (Accent Jobs) | La co-fondatrice d’Accent Jobs a bâti un petit empire de l’intérim au départ d’une bonne idée toute simple. Sa maison vacille aujourd’hui, soupçonnée d’évasion fiscale.

La carrière professionnelle de Conny Vandendriessche a été marquée par une ascension fulgurante au départ d’une simple idée. Munie d’un modeste diplôme de l’enseignement secondaire avec spécialité en tourisme, cette citoyenne de Flandre-Occidentale a débuté comme réceptionniste dans un camping à Nieuport. Elle a ensuite eu la bonne idée de s’associer avec Philip Cracco et d’ouvrir avec lui, en 1995, un bureau d’intérim pour le compte du groupe Adia (devenu Adecco) à Roulers. Nouvelle bonne idée quelques mois plus tard: les deux partenaires ont pris leur distance avec l’enseigne Adia pour voler de leurs propres ailes en créant Accent Jobs. "Nous étions jeunes, ambitieux et surtout convaincus que nous pouvions le faire mieux par nous-mêmes", a-t-elle expliqué dans une interview au Tijd.

Le chiffre d’affaires de la nouvelle Accent Jobs n’a pas tardé à décoller. Une des raisons, si pas la raison, est que Conny et Philip ont positionné leur agence sur un créneau alors inédit dans le secteur, en offrant à leurs travailleurs intérimaires la possibilité de convertir, à terme, leurs engagements en des contrats fixes. L’intérim à vocation d’ancrage, en somme.

Le profil
  • Née le 23 mai 1964.
  • A créé sa première agence d’intérim avec Philip Cracco en 1995.
  • A obtenu dès ses débuts le soutien financier d’Aimé Desimpel.
  • A accueilli la Gimv au capital d’Accent Jobs en 2006.
  • A conservé sa part de 35% quand le groupe français Naxicap en a acquis la majorité en 2012.
  • A quitté la direction opérationnelle du groupe en 2015 tout en en prenant la présidence.

Ce positionnement leur a attiré "de meilleurs candidats", selon Conny Vandendriessche. Elle a aussi contribué à renforcer les liens entre l’agence et ses clients. Parallèlement, Accent Jobs a également joué la carte de la spécialisation en créant des filiales dédiées à des secteurs particuliers: construction, industrie, distribution, agro-alimentaire…

Côté finances, les deux associés des débuts ont rapidement convaincu un grand entrepreneur de leur région d’origine, Aimé Desimpel, de co-financer leur entreprise. Le patron de la briqueterie homonyme ne s’est pas contenté d’irriguer Accent Jobs, il a aussi prodigué ses conseils de management à Conny et Philip. "Nous ne savions rien de l’entrepreneuriat et de la gestion d’une entreprise", confessera Conny Vandendriessche en reconnaissant le rôle formateur joué à ses côtés par Aimé Desimpel.

La Gimv, puis Naxicap

Les idées étant judicieuses, la croissance est au rendez-vous. De 5 millions d’euros en 1996, le chiffre d’affaires bondit tandis que le nombre d’agences ne cesse d’augmenter. La success story attire à son tour du beau monde. En 2006, le holding semi-public flamand Gimv monte à bord en souscrivant 33% des parts. Six ans plus tard, il cède la place à Naxicap, le fonds d’investissement du groupe français Natexis. Gourmand, Naxicap reprend non seulement la part de la Gimv, mais aussi celle de Philip Cracco, tandis que Conny Vandendriessche conserve la sienne.

Sous la houlette du nouvel actionnaire, Accent Jobs se déploie largement à l’étranger, à coups d’acquisitions. De son côté, Conny finit par lâcher l’opérationnel, pour ne plus garder que la présidence du conseil d’administration. À fin 2016, Accent Jobs forme un véritable groupe européen d’intérim et de recrutement. Il est d’ailleurs rebaptisé House of HR (comme "Human Resources"). Il pèse 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires pour 2.200 emplois et 33.700 travailleurs en place. Il entre dans le top 35 mondial des groupes de ressources humaines. Au niveau belge, il enregistre un chiffre d’affaires de 305 millions, totalise 800 emplois et compte quelque 250 bureaux.

L’ambition des nouveaux dirigeants est de hisser le groupe dans le top 15 mondial d’ici l’an 2020. Rien n’était venu ternir cette saga à succès jusqu’aux perquisitions annoncées mardi dans les bureaux roulariens d’Accent Jobs ainsi que dans d’autres sites du groupe House of HR en Europe. Dans la foulée des fuites Luxleaks d’il y a trois ans, la justice soupçonne le groupe d’évasion fiscale via le Grand-duché.

En bref

Millionnaire

Conny Vandendriessche fait partie des Belges les plus riches, ainsi qu’en atteste sa 221e place dans la liste des 500 citoyens les plus riches tenue à jour par le journaliste flamand Ludwig Verduyn. Selon ce dernier, sa fortune est estimée à quelque 75,9 millions d’euros.

L’enquête

Des perquisitions ont été menées hier dans les bureaux d’Accent Jobs à Roulers ainsi qu’au Grand-Duché et dans d’autres pays d’Europe, a annoncé le Tijd. La justice soupçonne la société d’avoir organisé un système d’évasion fiscale via le Luxembourg. Un porte-parole d’Accent Jobs a confirmé la perquisition à Roulers et ajouté que la société coopérerait à l’enquête.

Le scénario évoqué

Accent Jobs aurait fait remonter des revenus de droits d’auteur des différentes sociétés du groupe vers la filiale au Grand-Duché, où ces revenus sont exonérés d’impôt à 80%.Le problème est que la filiale luxembourgeoise toucherait ces revenus pour avoir mis au point des logiciels utilisés par le groupe, alors qu’elle n’aurait pas réellement développé pareille activité (absence de substance).

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