La fin de règne de la seule femme du CAC 40

Après près de quatre ans aux commandes du géant français de l'énergie, Isabelle Kocher ne sera pas reconduite pour un second mandat. Coulisses d'un malaise profond entre le conseil d'administration du groupe et sa dirigeante.

Isabelle Kocher et Engie, c'est fini. La seule dirigeante d'une entreprise du CAC 40 ne verra pas son mandat renouvelé par son conseil d'administration. Cette fin de règne est aussi celle d'une longue guerre de tranchées avec le président du conseil de l'énergéticien, Jean-Pierre Clamadieu. Ce dernier lui reprochait, depuis longtemps, tout comme l'Etat français, actionnaire à 24% du groupe, son manque d'inclination opérationnelle, résultant en une diversification trop marquée des métiers d'Engie  et un cours de Bourse à la peine.

De plus, l'absence de grandes opérations transformantes pour le groupe durant son mandat lui aura aussi été reprochée, la transformation étant au coeur des objectifs fixés par le conseil d'administration.

Le profil
  • 1966: Naissance à Neuilly-sur-Seine.
  • 2002: Entrée dans le groupe Suez.
  • 2007: COO de la Lyonnaise des Eaux.
  • 2011: CFO d'Engie.
  • 2016: CEO d'Engie.

Ingénieure de formation, Isabelle Kocher était arrivée dans le groupe Suez en 2002 pour prendre, 5 ans plus tard, la tête de la Lyonnaise des eaux. En 2011, elle grimpe encore dans l'organigramme de l'énergéticien (devenu entre-temps GDF Suez) et devient la directrice financière de l'ensemble. Isabelle Kocher a ensuite été nommée numéro 2 du groupe. Dans la foulée, l'entreprise change à nouveau de nom pour devenir Engie et, le 3 mai 2016, elle est désignée, à 50 ans, directrice générale du numéro 3 mondial de l'énergie.

Contrairement à son prédécesseur Gérard Mestrallet, Isabelle Kocher n’a jamais été PDG du groupe. En effet, après avoir envisagé un temps d’occuper la présidence d’Engie suite au départ de ce dernier, elle s’était vu brûler la politesse en 2018 par la nomination de Jean-Pierre Clamadieu.

Les deux Kocher

"Après sa nomination, elle est devenue froide, dure, distante et cassante."
Une source proche du dossier

Si les résultats de son bilan sont vivement remis en question par l'actionnariat et le conseil du groupe, la personnalité d'Isabelle Kocher aura également participé à la dégradation des relations qu'elle entretenait avec le CA et causé, en définitive, sa perte. "Il y a deux Kocher, celle d'avant la nomination à la tête d'Engie et la patronne", nous confie d'ailleurs une source proche du dossier. "C'est une femme brillante, très intelligente, travailleuse et courageuse, elle était très appréciée par les équipes avant d'être nommée. Et puis, elle a changé. Elle est devenue froide, dure, distante et cassante. Elle a été d'une très grande brutalité avec les équipes. Il y a en elle une véritable soif de pouvoir et celui-ci, une fois atteint, a révélé un autre visage d'Isabelle Kocher", poursuit notre source.

L'ennemi Macron

Au rang de ses puissants détracteurs, Isabelle Kocher ne compte pas moins que le président français Emmanuel Macron. L'Etat français étant actionnaire à 24% d'Engie, Emmanuel Macron s'était exprimé, alors qu'il était encore ministre de l'Economie, au sujet de la nomination de la femme forte, déclarant:"Elle n'est pas faite pour diriger un groupe de cette taille." Il lui reprocherait, entre autres, sa distance trop grande avec le terrain et, une fois encore, son manque de qualités opérationnelles. 

Des mots très durs qui semblent faire écho avec la perception qu'une partie des quelque 150.000 employés de l'énergéticien avait d'elle. Récemment, Isabelle Kocher s'était faite moins discrète dans la presse, enchaînant les interviews afin de dérouler la stratégie du groupe et, selon certains, de redorer son blason auprès de son actionnariat. Dernier coup de comm' en date, une tribune publiée le 3 février dernier dans Les Échos, signée par une cinquantaine de personnalités politiques et industrielles françaises, a été prise comme un véritable affront par le conseil d'Engie et, in fine, aura eu raison de la patronne. 

Des belges au CA d'Engie?

L'une des dernières opérations de l'ère Kocher aura été de céder sa place à la présidence du conseil d'administration d'Electrabel à Johnny Thijs, l'ancien CEO de Bpost. A ses côtés, l'ancien patron de McKinsey Belgique, Etienne Denoël avait également intégré le CA. "Je veux que Johnny Thijs puisse incarner Electrabel", avait alors déclaré Isabelle Kocher dans nos colonnes. Aujourd'hui, la question de l'intégration de membres belges au CA parisien de la maison mère reste en suspens alors que la question du nucléaire belge se fait brûlante. 

Lire également

Publicité
Publicité