L'obstiné à la carrière exemplaire…

Chassez-le par la porte, il rentrera par la fenêtre… Mathias Döpfner ne manque pas de suite dans les idées. Le patron du géant berlinois des médias Axel Springer aurait relancé son projet de fusion avec le groupe d’audiovisuel munichois ProSiebenSat.1, selon le "Wall Street Journal".

Ce père de trois garçons, marié à la fille d’un ancien président de la Deutsche Bank, avait déjà tenté en 2005 de se rapprocher de son rival mais l’office des cartels et la commission des médias (KEK) avaient bloqué cette opération pour des raisons de pluralité.

Cette fois-ci, cet ancien journaliste de la "Frankfurter Allgemeine Zeitung" (FAZ), qui a également travaillé dans les bureaux parisiens de Gruner + Jahr avant de prendre la rédaction en chef du quotidien "Die Welt", pourrait avoir le dernier mot. Le refus de la KEK a en effet été rejeté par le tribunal administratif fédéral suite à une plainte déposée par Axel Springer. Et le gendarme de la concurrence devrait, lui aussi, revoir sa copie en raison de l’arrivée des "mastodontes" américains du numérique, qui a profondément changé la donne dans le paysage allemand des médias. Mathias Döpfner en sait quelque chose.

  • 1963: Naissance à Bonn
  • 1987: Diplôme en musicologie à Boston (USA)
  • 1988: Il prend la tête d’une agence de relations publiques à Munich
  • 1992: Il rejoint le groupe Gruner + Jahr puis devient rédacteur en chef de "Wochenpost", puis du "Hamburger Morgenpost"
  • 1998: Axel Springer le recrute pour diriger la rédaction de "Die Welt"
  • 2002: PDG d’Axel Springer

Ce géant de près de 2 mètres s’est bâti du jour au lendemain une belle réputation en publiant le 17 avril 2014 dans les colonnes du FAZ une lettre ouverte au patron de… Google. "Nous avons peur de Google, reconnaissait alors ce docteur en… musicologie qui a commencé sa carrière comme critique musical. Je dois le dire une bonne fois pour toutes et sincèrement, car presque aucun de mes collègues n’ose le faire publiquement. Google n’a pas besoin de nous. Mais nous ne pouvons pas nous passer de Google. Même financièrement, nous n’évoluons pas sur la même planète. Avec quatorze milliards de bénéfice annuel, les gains de Google sont environ vingt fois plus élevés que ceux d’Axel Springer. Notre relation commerciale est celle de David Axel Springer contre Goliath Google." Fermez le ban.

"Bild" et "Die Welt"

Son arrivée en 2002 aux commandes d’Axel Springer, alors qu’il n’avait pas encore soufflé ses 40 bougies, en avait étonné plus d’un. Le groupe, qui possède notamment le tabloïd le plus lu du pays, "Bild", et le quotidien conservateur "Die Welt", était alors au plus mal avec une perte proche de 200 millions d’euros. Le jeune patron décide de digitaliser à marche forcée son empire. Ses titres se développent sur la toile et la maison mère acquiert de nombreuses plateformes comme seLoger.com et auFeminin.com.

Son parcours est, selon lui, "très atypique, très anti-allemand". "De musicien à musicologue et journaliste pour devenir PDG d’un groupe de média, cela n’est en réalité pas permis", reconnaît Mathias Döpfner. "Je suis dans l’âme probablement plus américain qu’européen", ajoutait-il dans une interview.

L’an dernier, le numérique a représenté plus de 53% des revenus d’Axel Springer et 72% de son bénéfice opérationnel qui a approché le cap des 510 millions d’euros. Pour poursuivre sa diversification, Mathias Döpfner a racheté l’an dernier la chaîne d’information de télévision N24 à… ProSiebenSat.1. Si la fusion des deux groupes a du sens, selon les analystes financiers à l’annonce des négociations, deux problèmes risquent de se poser en cas de mariage.

Le jeune quinqua grand amateur de James Brown ne devrait pas accepter de perdre la présidence du nouveau géant allemand des médias. Mais le PDG de la firme bavaroise, Thomas Ebeling, est lui aussi parvenu à redresser une société qui était au bord de la faillite lors de son arrivée en 2009. En six ans, le titre du groupe est ainsi passé de 1 à… 44,35 euros et sa valorisation en Bourse est aujourd’hui deux fois supérieure à celle d’Axel Springer alors que ses revenus sont équivalents à celui de son rival. La propriétaire du groupe d’édition berlinois, Friede Springer, ne souhaiterait pas non plus perdre le contrôle de son bébé. Mais on voit mal comment un tel choix pourra être respecté si une union est officialisée. Mathias Döpfner pourrait donc voir son rêve une nouvelle fois s’évaporer…

©BELGAIMAGE

Amoureux des jolies formes

Si le quotidien "Bild" ne présente plus depuis 2012 de playmate à la poitrine généreuse dans ses pages, le "grand patron" du tabloïd ne s’est pas séparé de sa collection de nus qui va de la Renaissance à la période contemporaine. Mathias Döpfner a aussi ouvert dans la Villa Schöningen, qui se trouve près du pont berlinois de Glienicke où avaient lieu les échanges d’espions pendant la Guerre froide, un musée dédié à la relation entre les deux Allemagnes.

Une relation  presque filiale

Mathias Döpfner entretient avec Friede Springer, qui détient 57% de l’entreprise, une relation très forte. La veuve du fondateur Axel Springer, dont elle fut la cinquième femme, est la marraine de son second fils. Les deux familles habitent l’une près de l’autre à Postdam et, en 2012, la septuagénaire a offert à son protégé un paquet d’actions d’une valeur de 73… millions d’euros.

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